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Le virus de la prochaine pandémie de grippe n'existe pas encore

La menace, elle, est on ne peut plus réelle

Louise-Maude Rioux Soucy   19 octobre 2005 
Des hommes font le commerce de poulets vivants dans un marché public de Téhéran. Comme plusieurs autres pays avant eux, le sultanat d’Oman et le Koweit ont interdit hier l’importation de poulets en provenance des régions suspectées d’être aff
Photo : Agence Reuters
Des hommes font le commerce de poulets vivants dans un marché public de Téhéran. Comme plusieurs autres pays avant eux, le sultanat d’Oman et le Koweit ont interdit hier l’importation de poulets en provenance des régions suspectées d’être aff
La souche H5N1 du virus de la grippe aviaire a durement frappé l'Asie et fait paniquer l'Europe, distillant la peur d'une pandémie que les multiples avis de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont rendue mondiale. Pourtant, si le virus de la grippe aviaire est bien réel, le virus que l'on craint, celui qui se transmettrait d'humain à humain, n'est même pas encore né.

La menace d'une pandémie imminente de grippe est réelle, tous les spécialistes s'entendent sur ce point. De là à dire que ce sera la terrible souche H5N1 qui en sera à l'origine, virologues, médecins et vétérinaires sont beaucoup moins affirmatifs. Au point où certains craignent que la politique de transparence de l'OMS n'alarme inutilement les populations un peu partout sur le globe.

Pour le Dr Michel Savard, les avis de l'OMS, relayés bruyamment par les médias depuis quelques semaines, ont aussi leur revers. «On assiste à une surenchère de la dramatisation. Même si le risque est réel, l'alarme, elle, est démesurée», croit le médecin-conseil en santé publique pour le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Sur une échelle de six menant à une pandémie, l'OMS estime que nous n'en sommes qu'au stade trois avec la souche H5N1, laissant présager de nombreuses actions avant que le pire ne survienne. «Même si la grippe aviaire gagnait le Québec aujourd'hui, il ne faudrait pas s'emporter pour autant parce qu'à ce stade-ci c'est avant tout un problème de vétérinaires», nuance le Dr Savard.

Mais attention, la situation est assez préoccupante pour que les intervenants en santé publique planifient immédiatement une réponse, poursuit le Dr Savard dans le même souffle. «Les tsunamis, le bioterrorisme, le World Trade Center, ça, c'est les ligues mineures. Une pandémie, pour moi, c'est dans les ligues majeures et il faut s'y préparer immédiatement.»

Et pour cause. Si la grippe «traditionnelle» touche de 5 % à 20 % de la population, un virus pandémique contre lequel personne ne serait immunisé aurait un spectre d'attaque beaucoup plus large, évalué à entre 30 % et 50 %. Avec un scénario à 35 % d'infections — et ce n'est pas le pire scénario ni le plus optimiste — les morts se compteraient par millions dans le monde. Seulement au Québec, de 7000 à 10 000 personnes en mourraient.

Une fois la pandémie officiellement déclarée par l'OMS, la quarantaine serait inutile, car seuls les vaccins et les antiviraux pourraient minimiser les dégâts. «Si la pandémie est déclarée, ça ne servira à rien de mettre les gens en quarantaine, c'est comme vouloir mettre une petite barrière devant un tsunami», illustre le Dr Savard.

Et la pandémie est pour bientôt, s'entendent les experts. Dans un siècle, le monde fera face à entre deux et quatre pandémies de grippe. Les trois dernières remontant à 1968, 1957 et 1917, les spécialistes estiment que la prochaine est imminente.

La souche H5N1 est actuellement celle qu'on considère avec le plus d'intérêt parce qu'elle est une cause de mortalité chez l'humain et qu'elle se répand. Pourtant, bien des virologues croient que la pandémie pourrait tout aussi bien venir d'une autre souche.

C'est que le fameux virus H5N1 n'a pas encore acquis le bagage génétique nécessaire à une transmission interhumaine, même si cela fait deux ans que le premier cas humain a été détecté. Le hic, c'est que les probabilités qu'il y parvienne n'ont de cesse de se multiplier. «Plus ce virus-là va se répandre, plus on augmente la probabilité qu'un être humain soit contaminé à la fois par le virus de l'influenza humain et le virus de l'influenza aviaire», explique le virologue Michel Couillard.

Le cas échéant, on trouverait là la recette parfaite pour une pandémie mondiale. Il suffit qu'une cellule respiratoire soit infectée par l'influenza humain et l'influenza aviaire pour qu'un réarrangement génétique ait lieu. «On pourrait alors voir apparaître une nouvelle souche qui aurait à la fois la possibilité de transmission interhumaine et la virulence du virus aviaire», poursuit le coordonnateur d'unité au Laboratoire de santé publique du Québec.

Une souche pandémique pourrait aussi naître à la faveur de nouvelles mutations. Les virus de l'influenza sont en effet très inventifs, raconte le Dr Daniel Martineau, professeur au département de pathologie et de microbiologie rattaché à la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal.

«Les virus ARN comme ceux de l'influenza ont souvent des mutations. Plus il y a de virus en circulation, plus les réplications virales se multiplient et, avec elles, les chances que des mutations surviennent. Chaque fois qu'il y a une réplication, une erreur se glisse dans le génome, ce qui fait augmenter la variabilité du virus», explique le Dr Martineau.

La perspective que ce soit la souche H5N1 qui subisse de telles mutations n'est guère réjouissante, étant donné sa forte létalité chez les poulets comme chez les humains qui en ont été infectés depuis 2003. Sur 117 personnes touchées en Asie, 60 en sont mortes.

L'appartenance de la souche H5N1 à la famille des souches H5 ne la rend que plus menaçante encore aux yeux des scientifiques. «Ce qui est inquiétant avec les virus H5, comme les H7 d'ailleurs, c'est qu'on sait que ce sont des souches qui ont tendance à être très virulentes pour le poulet», confirme le microbiologiste.

Même si on éradiquait tous les élevages domestiques affectés, il serait impensable d'imaginer en avoir fini avec la souche H5N1, comme l'a montré l'expérience de 1997 à Hong-Kong. À l'époque, tous les poulets malades avaient été tués, ce qui laissait croire aux autorités que le virus avait été complètement éradiqué. «On croyait avoir réussi à couper la chaîne de transmission, mais on se trompait, car il en restait dans la faune aviaire», souligne le Dr Couillard.

Aujourd'hui, H5N1 est partout dans la faune sauvage, qui, généralement, n'en est pas affectée. Ce qui fait dire au Dr Martineau qu'il n'est pas exclu que des oiseaux sains en soient porteurs ici même au Canada. «Il est possible qu'il y ait des oiseaux sauvages porteurs du virus et qu'ils ne soient pas malades. Pour le moment, on fait des tests et aucun animal n'a été testé positif.»

Cela dit, tant qu'H5N1 ne se transmettra pas d'humain à humain, la menace pour la santé humaine restera minime. Pour le Dr Michel Savard, l'important est donc de se préparer à l'apparition de la prochaine pandémie, qu'elle soit issue de cette souche ou d'une autre.

En attendant, d'autres impératifs l'emportent sur la menace d'une pandémie, croit le médecin-conseil. «Ce qui est important aujourd'hui, c'est le programme régulier de vaccination contre la grippe. D'abord parce que c'est un risque réel, mais aussi parce qu'on va se servir de ce programme pour revoir nos procédures.»
 
 
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  • mvanneste
    Abonné
    mercredi 19 octobre 2005 12h05
    Un peu trop près du discours "officiel" de nos authorités locales...
    Même si je crois de façon générale qu'il ne faut pas tomber trop facilement dans l'alarmisme, mais le texte supporte un peu trop facilement les commentaires de spécialistes locaux qui se veullent rassurants. La page suivante de l'OMS est claire là-dessus: http://www.who.int/csr/disease/influenza/pandemic1
    Notre système de santé ne pourra tenir le coup et nos authorités medicales devraient nous informer sur ce que nous devrons faire quand les urgences seront surchargées, et que nous devrons nous débouiller seuls avec les malades et ce avant que des charlatants ne le fasse. Sur la question de risques réel ou pas je vous conseille la lecture de spécialistes en risques sur ce sujet. Les analystes financiers (BMO Nesbitt Brun)analysent le tout très froidement:
    http://crofsblogs.typepad.com/h5n1/files/dont_fear

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