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27e gala de l'ADISQ - C'est la diversité qui a gagné

Sylvain Cormier   31 octobre 2005 
Pierre Lapointe, la révélation de l’année de l’ADISQ, lors de son arrivée au théâtre Saint-Denis, hier soir.
Photo : Jacques Nadeau
Pierre Lapointe, la révélation de l’année de l’ADISQ, lors de son arrivée au théâtre Saint-Denis, hier soir.
On attendait le sacre de Pierre Lapointe, mais la chanson québécoise ratisse désormais trop large pour un seul trône: non seulement Dany Bédar, Isabelle Boulay et les Trois Accords ont-il récolté hier comme Lapointe deux Félix chacun, mais on lui a préféré Dumas et Loco Locass dans deux catégories majeures. Déception? Non. Éclectisme.

«Et le Félix de l’auteur ou compositeur de l’année est attribué à…» Pierre Lapointe? Eh non. À Loco Locass. Surprise. Et celui du «spectacle de l’année — auteur-compositeur-interprète»? Pas à Lapointe non plus. Plutôt à Dumas, pour son fascinant show solo. Re-surprise. Cette couronne qu’on lui astiquait, au Pierrot, elle a été à tout le monde: à Dumas, à Loco Locass, mais aussi aux Trois Accords («groupe de l’année»,«album de l’année — meilleur vendeur»), à Dany Bédar («interprète masculin de l’année», «album de l’année — pop-rock») et à Isabelle Boulay («spectacle de l’année — interprète», «artiste québécois s’étant le plus illustré hors Québec»), qui sont tous montés hier sur le podium autant de fois que Pierre Lapointe («révélation de l’année», «album de l’année — populaire»): deux. En ajoutant le Félix du «metteur en scène de l’année» pour le spectacle intitulé Pierre Lapointe dans la forêt des mal-aimés, reçu lors du gala complémentaire de lundi dernier, ça lui en faisait trois. Plus les trois de ses divers collaborateurs. Six sur treize, ce qui n’est pas mal, mais pas le triomphe annoncé.
Comme quoi, si on ne le savait pas déjà, on le saura après ce gala de l’ADISQ, 27e du nom: l’unanimité critique est une chose, le vote des membres de l’industrie québécoise du disque et du spectacle en est une autre. Hier soir, rayon prédictions, les observateurs l’avaient tous un peu dans le baba. Ce qui, ma foi, est très sain. Ça relativise l’évidence: malgré tout son art, comprenait-on, Pierre Lapointe n’est pas aussi consensuel qu’un Daniel Boucher le fut l’année de son triomphe à l’ADISQ. Et puis ça montrait bien qu’il y a plus que jamais de place dans la maison pour des artistes de genres franchement divers. C’est Michel Rivard, de retour à l’animation, qui l’exprimait d’entrée de jeu dans ce gala résolument tourné vers la chanson: «On a assisté cette année à l’explosion de la chanson explosive, à l’émergence de la musique émergente, à la relève de la relève qui d’ailleurs n’est jamais tombée nulle part. Ce soir, nous allons fêter avec fierté la santé et la diversité de notre culture populaire musicale en rendant hommage à ses artisans.»
Diversité? Indéniablement. Une industrie qui remplit sa vitrine promotionnelle de l’année avec un Dany Bédar autant qu’avec les Loco Locass (lesquels additionnaient le Félix fort important d’hier à celui d’«album de l’année —hip hop», récolté lundi dernier pour Amour oral) est une industrie équilibrée par ses extrêmes plutôt que par son centre mou. Équilibrée et imprévisible. Qui l’avait vu venir, ce Dany Bédar, sinon ses fans, à la succession des Roch Voisine et compagnie en tant qu’«interprète masculin de l’année»? Devant Nicola Ciccone, Corneille, Pierre Lapointe, Dumas, Yann Perreau, Stefie Shock? Pas moi. La victoire de Marie-Élaine Thibert chez les filles était plus certaine. Même Isabelle Boulay n’allait rien pouvoir contre la Cendrillon de Star Académie. Et pourtant, si Marie-Élaine Thibert a bel et bien été réélue «interprète féminine de l’année», le Félix du «spectacle de l’année — interprète» lui a échappé. Pour atterrir dans les mains… d’Isabelle Boulay. Laquelle s’est vue coiffée au poteau par Pierre Lapointe dans la course à l’«album de l’année — populaire». Jeu de chaises musicales où, hier, on finissait par avoir le tournis.
Ainsi, tout le monde ou presque accordait le Félix de l’«album de l’année — rock» à Éric Lapointe et son Coupable, mais c’est le Non négociable de Marie-Chantal Toupin qui s’est imposé. Étonnant? Il faut aussi dire que le spectacle de Dumas n’a pas été seulement préféré à celui de Pierre Lapointe, mais aussi à ceux de Ferland, des Cowboys Fringants et des… Trois Accords. Les mêmes Trois Accords qui ont détrôné les Fringants chez les groupes, mais pas pour la «chanson populaire de l’année»: le public a voté en plus grand nombre pour Les étoiles filantes des Cowboys que la Saskatchewan du groupe le plus fameux de Drummondville. Et ainsi de suite. Hier au gala de l’ADISQ, 27e du nom, un peu tout le monde a gagné ici ce qu’il a perdu là. Sauf les humoristes, bien sûr: ils n’avaient qu’une catégorie les concernant, celle du «spectacle de l’année — humour», et c’est Martin Petit qui a eu le Félix. Hors concours, un Félix hommage était également remis à Michel Bélanger, patron d’Audiogram, encore et toujours la plus importante de nos compagnies de disques indépendantes: maginifique cadeau, ses artistes d’hier et d’aujourd’hui (Rivard, Pierre Flynn, Richard Séguin, Paul Piché, Laurence Jalbert, Ariane Moffatt, Marc Déry, frérot Daniel Bélanger) déguisés en groupe yéyé à costume, lui ont offert la plus belle version imaginable de M. l’homme-orchestre, le Mr. Tambourine Man de Dylan revisité.
C’était le moment de grâce de cette sobre et très longue soirée. Ça, la présentation de Félix chantée en duo par Ariane Moffatt-France D’Amour, et le numéro d’intro, véritable tour de force qui intégrait l’hymne Quand les hommes vivront d’amour de Raymond Lévesque (par ailleurs ovationné, à la fois pour son oeuvre et sa récent refus du Prix du gouverneur général) et Le Géant Beaupré de Beau Dommage, avec Rivard accompagné successivement et collectivement par Mes Aïeux, DobaCaracol et Angèle Dubeau & La Pietà. On comprenait d’emblée que la chanson serait à l’honneur, qu’on respecterait l’objet Félix comme celui qui lui donna son nom, que le ton serait familial, affectueux et admiratif, à l’image d’un Rivard plus que sage, concentrant ses efforts sur les bons mots au lieu de lancer des flèches à tous vents, se démarquant tellement de l’ère Guy A. Lepage qu’il en perdait une partie de son propre mordant. Seule Julie Snyder, à qui il a (gentiment) suggéré de laisser se reposer ses «p’tits pitous» de Star Académie l’an prochain au lieu de continuer la guéguerre des cotes d’écoute, a été visée.
Il en a résulté un spectacle de qualité, certes riche en remerciements sentis (Marie-Chantal Toupin en larmes, Dany Bédar ébahi, Pierre Lapointe haranguant les radios commerciales), mais qui cherchait son grain de folie là où il le pouvait (Michel Lauzière et son instrument dément, le retour du Drobny Orobné de Rivard, un brin vieilli). Faute de mieux, certains s’étaient déguisés en cette veille d’Halloween: Martin Petit en Jedi, Jorane en Stefie Shock et vice versa, Les Trois Accords en complet cravate. C’est encore dans l’accidentel que le gala aura vécu son moment d’anthologie: une Isabelle Boulay beurrée jusqu’au nez par le maquillage de Corneille, embrassée en chemin vers le podium. «C’est une grande leçon d’humilité», a déclaré la chanteuse. Et une révélation digne d’Écho-Vedettes: oui, Corneille se maquille. Ça d’épais.

Collaborateur du Devoir






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  • Fleurette Denis
    Inscrite
    lundi 31 octobre 2005 19h30
    Langage endisqué
    « Félicitations aux Loco Locass qui, se distinguant par leur accoutrement, «rappent» outillés de la si belle langue de Molière.
    Toutefois, si sensibles au monde artistique,combien de jeunes Québécois se soucieront-ils, sous leur influence,de mieux s,exprimer?
    Quant à la rockeuse,Marie-Chantal, je suis en droit de m'indigner qu'elle ait remonté son corsage sans rehausser son niveau de langage.
    Ma foi, quand exigera-t-on des artistes du Québec qu'ils s'expriment et se comportent convenablement? »

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