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Pauline a un je-ne-sais-quoi

Josée Boileau   13 octobre 2005 
Sous toutes les coutures, et bien malgré elle, Pauline Marois est un symbole sur deux pattes. Preuve que l'ambition et le pouvoir sont de genre masculin et que les partis en font toujours bien peu pour insérer les femmes dans la joute politique.

On croira que l'imposant bagage professionnel de Pauline Marois lui est particulier, mais il est en fait représentatif de ce que bien des femmes vivent: pour avancer professionnellement, non seulement elles doivent en faire plus, elles sont condamnées à réussir. Le véritable enjeu des programmes de discrimination positive, il y a quelques années, le démontrait bien: à compétence supérieure, pourriez-vous prendre la femme, s'il vous plaît?

Mais la compétence n'est pas tout, surtout pas en politique, où les réseaux et l'image jouent un rôle essentiel. Ici encore, Mme Marois concentre sur sa personne un malaise tout féminin: celui de l'ambition. «J'ai plus l'impression que c'est le pouvoir qu'elle veut», critiquait cette semaine une dame interviewée par Radio-Canada. Ce blâme est répandu. De fait, une femme ne peut toujours pas, dans l'imaginaire populaire, vouloir le pouvoir. Seules quelques opiniâtres comme Andrée Boucher arrivent parfois, et au prix de quels quolibets, à faire mentir ce constat.

On dira que les femmes fortes ne manquent pas dans les gouvernements. Mais il y a une différence entre un poste qu'on détient par la grâce d'un premier ministre et le fait de détenir soi-même le contrôle suprême. Y accéder n'est toutefois pas une question de degré dans l'engagement: il faut jouer du coude. Et durement. Or les Paul Martin au féminin restent impensables. La femme forte ne peut pas être déloyale à son chef: nul ne lui donnera même les moyens financiers ou organisationnels pour ce faire. Elle est donc condamnée à l'attente.

Ce qui ramène la politicienne à ses seules compétences, qui ont évidemment besoin de temps pour être reconnues. Nouveau piège: à l'heure de la reconnaissance, que dira-t-on? Qu'il faut du sang neuf! Or de jeunes loups à la Robert Bourassa, Mario Dumont, Jean Charest ou André Boisclair n'ont pas de pendant féminin. On ne leur reconnaîtrait aucune crédibilité.

Dès lors, que peut faire une politicienne aguerrie? Faire appel à son réseau, souvent composé de femmes. Mais quel est le poids d'une centaine de femmes d'expérience? Bien faible quand on entend qu'avec cette sortie publique, Pauline Marois joue ses dernières cartes. D'autres ronchonnent: on ne va quand même pas nous demander de voter Pauline juste parce que c'est une femme...

En fait, le véritable problème est ailleurs: pour sortir Mme Marois de ce symbolisme paralysant, il aurait fallu que d'autres militantes soient de la course. Nulle ne l'a fait. Pourquoi? La réponse se trouve dans un ouvrage paru il y a deux ans, Égalité hommes-femmes? Le militantisme au Québec: le PQ et le PLQ, fruit d'une enquête exhaustive dirigée par la professeure Évelyne Tardy.

Dans les deux partis, note Mme Tardy, les hommes intéressés à se présenter trouvent important d'avoir l'appui de collègues. Mais pour les femmes, «cet appui est primordial». Ce qu'une militante péquiste traduit très concrètement: «Au parti, les femmes m'ont dit: "Tu devrais y aller." Mais personne ne m'a dit: "Viens-t-en; je te soutiendrai."» Or ces mots que les femmes rêvent d'entendre sont presque toujours dirigés vers des hommes qui, paradoxalement, n'en ont pas besoin...

On dira que c'est aux femmes d'en finir avec leurs problèmes d'estime de soi. Mais les travaux de Mme Tardy montrent aussi que leur sort en politique reste objectivement plus difficile. Exemple récent: un jeune whip adjoint comme Stéphane Bédard aurait-il pu bafouer un ordre de son chef de parti si Louise Harel, pourtant pilier du parti, n'avait pas été une femme? Et, surtout, quelle jeune députée aurait pu se permettre de jouer les Stéphane Bédard?

jboileau@ledevoir.ca
 
 
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