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Kyoto: «blocus total» d'Ottawa

Robert Dutrisac   27 octobre 2005 
Stéphane Dion et Thomas Mulcair en des jours meilleurs. Aujourd’hui, pour négocier, le ministre Mulcair entend contourner son homologue fédéral.
Photo : Jacques Nadeau
Stéphane Dion et Thomas Mulcair en des jours meilleurs. Aujourd’hui, pour négocier, le ministre Mulcair entend contourner son homologue fédéral.
Québec — Le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, s'en est pris avec véhémence hier à son homologue fédéral, Stéphane Dion, pour son attitude plus que méprisante dans les négociations portant sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre au Québec.

«Ça ne va pas très bien avec M. Dion dans cette négociation-là. Et le mot "méprisant" ne suffit pas pour décrire ce que j'ai rencontré [jusqu'à maintenant], et ça me désole», a déclaré M. Mulcair en réponse à une question du député de Lac-Saint-Jean et porte-parole de l'opposition officielle Stéphan Tremblay à l'Assemblée nationale.

M. Mulcair a parlé de «blocus total» pour décrire la position de M. Dion dans ces négociations entre Ottawa et Québec, qui portent sur l'application du protocole de Kyoto. Le ministre Mulcair a laissé entendre qu'il commençait à comprendre la position des souverainistes. «J'essaie toujours, en politique, de comprendre ce qui anime l'autre côté [l'opposition officielle]; ce n'est pas toujours facile. Mais depuis 16 mois que je suis face à Stéphane Dion, je comprends un peu mieux», a-t-il laissé tomber.

«Ce serait extrêmement difficile pour quiconque de me traiter de péquiste», a-t-il dit lors du point de presse qui a suivi, une allusion aux propos que le ministre fédéral des Transports, Jean Lapierre, a tenus à l'endroit du ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier. «Et pourtant, ma frustration, elle est ressentie et elle est très réelle», a poursuivi M. Mulcair.

Le ministre québécois garde pourtant espoir d'en arriver à une entente avant la tenue de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui s'ouvrira à Montréal le 28 novembre prochain. Mais pour ce faire, il entend contourner Stéphane Dion. «J'ai confiance qu'avec mes collègues, notamment Benoît Pelletier, on va être capables de s'asseoir avec d'autres personnes du gouvernement fédéral», a-t-il indiqué.

La sortie impétueuse de M. Mulcair est survenue après que l'opposition officielle eut tenté sans succès de convaincre les députés libéraux de voter en faveur d'une motion stipulant «que l'Assemblée nationale dénonce les visées centralisatrices et le mépris du gouvernement du Canada à l'endroit du Québec».

La chef de l'opposition officielle, Louise Harel, a accusé le premier ministre Jean Charest de s'écraser devant cette offensive fédérale dont le dernier élément est le dépôt, aujourd'hui à la Chambre des communes, d'un projet de loi visant à répartir les surplus fédéraux à parts égales entre la dette, les programmes et les réductions d'impôt. Selon Mme Harel, il s'agit d'une «institutionnalisation des surplus fédéraux» qui «enterre le déséquilibre fiscal».

Cette offensive se traduit aussi par cette nouvelle notion d'«intérêt national» qui autoriserait Ottawa à envahir les champs de compétence des provinces, l'arrogance de Jean Lapierre et la fermeture du ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, face aux demandes de Québec en matière de relations internationales, autant de «menaces» dont M. Pelletier a parlé la semaine dernière, a souligné Mme Harel.

«Mais l'alternative, c'est quoi?», a lancé Jean Charest lors de la période de questions à l'Assemblée nationale. «C'est cinq ans de perturbations» qui suivraient la déclaration d'indépendance, comme l'affirmait la députée de Taillon, Pauline Marois, la semaine dernière, a relevé le premier ministre.

Lors du débat en matinée sur la motion présentée par les péquistes, Benoît Pelletier a expliqué qu'il était «tout à fait inapproprié» d'adopter cette motion dans le contexte actuel. Québec et Ottawa négocient en ce moment une entente sur le financement des services de garde et ces négociations vont bien, a mentionné le ministre Pelletier. Il ne faut donc pas faire le moindre geste qui risqueraient «d'envenimer» les discussions. «Ce sont des négociations que nous ne devons à aucun prix compromettre», estime M. Pelletier.

À Ottawa, Stéphane Dion, qui n'avait jamais dédaigné une bonne bagarre avec le gouvernement péquiste, n'a pas enfilé ses gants de boxe hier, au contraire. «Je ne sais pas pourquoi M. Mulcair y va de façon personnelle comme ça. Vous comprendrez que je ne le suivrai pas sur ce terrain. Je suis déterminé à avoir une très bonne entente avec lui, à annoncer de beaux projets, parce que le changement climatique est une cause trop grave pour négocier autrement que de façon correcte», a-t-il dit.

M. Dion s'est dit assuré de parvenir à une entente avec Québec. «Ma porte est grand ouverte. On va y arriver, vous allez voir.»

Sur le fond des choses, M. Mulcair reproche à M. Dion son refus obstiné de reconnaître que le Québec a fait des efforts importants pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Aussi, grâce à l'hydroélectricité, le Québec émet moitié moins de gaz à effet de serre par habitant que le reste du Canada. Ottawa entend consacrer dix milliards de dollars au cours des prochaines années pour aider les provinces à atteindre les objectifs de réduction des émissions. Près de 25 % de cette somme provient des contribuables québécois, a fait observer M. Mulcair. «Le paradoxe là-dedans, c'est que ce sont les contribuables québécois qui paieraient pour nettoyer l'Alberta», a-t-il déploré. «Nos taxes vont aller dans une province qui non seulement a des surplus mais qui n'a pas de dettes. Je ne pense pas que M. Klein a besoin de l'argent des Québécois pour nettoyer son industrie.»

Toute la démarche fédérale visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre — en suggérant par exemple aux citoyens d'éteindre les lumières alors que cela ne s'applique pas au Québec — «démontre que la mentalité — le "mindset" — est complètement axée sur l'Ouest et l'Ontario. Le Québec est complètement laissé pour compte», a affirmé M. Mulcair.

Avec la collaboration d'Alec Castonguay






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