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Purge symbolique chez les libéraux fédéraux

3 novembre 2005 
Ottawa — La purge post-Gomery déclenchée à l'aile québécoise du Parti libéral du Canada n'aura pas réussi à apaiser les esprits. Déjà, le président du parti au Québec a été obligé de reconnaître le caractère symbolique de cette purge, des doutes subsistent toujours au sujet de son caractère exhaustif et le Parti conservateur réclame des poursuites civiles contre la formation politique.

Des dix militants bannis à vie par leur chef Paul Martin, seulement trois ont encore leur carte de membre. Il s'agit de Michel Béliveau (ex-directeur général du parti), Tony Mignacca (ex-organisateur politique d'Alfonso Gagliano) et Serge Gosselin (ex-employé au PLCQ). On leur retirera leur carte après les en avoir avisés et après leur avoir accordé une audience s'ils en demandent une.

Le président du PLC au Québec, le député Pablo Rodriguez, a reconnu que la décision de bannir des personnes qui ne font déjà plus partie de la famille libérale relève du «symbole». «Il y a un élément de symbole, tout à fait, qui démontre le sérieux qu'on met là-dedans. Le parti dit clairement: "Vous vous êtes déshonorés vous-mêmes, vous avez déshonoré le parti, alors vous n'êtes plus les bienvenus chez nous."»

Par ailleurs, le choix des personnes bannies n'a pas été expliqué très clairement. Le PLCQ soutient que toutes les personnes nommées dans le rapport du juge Gomery ont été exclues. Pourtant, au moins deux autres personnes mentionnées ont l'esprit tranquille: John Welch, ex-chef de cabinet de la ministre Liza Frulla, et Gaëtan Manganiello, ex-employé au bureau du premier ministre.

Alors organisateur politique libéral, M. Welch a été embauché et payé par Groupaction à la demande du parti, même si Groupaction «n'avait tout simplement pas besoin de ses services», écrit le juge Gomery. Il s'agissait là d'une façon détournée de faire payer le salaire de travailleurs partisans à même les recettes des plantureux contrats de commandite. M. Welsh avait été suspendu avec solde à la suite de ses révélations devant la commission Gomery. Il n'est plus à l'emploi du cabinet depuis août dernier.

Scénario analogue pour M. Manganiello, qui s'est servi pendant six mois, en 1998, d'une voiture prêtée par Groupaction afin de travailler à l'organisation d'une élection partielle à Sherbrooke. M. Manganiello, qui s'occupait de la logistique médiatique au bureau de Paul Martin, a quitté ses fonctions depuis plusieurs mois. Il ne sera pas banni lui non plus.

Le directeur général du PLC, Steven McKinnon, défend ces deux personnes parce qu'elles avaient toutes les raisons de croire que ces services obtenus seraient déclarés par le parti. «Ce n'étaient pas des gens au coeur du complot, a-t-il expliqué au Devoir. Ils ont été induits en erreur.»

Si la très grande majorité des députés disaient approuver cette purge hier, certains autres ont exprimé des réserves à propos du traitement unique accordé à des personnes impliquées à divers degrés dans le système de pots-de-vin et ayant des racines plus ou moins profondes dans le parti. «On souhaiterait qu'il y ait des niveaux pour comparer des individus comme M. Morselli ou Michel Béliveau, a déclaré le député Marcel Proulx. Sauf que lorsqu'un blâme est jeté dans un rapport de juge, on ne [peut] pas se mettre à dire qu'on va en bannir un pour deux semaines, un autre pour trois semaines et un autre pour deux mois.»

«Il y a des gens dans ce groupe-là qui ont été des militants libéraux de beaucoup plus longue date que d'autres», a souligné le ministre Jacques Saada. Il était clair hier que l'expulsion de Michel Béliveau, un ancien directeur général du PLCQ, faisait très mal aux députés.

Cette purge sert avant tout à consolider l'argumentaire libéral, selon lequel la corruption mise au jour par la commission Gomery était l'affaire d'un petit groupe d'individus non représentatifs du PLCQ. Tous les députés libéraux du Québec interrogés hier affirmaient d'ailleurs que le système de ristournes secrètes au parti avait été l'affaire d'une petite clique. «Pour moi, c'était juste un petit groupe très restreint», a par exemple déclaré Eleni Bakopanos.

Pourtant, le rapport Gomery est limpide à ce sujet: «L'institution qu'est le PLCQ est forcément responsable des fautes de ses dirigeants et représentants.» C'est ce passage du rapport qui fait dire au Parti conservateur que le PLCQ, en tant qu'entité, devrait faire l'objet de poursuites. «C'est de vous qu'il est question!», a crié à la Chambre des communes le député conservateur Gary Lunn après avoir cité ce passage du rapport Gomery. «Tenez-vous debout et prenez vos responsabilités!»

Le chef conservateur, Stephen Harper, estime que le gouvernement libéral adopte une politique de deux poids, deux mesures. Il a en effet entamé des poursuites civiles contre une trentaine de personnes et d'entreprises pour récupérer des fonds «volés» au trésor public, mais il se contente d'un remboursement de 1,14 million de dollars de la part du PLCQ, somme déterminée... par le PLCQ lui-même. «Le premier ministre dit qu'il a accepté sans hésitation toutes les conclusions de la commission. Pourquoi donc le gouvernement n'intente-t-il pas de poursuites contre le Parti libéral du Canada?», a demandé M. Harper.

Le chef bloquiste n'adhère pas à la thèse du «petit groupe» lui non plus. «Il y a toujours un petit nombre de personnes qui assument la direction d'un parti. Or ça adonne que c'est ce petit nombre qui est montré du doigt. Ce n'est pas rien», a déclaré Gilles Duceppe.

Les députés libéraux tentaient de faire bonne figure devant les caméras à la sortie de leur caucus hebdomadaire, hier. La marque de commerce libérale est-elle ternie au Québec? Les réponses variaient grandement d'un député à l'autre. «On serait menteur ou totalement endormi de prétendre que non», a lancé Françoise Boivin, de toute évidence la plus candide à ce sujet. «Absolument pas, la marque libérale n'est pas du tout atteinte», a quant à elle répondu sa collègue Raymonde Folco.

Question de «délibéraliser» le scandale, certains députés ont repris un argument de Jean Chrétien, qui laissait entendre la veille que les malversations mises au jour par le juge Gomery sur le financement du parti se produisent aussi dans d'autres formations politiques. «Il faut se poser la question [de savoir] pourquoi c'était juste notre parti qui était visé», a demandé Mme Bakopanos.

À propos de M. Chrétien, un grand malaise planait sur chacun des députés hier. Si tous déclaraient soutenir entièrement les conclusions du juge (notamment le blâme servi à l'ex-premier ministre Chrétien), aucun ne voulait dire s'il tenait ou non l'ex-chef en disgrâce. Les ministres Lucienne Robillard et Stéphane Dion sont passés en coup de vent devant les micros. Liza Frulla a déclaré qu'il revenait à chaque personne nommée dans le rapport de se défendre elle-même.
Seul l’ex-ministre Denis Coderre a dit de M. Chrétien qu’il a été «un des plus grands premiers ministres» du Canada et qu’il considérait comme un «privilège» le fait d’avoir travaillé dans son équipe. De son côté, le député Marcel Proulx pense que M. Chrétien «a aussi été un bon premier ministre», entre autres pour avoir refusé d’engager le Canada dans la guerre en Irak.

Avec la collaboration d'Alec Castonguay






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