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Pour «l'indépendance culturelle» mais contre le séparatisme

Jean-Daniel Lafond définit sa position

Paul Cauchon   27 octobre 2005 
Jean-Daniel Lafond défend l'«indépendance culturelle» mais rejette le séparatisme. C'est ainsi que le conjoint de la gouverneure générale Michaëlle Jean a défini ses positions hier matin dans le cadre d'Indicatif présent, l'émission diffusée à la Première Chaîne radiophonique de Radio-Canada.

Pressé de questions par l'animatrice Marie-France Bazzo et répondant souvent avec émotion dans la voix, Jean-Daniel Lafond a rappelé qu'il est «devenu canadien par le Québec» et qu'il est «resté québécois même au Canada». «J'ai participé par mes films, mes livres, mes fréquentations, ma présence dans une culture, à l'indépendance culturelle et à une lutte identitaire fondamentale. Mais je n'ai jamais cru que je pouvais être séparatiste», a-t-il dit.

Commentant ses amitiés avec certains intellectuels ou créateurs importants identifiés au mouvement souverainiste, Pierre Vallières et Pierre Perrault par exemple, Jean-Daniel Lafond a longuement expliqué que «l'amitié peut exister avec des divergences» et que les affinités n'impliquent pas nécessairement un partage complet d'opinions. «Les valeurs de liberté, de tolérance, d'ouverture au monde, on peut les partager avec bien des gens, a-t-il dit. Pierre Perrault a été mon ami fraternel et cher, je partageais avec lui beaucoup de choses, dont le combat identitaire sur le pays, mais je ne partageais pas le nationalisme. Cela faisait partie de nos débats.»

M. Lafond a d'ailleurs ajouté que la question de l'identité est au coeur de son travail philosophique. Cependant, a-t-il affirmé, «j'ai beaucoup de difficulté avec les nationalismes en général».

Son Excellence Jean-Daniel Lafond s'est montré particulièrement blessé par les commentaires entendus lors de la nomination de sa conjointe au sommet de l'État canadien, qualifiant certains souverainistes qui l'avaient alors attaqué de «petit groupe de terreur» qui tentait de le «diaboliser» auprès des Canadiens de l'ouest du pays et dont l'attitude s'apparentait à «un tribunal populaire, un tribunal de la terreur» qui, dans d'autres pays comme l'Iran, pourrait «mener à la mort». «Le Québec que j'aime n'est pas celui-là, a-t-il dit. C'est un Québec d'ouverture, de tolérance, qui, j'espère, est capable de tolérer que la moitié de la population ne pense pas la même chose que l'autre moitié.»

Refusant de reconnaître que la nomination de sa conjointe pourrait servir les intérêts du gouvernement Martin, il a répété dans cette première entrevue accordée depuis son installation à Rideau Hall que le statut de la gouverneure générale est de nature «apolitique» et que «Rideau Hall est un lieu apolitique». Il ne s'agit pas d'une «vie de château», a-t-il précisé, mais d'une «vie professionnelle», où il ne touche d'ailleurs pas de salaire lui-même.

Interrogé par Marie-France Bazzo sur la réaction du couple lorsque le poste de gouverneur général avait été offert à Mme Jean, il a répondu ceci: «Je me suis dit qu'elle ne peut pas refuser: elle est femme, elle est québécoise, elle est noire; au niveau du symbole, c'était trop intense, c'est fondamental pour le Québec contemporain.»

De façon surprenante, M. Lafond a même déclaré qu'il avait déjà examiné «dans [s]a tête» la possibilité d'une telle nomination, sans en parler à sa conjointe, en réfléchissant à la succession possible d'Adrienne Clarkson. «Je réfléchissais à des femmes communicatrices qu'on pourrait nommer à ce poste, je jonglais avec des noms: Denise Bombardier, Monique Mercure, Nathalie Petrowski, Lysianne Gagnon... Je me disais que s'il y avait de l'audace, on choisirait une femme jeune, noire, communicatrice... »

Se définissant comme «quelqu'un de dialogue et d'échange», il a soutenu n'être pas obligé, dans son nouveau rôle, d'obtenir quelque permission que ce soit avant de faire des déclarations publiques. Il a également affirmé avoir compris en 1981, lorsque, Français d'origine, il avait prêté serment pour devenir citoyen canadien, que «nous sommes dans une monarchie», soutenant même qu'il n'y a «jamais eu autre chose qu'une monarchie constitutionnelle [au pays] depuis Samuel de Champlain», une façon de faire reculer les critiques en ce qui a trait au rôle de représentant de la reine.

Commentant ces propos, la journaliste Denise Bombardier, interviewée hier à la suite de Jean-Daniel Lafond sur un autre sujet (la parution de son nouveau livre), n'a pas pu s'empêcher de faire remarquer que «pour un philosophe, je trouve qu'il écarte très rapidement la valeur symbolique des choses». Il est à prévoir que les propos de Jean-Daniel Lafond continueront à faire jaser puisque le philosophe-cinéaste continuera, une fois par mois, à tenir des «duos philosophiques» avec Serge Bouchard dans le cadre d'Indicatif présent.
 
 
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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    jeudi 27 octobre 2005 18h44
    Surprenant
    Les propos de Jean-Daniel Lafond disant que «"nous sommes dans une monarchie" et soutenant même qu'il n'y a "jamais eu autre chose qu'une monarchie constitutionnelle [au pays] depuis Samuel de Champlain" » (Le Devoir, 27 octobre), sont bien surprenants de la part de quelqu'un qui se prétend philosophe. En effet, il n'y a pas de monarchie canadienne, comme il y a une monarchie suédoise ou norvégienne ou belge. Car la monarchie qui subsiste au Canada est une monarchie étrangère, un reste de l'empire colonial britannique. Il n'y a donc pas lieu d'en être fier ni de se glorifier de représenter cet archaïsme désuet. Sur ce point, Gilles Duceppe a parfaitement raison.
    Et puisque M. Lafond prône «l'indépendance culturelle» (je préfèrerais pour ma part parler d'autonomie culturelle) il devrait l'étendre à cette composante de notre histoire canadienne et revendiquer une indépendance historico-culturelle qui rende le Canada vraiment canadien, puisqu'il se trouve maintenant associé au système politique du Canada. Le poste de gouverneur général n'est pas vraiment «apolitique», même s'il est en marge de la vie politique canadienne et sans influence réelle sur celle-ci. En effet, le gouverneur du Canada est nommé par le Premier ministre et, dans le cas présent, cette nomination a bien évidemment une saveur politique. C'est là que l'on retrouve le symbole, un symbole qui n'est pas neutre. Mais ce n'est pas ici le lieu de traiter du symbolisme, il y faudrait davantage d'espace et de temps.
    Tout serait tellement plus simple, plus clair, plus démocratique, plus représentatif de la population, moins sujet à controverse, à débats, à fausses interprétations, à justifications, à autres billevesées, calembredaines, divagations, fariboles et coquecigrues, si le Canada se dotait enfin d'un véritable chef d'État ÉLU.

  • Guimont Rodrigue
    Inscrit
    lundi 31 octobre 2005 10h40
    Crise d'identité
    Les propos entendus à l'émission de Madame Bazzo témoignent d'un individu en pleine crise de reconnaissance. J'y ai entendu un homme tentant gauchement de légitimer son choix et celui de son épouse commencer par minimiser et le poste supérieur, et le symbole souverain, et la résidence royale.

    J'y ai vu un homme en pleine contradiction avec lui-même reporter sur la tâche ingrate de couple royal de simples fonctions apolitiques et sociétales. J'y ai surtout compris que cet emploi inféode déjà ce couple à une royauté coloniale dont ils sont tous les deux à des années lumières.

    Son Excellence Monsieur Lafond essaie de se disculper maladroitement en reportant sur les souverainistes sa propre imputation. Rapprocher en quelques phrases des termes aussi puissants que: «terreur», «diaboliser», «tribunal populaire», «Iran», «mort», «Québec», c'est faire de la pragmatisme linguistique associative.

    Quoi de mieux pour se justifier que de transposer sur autrui sa propre ambiguïté. Ce poste royal-colonial-britannique le couple Jean-Lafond l'a choisi en toute connaissance (ou incompréhension) de causes. Qu'on essaie maintenant de nous dire que cette attribution est apolitique, bien ordinaire et sans grandes conséquences, tout au plus philanthropique, mais qui donc parle et avec qui surtout croit-il parler?

    Monsieur Paul Martin premier ministre du Canada, a choisi Madame Jean parce qu'elle était aimée des québécois-québécoises. Leurs Excellences n'auront d'autres choix que d'y venir vanter les vertus canadiennes. Dans le noble jeu d'échec pour gagner on avance les pièces (je n'ai pas dit les pions) que l'on peut et la reine, bien ou mal aimée, est la plus faible des pièces. le pion a du moins un peu plus de liberté.

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