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Les intérêts de chacun

Serge Truffaut   18 septembre 2002 
La résolution irakienne relative à l'inspection de ses arsenaux militaires a fait une victime: le consensus forgé la semaine dernière au Conseil de sécurité de l'ONU a volé en éclats. La Chine, la France et la Russie se satisfont d'un geste que les Américains et les Britanniques qualifient d'esbroufe.

Devant les membres des Nations unies rassemblés la semaine dernière, le président Bush s'est plu à décliner les résolutions que ceux-ci ont adoptées et que Saddam Hussein n'a pas respectées. Après coup, le chef de l'exécutif a proposé, en substance, un troc. Les États-Unis ayant été critiqués pour l'adoption d'une politique unilatéraliste, la communauté internationale se devait de démontrer les vertus du multilatéralisme en convainquant le maître de Bagdad de changer d'attitude. Sur ce dernier, des pressions ont été exercées qui se sont traduites par l'acceptation sans condition de recevoir les inspecteurs de l'ONU.

Dans la missive envoyée au secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, le ministre irakien des Affaires étrangères Naji Sabir prend soin de souligner que son gouvernement a répondu positivement à la requête que le patron de l'ONU avait déposée après que le secrétaire général de la Ligue arabe et divers chefs d'État eurent fait pression sur l'Irak. On connaît la suite: l'Irak a tombé le gant; les Russes, les Chinois et les Français ont salué le geste; les États-Unis ont fait de la surenchère.

Contrairement à la majorité des membres du Conseil de sécurité, les Américains estiment qu'il y a encore nécessité de saisir cette instance du cas irakien afin d'arrimer à la stricte inspection un certain nombre d'obligations. Au mieux, Washington souhaiterait que l'Irak s'engage à couper tout lien avec des organisations terroristes, ouvre les vannes de manière à instaurer la démocratie, mette fin à l'oppression politique et respecte à la lettre le programme baptisé «Pétrole contre nourriture».

Il est écrit dans le ciel que deux des cinq membres permanents du Conseil de sécurité vont juger nulle et non avenue toute proposition des États-Unis qui encerclerait l'élément «inspection» par un ou plusieurs des éléments cités plus haut. La France et la Russie, puisqu'il s'agit d'eux, ont des intérêts trop divergents de ceux que caressent les États-Unis et leur principal allié dans cette région du monde, l'Arabie Saoudite. Le tout tient en un mot: le pétrole.

Que les États-Unis parviennent à leurs fins en imposant un gouvernement irakien partageant leurs vues, la Russie comme la France se retrouveraient littéralement Gros-Jean comme devant. Ce sont eux, en effet, qui détiennent les permis d'exploitation du pétrole irakien. Pour user de leurs droits, les compagnies française et russe n'attendent qu'une levée des sanctions et espèrent qu'advenant un changement de régime, celui-ci reconduise à l'identique les ententes signées avec Saddam Hussein. Ce que les Américains et les Saoudiens veulent éviter à tout prix. D'autant plus que le sous-sol irakien renferme les réserves d'hydrocarbures les plus importantes du monde après celles de l'Arabie Saoudite.

Cette histoire a ceci de profondément désolant que les acteurs en présence tiennent les opinions publiques dans l'expectative pour mieux jouer la carte de l'unilatéralisme. Français, Russes et Américains le sont tout autant les uns que les autres. Pour l'heure, il serait grandement apprécié qu'on laisse les inspecteurs inspecter, histoire de faire la lumière sur la raison évoquée à maintes reprises depuis des lunes.
 
 
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