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Lettres: Retrouver la mémoire

Céline Robitaille-Cartier - Ex-directrice générale des bibliothèques de l'Université Laval. Le 11 octobre 2005  14 octobre 2005 
Oui, M. Deglise, vous avez raison, «le Québec peine à honorer ses grands hommes»! («À quand le boulevard Pierre-Bourgault?», Le Devoir, le samedi 8 octobre 2005.) Pierre Bourgault est de ceux-là. Il est, à mon avis, le politicien le plus intègre que le Québec ait connu et le journaliste le plus soucieux de la vérité historique. Il a eu une influence prépondérante sur l'évolution de la pensée politique des Québécois. On ne peut pas l'oublier!

Le Québec a plusieurs fois attribué sa plus haute distinction, l'Ordre national, à des personnalités en fonction de leur popularité (vedette ou champion sportif) plutôt qu'en raison de leur rôle déterminant dans l'avancement de la société québécoise. À ma connaissance, Pierre Bourgault n'a jamais reçu la reconnaissance que symbolise l'octroi de l'Ordre national du Québec. Les Guy Lafleur, Jean Béliveau, Sylvie Bernier, Roger Baulu, Céline Dion, Janette Bertrand et combien d'autres personnalités de l'écran et du milieu sportif l'ont obtenu!

Ces personnalités ont leur mérite, bien sûr, et les Québécois se sentent valorisés par leurs prouesses ou leurs performances. Dans l'échelle des valeurs, toutefois, il me semble que le succès flamboyant ou la renommée «populiste» ne sont pas les valeurs les plus significatives pour le progrès d'une société. Elles sont, à mon avis, transitoires et n'auront guère de signification dans un siècle.

À quand aussi la reconnaissance à l'endroit du fondateur de la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ), l'écrivain Georges Cartier, dont on a dit à son décès, il y a une dizaine d'années, qu'il était un «grand bâtisseur, un écrivain fidèle, un courageux, un être de grande valeur» (Benoît Lacroix)? «Avec la disparition de Georges Cartier, fondateur de la Bibliothèque nationale du Québec, c'est toute une mémoire de notre vie collective qui se tait», écrivait Marie Laurier dans Le Devoir. Pour sa part, La Presse titrait: «Le Québec vient de perdre l'un de ses principaux animateurs culturels» (Réginald Martel).

Malgré la prodigieuse publicité qui a entouré la mise en chantier et l'inauguration de la Grande Bibliothèque qui abrite la BNQ et porte désormais son nom, pas un mot n'a été dit au sujet du fondateur de la Bibliothèque nationale du Québec, créée en 1967, ni sur les pionniers de la première heure.

La création d'une «gardienne du patrimoine» dans les années postduplessistes n'était certainement pas une priorité gouvernementale. J'ai connu au quotidien les années d'«incubation» du projet (1963-67) et je puis affirmer très objectivement que sans la détermination implacable et l'engagement profond de Georges Cartier à l'égard du Québec, la Bibliothèque nationale n'aurait peut-être pas vu le jour. Je trouve désolant et injuste, voire révoltant, que les pouvoirs publics aient si peu de mémoire.
 
 
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