SRC: un lock-out indécent
Noël Audet - Écrivain
14 mai 2002
J'ai une dette à l'endroit de la Société Radio-Canada: il y a quelques années, elle acceptait d'être le diffuseur de L'Ombre de l'épervier, ce qui a rendu le financement et la réalisation de la télésérie possibles. Merci donc à la SRC. Mais à poursuivre si longtemps un lock-out aussi inhumain qu'infécond, c'est bientôt elle, Radio-Canada, qui aura une dette envers nous tous, ses fidèles auditeurs et téléspectateurs.
Et vous, de la haute direction, vous savez que si nous sommes fidèles à Radio-Canada, c'est parce que nous n'avons pas le choix. Chaque fois que, pour me tenir minimalement informé de ce qui se passe dans le monde, je suis obligé de me taper les kangourous de l'information radiophonique, qui me mitraillent de nouvelles sautillantes entrecoupées de réclames d'énervés, où la rubrique des chiens écrasés se mêle à des bribes de nouvelles internationales recousues à des nouvelles locales, suivies de réclames, dans un patchwork affolant, j'en veux à mort à Radio-Canada. Et je me mets à la lecture, par l'entremise d'Internet, de la presse européenne, en me disant que ma tribu fait dur.
Aux «toughs» de la direction de la SRC, qui ont déclenché un lock-out visant à asphyxier leurs syndiqués, à les écraser pour de bon, je dis que c'est moi et nous tous qu'ils asphyxient. Car je tiens tout de même beaucoup aux commentaires de ceux de ma tribu sur le monde en général, et sur ce qui se passe au Canada de Jean Chrétien ou dans le Montréal de notre nouveau maire. Il y a d'importantes manifestations qui sont tombées dans le vide à cause de votre lock-out. Et depuis plus d'un mois, il me manque le point de vue de certains journalistes ou animateurs exceptionnels de Radio-Canada, notamment ceux de Jean Dussault à La Tribune du Québec ou de Marie-France Bazzo, dont les invités et elle-même alimentent la pensée critique dans notre cher pays d'éternels défricheurs. On connaît déjà la difficulté qu'il y a au Québec, ou au Canada, à lancer des débats sans se faire accuser de racisme, de trahison d'une cause sacrée aux yeux des uns ou des autres, et voilà que par votre faute, avec ce lock-out parfaitement injustifié, quoi que vous prétendiez, nous sommes rendus doublement silencieux et censurés.
J'accuse donc la SRC de mener une guerre d'usure contre ses propres journalistes, recherchistes et animateurs, de les humilier même, en oubliant qu'elle devra continuer un jour de travailler avec eux. Car ce sont eux qui font la qualité de Radio-Canada, et non vous, de la haute direction. On peut vous reconnaître des vertus de bons administrateurs, mais dans l'actuel conflit, vos vertus s'effritent à mesure que le temps passe.
De plus, vous vous comportez comme les propriétaires d'une industrie privée, en appliquant les nouvelles recettes du capitalisme déréglementé et sauvage. Est-ce que vous vous prenez pour Péladeau père, fils et saint Esprit? Faut-il vous rappeler que vous n'êtes que les administrateurs d'une société d'État, subventionnée par nos impôts et taxes? Plutôt que d'écraser les meilleurs artisans de l'information et de la culture que nous ayons au pays, ne devriez-vous pas utiliser vos talents de durs négociateurs pour aller voir du côté de Paul Martin, qui cache encore des milliards de surplus budgétaires, et vous négocier un budget à la hausse de manière à traiter équitablement et à conserver à Radio-Canada un personnel de qualité?
Ne vous leurrez pas. Si la SRC est la meilleure chaîne du Québec, ce n'est tout de même pas la fin du monde: il y a encore place pour l'amélioration, notamment sur le plan de l'information étrangère très partielle (vous donnez souvent l'impression d'avoir les antennes plutôt courtes et pas très nombreuses!), sans parler de votre rapport à la culture sous toutes ses formes, qui fait assez pitié, merci! Alors, s'il vous plaît, faites donc rentrer vos employés avant de les écoeurer complètement, et engagez-en d'autres en plus, après avoir expliqué à votre grand patron silencieux d'Ottawa que cet argent supplémentaire est vital pour notre société radio-canadienne. Dans ces conditions, il nous serait plus facile de consentir la moitié de nos salaires en impôts, et un autre quart en taxes, sachant qu'une petite partie revient à la culture et à l'information — qui sont la respiration de l'esprit. Et ne nous parlez pas de rationalisation ni de restrictions budgétaires: on a vu ce que ce discours de droite a produit dans les services de santé.
Des amis, plus souverainistes que moi, prétendent qu'il s'agit là d'un complot politique ourdi par le gouvernement libéral dans le but de réduire un peu plus les signes distinctifs de la culture québécoise. Le soupçon peut paraître surréaliste, mais lorsque l'on considère les millions que le même gouvernement a gaspillés pour sa «visibilité anti-séparatiste», ou les menaces qui planent, depuis Pierre Elliott Trudeau, de mettre la clé sous la porte de Radio-Canada trop nationaliste à son goût, plus rien ne nous étonne.
Monsieur Rabinovitch, est-ce bien ce que vous voulez? Faire de Radio-Canada une télé commerciale et sans vision, le nez dans sa soupe, et de la radio une cacophonie, dépourvue de tout sens critique, mais rentable? Si tel est le cas, la mesure est comble. À défaut de pouvoir déménager, on s'alimentera à d'autres sources. Et le Canada qui, sur le plan politique, n'est déjà plus que le perroquet des États-Unis, aura cessé d'exister quand il lâchera ses cultures, la canadienne-anglaise (car elle existe), et la canadienne-française (car elle persiste). On se demande si la direction de la SRC est complice de ce mouvement de sape, ou si elle en est dupe.
Et vous, de la haute direction, vous savez que si nous sommes fidèles à Radio-Canada, c'est parce que nous n'avons pas le choix. Chaque fois que, pour me tenir minimalement informé de ce qui se passe dans le monde, je suis obligé de me taper les kangourous de l'information radiophonique, qui me mitraillent de nouvelles sautillantes entrecoupées de réclames d'énervés, où la rubrique des chiens écrasés se mêle à des bribes de nouvelles internationales recousues à des nouvelles locales, suivies de réclames, dans un patchwork affolant, j'en veux à mort à Radio-Canada. Et je me mets à la lecture, par l'entremise d'Internet, de la presse européenne, en me disant que ma tribu fait dur.
Aux «toughs» de la direction de la SRC, qui ont déclenché un lock-out visant à asphyxier leurs syndiqués, à les écraser pour de bon, je dis que c'est moi et nous tous qu'ils asphyxient. Car je tiens tout de même beaucoup aux commentaires de ceux de ma tribu sur le monde en général, et sur ce qui se passe au Canada de Jean Chrétien ou dans le Montréal de notre nouveau maire. Il y a d'importantes manifestations qui sont tombées dans le vide à cause de votre lock-out. Et depuis plus d'un mois, il me manque le point de vue de certains journalistes ou animateurs exceptionnels de Radio-Canada, notamment ceux de Jean Dussault à La Tribune du Québec ou de Marie-France Bazzo, dont les invités et elle-même alimentent la pensée critique dans notre cher pays d'éternels défricheurs. On connaît déjà la difficulté qu'il y a au Québec, ou au Canada, à lancer des débats sans se faire accuser de racisme, de trahison d'une cause sacrée aux yeux des uns ou des autres, et voilà que par votre faute, avec ce lock-out parfaitement injustifié, quoi que vous prétendiez, nous sommes rendus doublement silencieux et censurés.
J'accuse donc la SRC de mener une guerre d'usure contre ses propres journalistes, recherchistes et animateurs, de les humilier même, en oubliant qu'elle devra continuer un jour de travailler avec eux. Car ce sont eux qui font la qualité de Radio-Canada, et non vous, de la haute direction. On peut vous reconnaître des vertus de bons administrateurs, mais dans l'actuel conflit, vos vertus s'effritent à mesure que le temps passe.
De plus, vous vous comportez comme les propriétaires d'une industrie privée, en appliquant les nouvelles recettes du capitalisme déréglementé et sauvage. Est-ce que vous vous prenez pour Péladeau père, fils et saint Esprit? Faut-il vous rappeler que vous n'êtes que les administrateurs d'une société d'État, subventionnée par nos impôts et taxes? Plutôt que d'écraser les meilleurs artisans de l'information et de la culture que nous ayons au pays, ne devriez-vous pas utiliser vos talents de durs négociateurs pour aller voir du côté de Paul Martin, qui cache encore des milliards de surplus budgétaires, et vous négocier un budget à la hausse de manière à traiter équitablement et à conserver à Radio-Canada un personnel de qualité?
Ne vous leurrez pas. Si la SRC est la meilleure chaîne du Québec, ce n'est tout de même pas la fin du monde: il y a encore place pour l'amélioration, notamment sur le plan de l'information étrangère très partielle (vous donnez souvent l'impression d'avoir les antennes plutôt courtes et pas très nombreuses!), sans parler de votre rapport à la culture sous toutes ses formes, qui fait assez pitié, merci! Alors, s'il vous plaît, faites donc rentrer vos employés avant de les écoeurer complètement, et engagez-en d'autres en plus, après avoir expliqué à votre grand patron silencieux d'Ottawa que cet argent supplémentaire est vital pour notre société radio-canadienne. Dans ces conditions, il nous serait plus facile de consentir la moitié de nos salaires en impôts, et un autre quart en taxes, sachant qu'une petite partie revient à la culture et à l'information — qui sont la respiration de l'esprit. Et ne nous parlez pas de rationalisation ni de restrictions budgétaires: on a vu ce que ce discours de droite a produit dans les services de santé.
Des amis, plus souverainistes que moi, prétendent qu'il s'agit là d'un complot politique ourdi par le gouvernement libéral dans le but de réduire un peu plus les signes distinctifs de la culture québécoise. Le soupçon peut paraître surréaliste, mais lorsque l'on considère les millions que le même gouvernement a gaspillés pour sa «visibilité anti-séparatiste», ou les menaces qui planent, depuis Pierre Elliott Trudeau, de mettre la clé sous la porte de Radio-Canada trop nationaliste à son goût, plus rien ne nous étonne.
Monsieur Rabinovitch, est-ce bien ce que vous voulez? Faire de Radio-Canada une télé commerciale et sans vision, le nez dans sa soupe, et de la radio une cacophonie, dépourvue de tout sens critique, mais rentable? Si tel est le cas, la mesure est comble. À défaut de pouvoir déménager, on s'alimentera à d'autres sources. Et le Canada qui, sur le plan politique, n'est déjà plus que le perroquet des États-Unis, aura cessé d'exister quand il lâchera ses cultures, la canadienne-anglaise (car elle existe), et la canadienne-française (car elle persiste). On se demande si la direction de la SRC est complice de ce mouvement de sape, ou si elle en est dupe.
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