Accablant pour le PLC
Jean-Robert Sansfaçon
2 novembre 2005
C'est du bureau du premier ministre Jean Chrétien lui-même qu'émanaient les directives concernant le désormais célèbre et infâme programme des commandites. Même si l'actuel premier ministre Paul Martin ressort blanchi de l'enquête du juge John Gomery, voilà certainement l'une des conclusions du rapport qui feront le plus mal au Parti libéral du Canada, que le juge accuse d'avoir profité indûment des fonds publics affectés à ce programme.
Le juge John Gomery est clair: «Le premier ministre et son chef de cabinet (Jean Pelletier) se sont arrogé la direction d'un programme quasiment secret pour des bénéficiaires triés sur le volet, en disant qu'ils croyaient de bonne foi que ces subventions renforceraient l'unité canadienne.
[... ] Chacun a témoigné qu'il pensait que le programme serait correctement géré. [...] Leur postulat était naïf, imprudent et totalement injustifié.»
L'analyse que propose le juge ne laisse donc aucun doute quant à la responsabilité du premier ministre Jean Chrétien et de son chef de cabinet dans la gestion de ce programme créé au lendemain du référendum de 1995 au Québec. Un seul autre ministre, Alfonso Gagliano, est aussi tenu responsable à cause de sa négligence dans la gestion du programme. Mais le commissaire ne va pas jusqu'à accuser ces politiciens d'avoir profité personnellement de l'argent des commandites.
C'est le conseil des ministres qui a décidé d'accentuer la présence du Canada dans les activités populaires qui se déroulaient au Québec. Par la suite, le bureau du premier ministre en a confié la gestion courante à des fonctionnaires, dont Charles Guité, qui ont agi dans le plus grand mépris des règles, au profit d'agences de communication proches du Parti libéral du Canada. À leur tour, à la demande des dirigeants du parti au Québec, ces agences ont alimenté la caisse du PLC de façon tout à fait illégale.
Certains qui avaient tout nié au moment de leur comparution devant la commission, tel le triste sire Jacques Corriveau, ancien vice-président du PLC et ami du premier ministre, sont montrés du doigt pour des actes malhonnêtes qui les ont «déshonorés et ont déshonoré le parti politique qu'ils étaient censés servir», écrit le commissaire.
L'actuel premier ministre Paul Martin, alors ministre des Finances, sort blanchi de l'enquête parce qu'on n'a trouvé aucune preuve de son implication dans ce programme. Compte tenu du mandat de la commission, on comprend que le juge n'ait pas pris le risque d'émettre quelque hypothèse qui ne soit basée sur au moins un témoignage crédible. Cela ne veut cependant pas dire que M. Martin et d'autres ministres n'ont jamais rien su de ce programme et des pratiques de financement du PLC au Québec.
Quoi qu'il en soit, toute l'organisation du parti est salie par les conclusions du rapport. Cette affaire confirme ce que bien des Canadiens soupçonnaient, à savoir que leurs dirigeants à Ottawa étaient prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Elle confirme aussi qu'il est possible de devenir riche en entretenant habilement ses liens personnels et professionnels avec certains des acteurs les plus importants de ce parti.
Hier, le premier ministre Martin a tenu à prendre ses distances de façon définitive de Jean Chrétien en radiant à vie une dizaine de membres du PLC, dont d'anciens proches de M. Chrétien. Or, malgré l'aspect spectaculaire et inusité de la mesure, elle ne suffira pas à faire oublier que le PLC est toujours le même que sous Jean Chrétien, que plusieurs des ministres et la vaste majorité des organisateurs actuels sont aussi les mêmes personnes. S'il faut reconnaître un certain courage à Paul Martin, sinon une bonne dose de naïveté dans sa décision de créer la commission Gomery, on ne peut pas oublier que, à titre de numéro deux du gouvernement Chrétien, il devait savoir où allait l'argent et comment le parti se finançait au Québec.
Il y a 12 ans cet automne que le PLC est au pouvoir à Ottawa. Après tant d'années, il devient difficile de croire que la culture de la corruption qui s'est progressivement insinuée au sein de l'organisation se soit soudainement évaporée.
Le juge John Gomery est clair: «Le premier ministre et son chef de cabinet (Jean Pelletier) se sont arrogé la direction d'un programme quasiment secret pour des bénéficiaires triés sur le volet, en disant qu'ils croyaient de bonne foi que ces subventions renforceraient l'unité canadienne.
[... ] Chacun a témoigné qu'il pensait que le programme serait correctement géré. [...] Leur postulat était naïf, imprudent et totalement injustifié.»
L'analyse que propose le juge ne laisse donc aucun doute quant à la responsabilité du premier ministre Jean Chrétien et de son chef de cabinet dans la gestion de ce programme créé au lendemain du référendum de 1995 au Québec. Un seul autre ministre, Alfonso Gagliano, est aussi tenu responsable à cause de sa négligence dans la gestion du programme. Mais le commissaire ne va pas jusqu'à accuser ces politiciens d'avoir profité personnellement de l'argent des commandites.
C'est le conseil des ministres qui a décidé d'accentuer la présence du Canada dans les activités populaires qui se déroulaient au Québec. Par la suite, le bureau du premier ministre en a confié la gestion courante à des fonctionnaires, dont Charles Guité, qui ont agi dans le plus grand mépris des règles, au profit d'agences de communication proches du Parti libéral du Canada. À leur tour, à la demande des dirigeants du parti au Québec, ces agences ont alimenté la caisse du PLC de façon tout à fait illégale.
Certains qui avaient tout nié au moment de leur comparution devant la commission, tel le triste sire Jacques Corriveau, ancien vice-président du PLC et ami du premier ministre, sont montrés du doigt pour des actes malhonnêtes qui les ont «déshonorés et ont déshonoré le parti politique qu'ils étaient censés servir», écrit le commissaire.
L'actuel premier ministre Paul Martin, alors ministre des Finances, sort blanchi de l'enquête parce qu'on n'a trouvé aucune preuve de son implication dans ce programme. Compte tenu du mandat de la commission, on comprend que le juge n'ait pas pris le risque d'émettre quelque hypothèse qui ne soit basée sur au moins un témoignage crédible. Cela ne veut cependant pas dire que M. Martin et d'autres ministres n'ont jamais rien su de ce programme et des pratiques de financement du PLC au Québec.
Quoi qu'il en soit, toute l'organisation du parti est salie par les conclusions du rapport. Cette affaire confirme ce que bien des Canadiens soupçonnaient, à savoir que leurs dirigeants à Ottawa étaient prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Elle confirme aussi qu'il est possible de devenir riche en entretenant habilement ses liens personnels et professionnels avec certains des acteurs les plus importants de ce parti.
Hier, le premier ministre Martin a tenu à prendre ses distances de façon définitive de Jean Chrétien en radiant à vie une dizaine de membres du PLC, dont d'anciens proches de M. Chrétien. Or, malgré l'aspect spectaculaire et inusité de la mesure, elle ne suffira pas à faire oublier que le PLC est toujours le même que sous Jean Chrétien, que plusieurs des ministres et la vaste majorité des organisateurs actuels sont aussi les mêmes personnes. S'il faut reconnaître un certain courage à Paul Martin, sinon une bonne dose de naïveté dans sa décision de créer la commission Gomery, on ne peut pas oublier que, à titre de numéro deux du gouvernement Chrétien, il devait savoir où allait l'argent et comment le parti se finançait au Québec.
Il y a 12 ans cet automne que le PLC est au pouvoir à Ottawa. Après tant d'années, il devient difficile de croire que la culture de la corruption qui s'est progressivement insinuée au sein de l'organisation se soit soudainement évaporée.
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