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Les musiciens de l'OSM entérinent l'accord

Christophe Huss   18 octobre 2005 
Claude Mélançon, conseiller de la partie syndicale, reçoit les félicitation de Jean-Luc Gagnon, trompettiste à l’OSM, après que les musiciens eurent accepté, hier, une entente de principe qui n’est pas sans leur laisser un goût amer.
Photo : Jacques Grenier
Claude Mélançon, conseiller de la partie syndicale, reçoit les félicitation de Jean-Luc Gagnon, trompettiste à l’OSM, après que les musiciens eurent accepté, hier, une entente de principe qui n’est pas sans leur laisser un goût amer.
Les musiciens de l'Orchestre symphonique de Montréal ont dit «oui» à 96 % à l'entente souscrite avec l'administration de l'orchestre dans la nuit de samedi à dimanche. Ils reprendront le travail dès aujourd'hui et se produiront avec leur directeur musical désigné, Kent Nagano, dimanche à la Salle Wilfrid-Pelletier. Dernier coup d'éclat: la présence des musiciens au match des Alouettes samedi soir au Stade olympique, devant, on l'espère, leur nouveau chef.

Les grandes lignes de la nouvelle entente collective, d'une durée de sept années (2003-2010), épousent étroitement les requêtes de l'administration en ce qui a trait à l'assouplissement des conditions de travail. Pour ce qui est des conditions normatives, il semble bien que l'administration ait obtenu le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière!

Reculs syndicaux

Les musiciens ont accordé à l'administration quatre samedis de répétition par an pour faciliter la préparation des concerts du dimanche. Ils ont également accepté de porter les répétitions d'opéras à 3h30.

Dans le cadre des tournées, il sera possible, sur la durée de l'entente, de voyager deux fois pendant les journées de congé, et les 28 jours d'inactivité estivale pourront être pris entre la 3e semaine de juin et le mois de septembre. L'administration avait besoin de cette modification-là afin de pouvoir accepter d'éventuelles invitations à des festivals se tenant au mois d'août.

En la matière, ces concessions des musiciens sur les conditions de travail sont compensées par des périodes supplémentaires de récupération. Il a bien fallu trouver ce genre de formules, car comme le déclare Marc Béliveau, président de l'Association des musiciens: «Ils ne pouvaient pas nous acheter, car ils n'avaient pas les moyens de nous acheter!»

Ce qui, semble-t-il, a fait passer la pilule auprès des musiciens, c'est le rattrapage a posteriori du manque à gagner dû au gel des salaires des années 2003 et 2004. Le salaire hebdomadaire de 1326 $ a été rétrospectivement revalorisé de 2,3 % au titre de l'année 2003 et de 1,9 % pour 2004. Ce solde sera versé aux musiciens courant novembre. Pour le reste, l'augmentation totale sera de 18,28 % au bout des sept ans, un chiffre indexé sur l'indice du coût de la vie. Le fonds de pension sera également revalorisé de 1 % à la fin de la convention.

Tout cela est fort en deçà des exigences des musiciens, qui voient s'évanouir leur rêve de remise à niveau par rapport aux salaires d'Ottawa et de Toronto. Il a fallu près de trois heures aux représentants syndicaux pour expliquer à leurs collègues tous les tenants et aboutissants de l'accord. On notera que le nombre de semaines rémunérées ne varie pas et reste à 46, sauf pour la saison présente, où il sera de 42 pour tenir compte des quatre semaines de grève, mais sans «vendetta» pour le manque à gagner avec l'Opéra de Montréal.

Le point le plus complexe tient à l'accord sur les enregistrements. Les concerts pourront être enregistrés en public et faire l'objet de séances a posteriori pour corriger les passages à parfaire. Cela tombe bien, puisque des enregistrements publics étaient souhaités par Harmonia Mundi, l'éditeur de Kent Nagano.

L'accord prévoit une distinction dans la rémunération selon la vocation du disque. Une clause de l'AFM (American Federation of Musicians) sur les enregistrements à tirage limité et à moindre coût a été mise à profit. Le plafond du tirage limité a pu être porté à 10 000 exemplaires. Ces enregistrements-là pourront faire l'objet de conditions particulières, les autres (les projets qui ne partent pas d'un concert ou les projets spéciaux du style «Noël avec Bruno Pelletier») restant au prix actuel.

Selon les projections de Claude Mélançon, conseiller des musiciens, qui a repris le dossier le 8 septembre, et au bon sens duquel beaucoup semblent devoir une fière chandelle, les musiciens pourront encaisser une prime de 1 % à 4,5 % sur leurs salaires grâce à cette politique dynamique. Kent Nagano a prévu d'enregistrer trois disques par an à Montréal.

Un goût amer

Les musiciens avaient une mine concentrée hier, dans les couloirs de l'hôtel Holiday Inn de la rue Sherbrooke. En dépit du plébiscite recueilli, c'est bien la partie syndicale qui semble avoir fait le chemin nécessaire pour débloquer la situation.

Tout ce que l'administration a donné, elle peut le récupérer aisément en amenant simplement à un niveau raisonnable la contribution des deux paliers (fédéral et municipal) dont le soutien s'est érodé en valeur dans les dix dernières années. Il manque à ce titre un million de dollars annuellement à l'orchestre.

L'accord montréalais se situe aux antipodes de celui conclu au New Jersey: il n'est pas question de partenariat. Les musiciens ne sont associés à aucune instance de décision, et il n'est pas question de partager les profits d'un éventuel fulgurant succès du tandem OSM-Nagano. Comme le souligne M. Mélançon: «Il reste un problème de respect mutuel. Il faut que ça s'arrête. Les musiciens ont fait la preuve de leur sens des responsabilités et de leur envie de s'investir dans le succès de l'orchestre.»

L'administration a réservé ses commentaires. Ce sera ce matin... dans la discrétion ou, comme il se devrait, au champagne?

Collaborateur du Devoir






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