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Une note de 96,8 % pour Duceppe

31 octobre 2005 
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, s’adressant aux congressistes du parti, hier, au CEPSUM de l’Université de Montréal. Derrière lui, sur le thème du scandale des commandites, une affiche géante de la pré-campagne du Bloc montrant une
Photo : Jacques Nadeau
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, s’adressant aux congressistes du parti, hier, au CEPSUM de l’Université de Montréal. Derrière lui, sur le thème du scandale des commandites, une affiche géante de la pré-campagne du Bloc montrant une
Le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe est parvenu au faîte de sa gloire ce week-end, à Montréal, au congrès bisannuel de son parti. Soumis à un vote de confiance, il a obtenu le plus haut niveau de confiance de ses 735 délégués qu'un chef politique, tout parti confondu, a reçu dans l'histoire récente, avec un score de 96,8 % d'appuis. Une marque de confiance qui l'a ému au point de lui arracher quelques larmes.

Cette popularité est douce au coeur de M. Duceppe, lui qui avait obtenu 84,4 % en 2003 parce qu'il était contesté par certains députés et que la survie de son parti était mise en doute avec l'arrivée imminente de Paul Martin. Le congrès précédent, il avait récolté l'appui de 87,3 % de ses militants.

Des quatre chefs politiques fédéraux en poste, M. Duceppe est donc celui qui a le plus haut taux de confiance de sa machine. Autant le conservateur Stephen Harper que le libéral Paul Martin ont obtenu une note de 88 % ce printemps à leurs congrès respectifs. Le chef néo-démocrate Jack Layton fera face à ses militants pour la première fois au printemps prochain. Rappelons qu'un récent sondage faisait de Gilles Duceppe le chef politique le plus populaire au Canada, avec un score de 68 %!

À titre de comparaison, les meilleurs scores récents de popularité avaient été obtenus par Jean Chrétien (91 % en 1994, après son arrivée au pouvoir) et Jacques Parizeau au Parti québécois (92 % en 1991). Lucien Bouchard n'a jamais fait l'objet d'un vote de confiance alors qu'il était au Bloc. Il avait toutefois obtenu un désastreux résultat de 76,7 % en 1996 au PQ, l'amenant à réfléchir à son avenir.

M. Duceppe, ému par une telle marque de confiance, pleurait de joie sur le parquet du congrès hier matin. Entouré de plusieurs de ses députés qui l'embrassaient, il a lancé des mercis à ses militants. «Merci tout le monde. Ça me va droit au coeur. Difficile de s'exprimer après cela, mais je vais tout faire pour être à la hauteur de la confiance que vous me témoignez. C'est ensemble qu'on a construit ça. C'est ensemble qu'on va continuer. Et c'est ensemble qu'on va se donner un pays. Je vous remercie infiniment.»

Invité à expliquer un tel résultat (qui signifie qu'à peine une vingtaine de personnes ont voté contre lui), M. Duceppe a rappelé qu'il faisait plusieurs tournées du Québec chaque année. «Mon père [Jean Duceppe] jouait le rôle du commis voyageur. Je suis un peu le commis voyageur de la politique.»

Le Bloc québécois a profité de son congrès pour dévoiler sa pré-campagne électorale misant sur le scandale des commandites. Une résolution d'urgence a été adoptée à l'unanimité par les militants demandant à l'aile parlementaire bloquiste de réclamer du Parti libéral le remboursement de 5,4 millions de dollars «d'argent sale des commandites». Le Parti libéral a créé en mai dernier une fiducie dotée de 750 000 $ pour rembourser le trésor public s'il était prouvé que le Parti libéral s'est servi du programme des commandites pour se financer.

Le congrès s'est déroulé par ailleurs sans histoire. Les militants, invités à imaginer ce que ferait un Québec devenu pays des compétences relevant pour l'instant du gouvernement fédéral, n'étaient pas divisés. Affaires étrangères, immigration, ils partageaient pour la plupart les idées proposées par le parti.

Débat sur l'armée

Même le débat sur l'armée québécoise n'a pas fait de vagues en commission. Seule une série de résolutions visant à qualifier l'armée québécoise de «garde nationale» a été battue. Les tenants de cette modification voulaient envoyer le message que l'armée québécoise était avant tout pacifiste. «La différence, c'est qu'on ne s'intégrerait pas à l'OTAN, à NORAD. C'était ça qui était l'esprit», explique Richard Nadeau, de Gatineau. «C'était d'avoir une armée qui n'a pas les mains liées aux superpuissances.»

Ces propos ont été battus en brèche par les militants. Oui, une éventuelle armée québécoise devrait faire partie de ces organisations internationales afin de prendre part aux interventions multilatérales. «On vit dans un monde où la sécurité est de plus en plus difficile, a lancé la militante montréalaise Maria Mourani. On doit mettre nos culottes.»

Toutefois, les militants ont contredit leur chef sur un point, en décidant qu'un Québec souverain devrait aussi se doter de navires de guerre et de sous-marins. «On n'a pas de cadeau à faire au Canada, a lancé le député sortant Stéphane Bergeron. La séparation des actifs nous donnera droit à quatre frégates, un destroyer, un sous-marin, un ravitailleur et quatre navires de surveillance côtières.» Pourtant, cette semaine, le chef Gilles Duceppe disait en entrevue avec Le Devoir que «fournir des sous-marins nucléaires, c'est pas ce qui nous aiderait ben ben».

Les candidats au leadership péquistes, qui sont venus serrer des mains ce week-end, étaient d'accord avec la nécessité d'avoir une armée québécoise. «C'est normal qu'un pays ait une armée qui va avoir des actions de paix, qui va s'occuper de sécurité civile et qui va participer aux grandes institutions de défense du monde démocratique dans lequel nous vivons [OTAN, NORAD]», a déclaré Pauline Marois.

«Le Québec est un puissant réservoir de paix», a pour sa part déclaré André Boisclair. «Nous ne sommes pas un peuple belliqueux. Nous sommes un peuple de missionnaires.» Louis Bernard a quant à lui parlé d'une perspective «raisonnable». «Il n'y a pas d'État sans forces armées», croit-il.

M. Duceppe a tourné en ridicule les députés québécois libéraux qui avaient commencé à reprocher au Bloc québécois ses rêves de «douteuses conquêtes militaires». «Ça ne veut pas dire que vous déclencherez la guerre parce que nous avez une armée. C'est quand la dernière fois que le Canada a déclenché la guerre?», a rappelé M. Duceppe.

M. Duceppe a insisté sur la nécessité d'une armée professionnelle et n'a pas eu peur de rappeler à l'ordre ses militants qui s'y opposent en se disant pacifistes. «Je disais aux militants qui avaient ces arguments-là: "Êtes-vous en train de me dire que, lors du génocide au Rwanda, vous n'auriez pas été fiers d'avoir des militaires québécois pour empêcher le génocide?" Ils me répondent "Oui, oui, c'est ce qu'on devrait faire." Ben le monde n'ira pas là bénévolement en se disant: "Qu'est-ce que je pourrais bien faire ce matin? M'en va aller acheter un casque aux surplus de l'armée rétablir la paix au Rwanda." C'est peut-être pas une bonne idée.»






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  • Rejean Thomas
    Inscrit
    lundi 31 octobre 2005 12h07
    L'humanitaire et le militaire
    « Il es vrai que la plupart des pays souverains ont une armée pour se défendre. Par contre il ne faut pas utiliser les arguments de l'humanitaire pour défendre le militaire. Les militaires ne sont pas formés pour faire de l'humanitaire et ce n 'est pas leur mission première. Malheureusement c'est un argument très utilisé par nos politiciens qui investissent dans le militaire plutot que dans l'aide humanitaire. Comme le disait récemment un soldat américain de retour de la guerre en Irak au journal Liberation du 11 octobre 2005: «ON NOUS DIT DE FAIRE DE L'HUMANITAIRE LE JOUR DONNER DES BONBONS AUX GOSSES... APRÈS ON REVIENT LA NUIT TUER DES HOMMES». Alors si on veut une armée dans un Québec souverain soyons clair ce que l'on veut faire avec cette armée et ne mélangeons pas les objectifs. »

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