Quel projet, au juste ?
Jean-Robert Sansfaçon
21 octobre 2005
Le texte de dix pages qu'un groupe de personnalités dirigé par l'ancien premier ministre Lucien Bouchard a présenté comme un «manifeste» mercredi a le mérite de nous rappeler quelques-uns des nombreux écueils sur lesquels le Québec risque de s'abîmer s'il se complaît dans le statu quo. En revanche, il ne propose aucun projet susceptible de justifier les sacrifices qu'on demande aux Québécois.
On le dit depuis longtemps: le taux de décrochage scolaire est trop élevé, le nombre de diplômés insuffisant, il ne se fait pas assez de recherche et la concurrence étrangère risque d'entraîner un déclin de notre niveau de vie si nous n'investissons pas davantage en éducation, en recherche et en développement. Il est aussi juste d'affirmer que le déficit démographique appréhendé pourrait plonger le Québec dans une crise économique et sociale à moyen terme. Voilà des observations qui méritent d'être rappelées chaque fois que l'occasion se présente, un exercice que viennent de faire avec panache 12 personnalités réunies autour de Lucien Bouchard. Mais encore? Faut-il pour autant paniquer?
Prenons la dette. Oui, elle pèse lourdement sur les finances de la province. Cela étant, les auteurs du manifeste auraient dû revoir leurs calculs avant d'affirmer que le service de la dette accapare 16 % des dépenses. Cela était vrai en 1998, mais depuis, ce pourcentage a chuté à... 12,6 %. À 16 %, il faudrait y consacrer 8,8 milliards par année et non les sept milliards qui n'ont pas bronché depuis sept ans pendant que les recettes, elles, augmentaient de... 11 milliards par année.
C'est encore trop, sept milliards, mais il ne faut pas dramatiser puisque, en fonction du PIB, la dette du Québec a baissé de 52,2 à 43,7 % au cours de la même période et qu'elle continuera de diminuer à l'avenir si nous maintenons le cap sur le déficit nul. Évidemment, il y a la santé qui coûte de plus en plus cher. Sans doute devrait-on consacrer une somme annuelle fixe au remboursement de la dette, mais compte tenu du déséquilibre fiscal, seul Ottawa est en mesure de se permettre une telle fantaisie.
Quant à la proposition d'augmenter les tarifs d'électricité, si l'idée consiste à rejoindre la moyenne canadienne, de 28 % plus élevée, elle ne pourrait être envisagée qu'à moyen terme pour éviter tout choc des prix néfaste aux investissements. Notons que ces hausses suffiraient à peine à faire face aux dépenses de santé. Le Québec n'est pas l'Alberta, qui exporte son gaz au prix international. Ici, nous produisons de l'électricité pour nous-mêmes et pour les entreprises qui choisissent d'investir chez nous à cause du prix très bas de cette forme d'énergie.
Quant à la réforme de la fiscalité, l'idée mérite aussi de revenir sur la table de façon périodique. Jusqu'à ce jour cependant, aucun gouvernement n'a eu l'audace de s'y attaquer à cause des conséquences prévisibles sur le climat social. Il ne faut pas s'y tromper: les syndicats ne sont pas les seuls à s'y opposer, les commerçants et la classe moyenne aussi... En politique comme dans la vie, il faut savoir choisir ses combats.
Cela étant, ce qui surprend le plus dans cette sortie de l'ancien premier ministre au charisme toujours aussi efficace, c'est de l'entendre affirmer le contraire de ce qu'il disait il y a cinq ans. Rappelons-nous qu'en démissionnant, il avait invoqué l'impasse dans laquelle le projet de souveraineté s'enlisait. Or voilà que le même M. Bouchard justifie la neutralité constitutionnelle du groupe «Pour un Québec lucide» par le fait que des problèmes plus urgents imposaient cette intervention de groupe. Pourtant, c'est lorsqu'il était au pouvoir qu'il pouvait agir. Pourquoi avoir maintenu le gel des frais de scolarité? Et le gel des tarifs d'électricité? Pourquoi avoir quitté le bateau à mi-mandat au lieu d'entreprendre les réformes qu'il juge aujourd'hui plus déterminantes que le projet de souveraineté?
M. Bouchard rappelle que c'est lui qui a mis fin au déficit chronique. Reconnaît-il que toutes les provinces ont fait de même? Reconnaît-il aussi qu'un des moyens utilisés pour devancer l'atteinte de son objectif, soit la mise à la retraite prématurée de 30 000 employés, a entraîné un gonflement de la dette de 1,6 milliard à un coût annuel d'intérêts de 110 millions, et ce, jusqu'en 2014? Et dire que tous ces employés ont été remplacés depuis...
Le Québec est frileux, constate le groupe de M. Bouchard. Plus que les autres? Mais non! Nous avons des défis considérables à relever, c'est vrai, mais pour s'y attaquer, il faut plus qu'un pamphlet: il faut un projet mobilisateur. Un tel projet qu'a déjà défendu M. Bouchard est malheureusement absent de ce manifeste conçu pour plaire à une couche trop restreinte de notre société.
On le dit depuis longtemps: le taux de décrochage scolaire est trop élevé, le nombre de diplômés insuffisant, il ne se fait pas assez de recherche et la concurrence étrangère risque d'entraîner un déclin de notre niveau de vie si nous n'investissons pas davantage en éducation, en recherche et en développement. Il est aussi juste d'affirmer que le déficit démographique appréhendé pourrait plonger le Québec dans une crise économique et sociale à moyen terme. Voilà des observations qui méritent d'être rappelées chaque fois que l'occasion se présente, un exercice que viennent de faire avec panache 12 personnalités réunies autour de Lucien Bouchard. Mais encore? Faut-il pour autant paniquer?
Prenons la dette. Oui, elle pèse lourdement sur les finances de la province. Cela étant, les auteurs du manifeste auraient dû revoir leurs calculs avant d'affirmer que le service de la dette accapare 16 % des dépenses. Cela était vrai en 1998, mais depuis, ce pourcentage a chuté à... 12,6 %. À 16 %, il faudrait y consacrer 8,8 milliards par année et non les sept milliards qui n'ont pas bronché depuis sept ans pendant que les recettes, elles, augmentaient de... 11 milliards par année.
C'est encore trop, sept milliards, mais il ne faut pas dramatiser puisque, en fonction du PIB, la dette du Québec a baissé de 52,2 à 43,7 % au cours de la même période et qu'elle continuera de diminuer à l'avenir si nous maintenons le cap sur le déficit nul. Évidemment, il y a la santé qui coûte de plus en plus cher. Sans doute devrait-on consacrer une somme annuelle fixe au remboursement de la dette, mais compte tenu du déséquilibre fiscal, seul Ottawa est en mesure de se permettre une telle fantaisie.
Quant à la proposition d'augmenter les tarifs d'électricité, si l'idée consiste à rejoindre la moyenne canadienne, de 28 % plus élevée, elle ne pourrait être envisagée qu'à moyen terme pour éviter tout choc des prix néfaste aux investissements. Notons que ces hausses suffiraient à peine à faire face aux dépenses de santé. Le Québec n'est pas l'Alberta, qui exporte son gaz au prix international. Ici, nous produisons de l'électricité pour nous-mêmes et pour les entreprises qui choisissent d'investir chez nous à cause du prix très bas de cette forme d'énergie.
Quant à la réforme de la fiscalité, l'idée mérite aussi de revenir sur la table de façon périodique. Jusqu'à ce jour cependant, aucun gouvernement n'a eu l'audace de s'y attaquer à cause des conséquences prévisibles sur le climat social. Il ne faut pas s'y tromper: les syndicats ne sont pas les seuls à s'y opposer, les commerçants et la classe moyenne aussi... En politique comme dans la vie, il faut savoir choisir ses combats.
Cela étant, ce qui surprend le plus dans cette sortie de l'ancien premier ministre au charisme toujours aussi efficace, c'est de l'entendre affirmer le contraire de ce qu'il disait il y a cinq ans. Rappelons-nous qu'en démissionnant, il avait invoqué l'impasse dans laquelle le projet de souveraineté s'enlisait. Or voilà que le même M. Bouchard justifie la neutralité constitutionnelle du groupe «Pour un Québec lucide» par le fait que des problèmes plus urgents imposaient cette intervention de groupe. Pourtant, c'est lorsqu'il était au pouvoir qu'il pouvait agir. Pourquoi avoir maintenu le gel des frais de scolarité? Et le gel des tarifs d'électricité? Pourquoi avoir quitté le bateau à mi-mandat au lieu d'entreprendre les réformes qu'il juge aujourd'hui plus déterminantes que le projet de souveraineté?
M. Bouchard rappelle que c'est lui qui a mis fin au déficit chronique. Reconnaît-il que toutes les provinces ont fait de même? Reconnaît-il aussi qu'un des moyens utilisés pour devancer l'atteinte de son objectif, soit la mise à la retraite prématurée de 30 000 employés, a entraîné un gonflement de la dette de 1,6 milliard à un coût annuel d'intérêts de 110 millions, et ce, jusqu'en 2014? Et dire que tous ces employés ont été remplacés depuis...
Le Québec est frileux, constate le groupe de M. Bouchard. Plus que les autres? Mais non! Nous avons des défis considérables à relever, c'est vrai, mais pour s'y attaquer, il faut plus qu'un pamphlet: il faut un projet mobilisateur. Un tel projet qu'a déjà défendu M. Bouchard est malheureusement absent de ce manifeste conçu pour plaire à une couche trop restreinte de notre société.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

