Les élections de dimanche en Allemagne - L'homme qui revient de loin
Miraculé de la dernière heure, Gerhard Schroeder n'arrive pas à faire oublier son triste bilan économique
Christian Rioux
18 septembre 2002
Photo : Agence Reuters
Le chancelier Gerhard Schroeder a toujours ébloui les Allemands par son charisme.
Dernier de deux articles
Bonn — «Au printemps, les chrétiens-démocrates étaient tellement sûrs d'être élus qu'ils avaient commencé à choisir les membres de leur cabinet. Maintenant, ils sont inquiets.»
Le candidat social-démocrate Ulrich Kelber, lui, a retrouvé le sourire depuis qu'à la faveur des inondations du mois d'août et du débat sur l'Irak, le chancelier Schroeder est miraculeusement remonté dans les sondages. Ce géant de 33 ans, informaticien aux mèches blondes, promet aux habitants de Bonn de protéger les agences gouvernementales et les six ministères qui n'ont pas encore déménagé leur siège à Berlin.
Mais la tâche est ardue. Cette circonscription, encore prospère, vote pour les démocrates-chrétiens (CDU-CSU) depuis un demi-siècle. Son premier député au Bundestag n'était autre que Konrad Adenauer, le père de l'Allemagne moderne.
La tâche est d'autant plus ardue que, par cette journée ensoleillée, le chef conservateur est venu soutenir son candidat, Stefan Eisel, sur la place de l'hôtel de ville. Devant une foule de partisans, et malgré les sifflets des jeunes punks qui le comparent à Hitler, Edmund Stoiber martèle toujours le même message: le chancelier Schroeder n'a jamais tenu ses promesses.
«Si nous ne réussissons pas à réduire le chômage de façon significative, nous ne mériterons pas de continuer à gouverner», avait affirmé le chancelier. Au lendemain de sa victoire, en 1998, il s'était engagé à faire baisser le nombre de chômeurs sous le chiffre de 3,5 millions. Ceci avait fait dire à l'ancien conseiller de Bill Clinton, Dick Morris, qu'une fois partis, les hommes politiques pourraient aussi prévoir «la pluie et le beau temps».
Quatre ans plus tard, il n'y a pas un chômeur de moins en Allemagne. Le chômage frappe toujours quatre millions de personnes, soit 10 % de la population active. Dans certaines régions de l'ancienne RDA, il atteint 20 %.
Ulrich Kelber sait bien qu'il est plus que vulnérable sur ce sujet. C'est pourquoi il commence ses discours en abordant la question de front. «C'est vrai que nous avons fait ces promesses. Mais aucun pays n'a eu à subir les coûts de la réunification.» On parle d'un investissement de 1,4 billion de dollars depuis 12 ans!
Lorsque l'économie mondiale s'est mise à piquer du nez, l'Allemagne n'a pas résisté. Une vague de faillites a déferlé sur le pays. Des groupes aussi importants que l'entrepreneur en construction Holzmann, l'avionneur Fairchild-Dornier et le fabricant de fournitures de bureau Herlitz ont été ébranlés. Sans oublier le joyau du multimédia, l'empire Kirch, connu pour ses liens étroits avec les milieux politiques.
La série noire n'est pas terminée puisque le retrait soudain de France Telecom de MobilCom vient de forcer Schroeder à se porter au secours de l'entreprise de télécommunications. Presque à égalité avec son adversaire, le chancelier ne pouvait pas se permettre 5500 chômeurs de plus en pleine campagne électorale.
Talonné par l'opposition, Gerhard Schroeder n'arrive pas à convaincre que la conjoncture internationale et la réunification sont seules en cause. On lui reproche d'avoir réglementé encore davantage un marché du travail qui n'en avait vraiment pas besoin et cédé aux pressions des grands syndicats pour tirer du pétrin des industries en déroute.
Au printemps, il a fait appel à quelques sages pour y voir plus clair. La commission Hartz a proposé de réduire le chômage de moitié d'ici 2005 en incitant les chômeurs à accepter plus facilement un emploi et en développant le travail à temps partiel.
«Ce piètre bilan économique ne signifie pas que le gouvernement n'a rien fait», dit Martin Süskind, rédacteur en chef du grand quotidien berlinois Berliner Zeitung. «Schroeder avait annoncé de nombreuses réformes qui sont en partie réalisées: réforme fiscale, réduction de la dette, réforme des retraites et de la sécurité sociale.» Ajoutons à cela la réforme du code de la nationalité et, pour la première fois dans l'histoire du pays, une loi sur l'immigration.
Étrangement, la popularité de cet orphelin de père, qui a travaillé dans la construction pour payer ses études, résiste à toutes les épreuves. Schroeder a toujours été plus populaire que son adversaire, Edmund Stoiber. Éblouis par son charisme, les Allemands ont même tendance à lui pardonner sa performance économique. 39 % d'entre eux estiment qu'il n'en est pas responsable. Même si les candidats sont coude à coude, 50 % des Allemands sont de nouveau convaincus que Schroeder sera réélu, contre 26 % pour Stoiber.
«Il y a six mois, la CDU-CSU avait clairement l'avantage en matière économique», dit Ute Molitor, spécialiste de la firme de sondages BPA. «Cependant, faute de formuler des propositions très concrètes, l'économie est passée à l'arrière-plan de la campagne.» Comme si les électeurs doutaient de la capacité des deux candidats à maîtriser véritablement la croissance.
Depuis la guerre, rappelle Ute Molitor, un seul chancelier s'est fait refuser un second mandat. Les Allemands n'aiment pas les virages brusques. Ils ont tendance à donner une seconde chance au coureur.
Mais le Gerhard Schroeder de 2002 n'est pas tout à fait celui de 1998. Le partisan du «nouveau centre», copain de Tony Blair et de Bill Clinton, arrivait alors avec une équipe rajeunie pour tourner la page après 16 ans de gouvernement Kohl. Schroeder est aujourd'hui un homme seul. Il a notamment dû limoger son ministre de la Défense, Rudolf Scharping, accusé d'avoir reçu de l'argent d'un lobbyiste de l'industrie militaire.
Et son gouvernement n'a plus l'éclat d'antan. En particulier depuis le scandale des caisses électorales secrètes de Cologne. Une affaire de 20 millions de dollars à côté de laquelle les dons non déclarés qui ont assombri la sortie d'Helmut Kohl font figure de peccadille.
C'est pourquoi le chancelier mise sur une campagne très personnelle. Les affiches qui tapissent tout le pays le montrent en gros plan avec les seules lettres SPD en petits caractères dans un coin. Avec pour conséquence que s'il l'emporte, sa victoire ne sera due qu'à lui et à sa façon de toucher le coeur des Allemands.
Lors du dernier débat télévisé, il aurait même convaincu Michael Schumacher d'aller voter dimanche prochain. En avril, le champion du monde de Formule 1 avait candidement avoué n'avoir jamais voté de sa vie.
Bonn — «Au printemps, les chrétiens-démocrates étaient tellement sûrs d'être élus qu'ils avaient commencé à choisir les membres de leur cabinet. Maintenant, ils sont inquiets.»
Le candidat social-démocrate Ulrich Kelber, lui, a retrouvé le sourire depuis qu'à la faveur des inondations du mois d'août et du débat sur l'Irak, le chancelier Schroeder est miraculeusement remonté dans les sondages. Ce géant de 33 ans, informaticien aux mèches blondes, promet aux habitants de Bonn de protéger les agences gouvernementales et les six ministères qui n'ont pas encore déménagé leur siège à Berlin.
Mais la tâche est ardue. Cette circonscription, encore prospère, vote pour les démocrates-chrétiens (CDU-CSU) depuis un demi-siècle. Son premier député au Bundestag n'était autre que Konrad Adenauer, le père de l'Allemagne moderne.
La tâche est d'autant plus ardue que, par cette journée ensoleillée, le chef conservateur est venu soutenir son candidat, Stefan Eisel, sur la place de l'hôtel de ville. Devant une foule de partisans, et malgré les sifflets des jeunes punks qui le comparent à Hitler, Edmund Stoiber martèle toujours le même message: le chancelier Schroeder n'a jamais tenu ses promesses.
«Si nous ne réussissons pas à réduire le chômage de façon significative, nous ne mériterons pas de continuer à gouverner», avait affirmé le chancelier. Au lendemain de sa victoire, en 1998, il s'était engagé à faire baisser le nombre de chômeurs sous le chiffre de 3,5 millions. Ceci avait fait dire à l'ancien conseiller de Bill Clinton, Dick Morris, qu'une fois partis, les hommes politiques pourraient aussi prévoir «la pluie et le beau temps».
Quatre ans plus tard, il n'y a pas un chômeur de moins en Allemagne. Le chômage frappe toujours quatre millions de personnes, soit 10 % de la population active. Dans certaines régions de l'ancienne RDA, il atteint 20 %.
Ulrich Kelber sait bien qu'il est plus que vulnérable sur ce sujet. C'est pourquoi il commence ses discours en abordant la question de front. «C'est vrai que nous avons fait ces promesses. Mais aucun pays n'a eu à subir les coûts de la réunification.» On parle d'un investissement de 1,4 billion de dollars depuis 12 ans!
Lorsque l'économie mondiale s'est mise à piquer du nez, l'Allemagne n'a pas résisté. Une vague de faillites a déferlé sur le pays. Des groupes aussi importants que l'entrepreneur en construction Holzmann, l'avionneur Fairchild-Dornier et le fabricant de fournitures de bureau Herlitz ont été ébranlés. Sans oublier le joyau du multimédia, l'empire Kirch, connu pour ses liens étroits avec les milieux politiques.
La série noire n'est pas terminée puisque le retrait soudain de France Telecom de MobilCom vient de forcer Schroeder à se porter au secours de l'entreprise de télécommunications. Presque à égalité avec son adversaire, le chancelier ne pouvait pas se permettre 5500 chômeurs de plus en pleine campagne électorale.
Talonné par l'opposition, Gerhard Schroeder n'arrive pas à convaincre que la conjoncture internationale et la réunification sont seules en cause. On lui reproche d'avoir réglementé encore davantage un marché du travail qui n'en avait vraiment pas besoin et cédé aux pressions des grands syndicats pour tirer du pétrin des industries en déroute.
Au printemps, il a fait appel à quelques sages pour y voir plus clair. La commission Hartz a proposé de réduire le chômage de moitié d'ici 2005 en incitant les chômeurs à accepter plus facilement un emploi et en développant le travail à temps partiel.
«Ce piètre bilan économique ne signifie pas que le gouvernement n'a rien fait», dit Martin Süskind, rédacteur en chef du grand quotidien berlinois Berliner Zeitung. «Schroeder avait annoncé de nombreuses réformes qui sont en partie réalisées: réforme fiscale, réduction de la dette, réforme des retraites et de la sécurité sociale.» Ajoutons à cela la réforme du code de la nationalité et, pour la première fois dans l'histoire du pays, une loi sur l'immigration.
Étrangement, la popularité de cet orphelin de père, qui a travaillé dans la construction pour payer ses études, résiste à toutes les épreuves. Schroeder a toujours été plus populaire que son adversaire, Edmund Stoiber. Éblouis par son charisme, les Allemands ont même tendance à lui pardonner sa performance économique. 39 % d'entre eux estiment qu'il n'en est pas responsable. Même si les candidats sont coude à coude, 50 % des Allemands sont de nouveau convaincus que Schroeder sera réélu, contre 26 % pour Stoiber.
«Il y a six mois, la CDU-CSU avait clairement l'avantage en matière économique», dit Ute Molitor, spécialiste de la firme de sondages BPA. «Cependant, faute de formuler des propositions très concrètes, l'économie est passée à l'arrière-plan de la campagne.» Comme si les électeurs doutaient de la capacité des deux candidats à maîtriser véritablement la croissance.
Depuis la guerre, rappelle Ute Molitor, un seul chancelier s'est fait refuser un second mandat. Les Allemands n'aiment pas les virages brusques. Ils ont tendance à donner une seconde chance au coureur.
Mais le Gerhard Schroeder de 2002 n'est pas tout à fait celui de 1998. Le partisan du «nouveau centre», copain de Tony Blair et de Bill Clinton, arrivait alors avec une équipe rajeunie pour tourner la page après 16 ans de gouvernement Kohl. Schroeder est aujourd'hui un homme seul. Il a notamment dû limoger son ministre de la Défense, Rudolf Scharping, accusé d'avoir reçu de l'argent d'un lobbyiste de l'industrie militaire.
Et son gouvernement n'a plus l'éclat d'antan. En particulier depuis le scandale des caisses électorales secrètes de Cologne. Une affaire de 20 millions de dollars à côté de laquelle les dons non déclarés qui ont assombri la sortie d'Helmut Kohl font figure de peccadille.
C'est pourquoi le chancelier mise sur une campagne très personnelle. Les affiches qui tapissent tout le pays le montrent en gros plan avec les seules lettres SPD en petits caractères dans un coin. Avec pour conséquence que s'il l'emporte, sa victoire ne sera due qu'à lui et à sa façon de toucher le coeur des Allemands.
Lors du dernier débat télévisé, il aurait même convaincu Michael Schumacher d'aller voter dimanche prochain. En avril, le champion du monde de Formule 1 avait candidement avoué n'avoir jamais voté de sa vie.
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