mardi 22 mai 2012 Dernière mise à jour 00h17
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

L'Entrevue - Pensée magique et pensée critique

Le président des Sceptiques du Québec, Pierre Cloutier, prône la rigueur scientifique. Son dada: la théorie de l'évolution.

Jeanne Corriveau   16 septembre 2002 
Pierre Cloutier
Photo : Jacques Grenier
Pierre Cloutier
«On ne naît pas sceptique, on le devient.» Celui qui parle cultive l'art du doute, et aucun miracle ne trouve grâce à ses yeux. Pierre Cloutier, président des Sceptiques du Québec et apôtre de la pensée rationnelle, prêche la bonne parole en espérant qu'elle triomphera des extraterrestres, des voyantes et des colporteurs de mythes.

«L'être humain a besoin de croire. On vient au monde croyant et c'est à force de se questionner et de se servir de sa raison qu'on devient sceptique. Mais ce n'est pas le cas pour tout le monde; il y en a qui préfèrent continuer», explique Pierre Cloutier.

La crédulité est indispensable à la survie, poursuit-il. Un enfant trop sceptique ne croira pas son père quand celui-ci lui dira que l'ours est dangereux et il ne vivra pas assez longtemps pour perpétuer l'espèce. La thèse est défendue par les psychologues et les biologistes, et Pierre Cloutier y adhère. Mais cette naïveté ne doit pas dépasser l'âge de l'enfance, insiste-t-il.

Pierre Cloutier, 57 ans, s'est converti au scepticisme il y a longtemps. En 1984, toutefois, un événement l'incite à agir. Le comportement de la foule subjuguée par le pape lors de sa visite à Montréal ébranle le non-croyant qu'il est et lui fait franchir un pas de plus vers le scepticisme. «Ces gens qui admiraient le pape étaient des croyants alors que moi, naïvement, je pensais que la foi religieuse avait diminué après la Révolution tranquille et les années 60. Nous étions en 1984 et je m'apercevais qu'on n'avait pas avancé beaucoup», relate-t-il, dévoilant sans ambages les convictions qui l'animent.

Il se joint alors au Mouvement laïque québécois, puis à La Libre Pensée québécoise, un regroupement versé dans l'athéisme. C'est là qu'il fait la connaissance de deux des futurs fondateurs de l'association des Sceptiques du Québec. Son engagement auprès des Sceptiques remonte donc aux premiers balbutiements du regroupement créé en 1987. Instructeur technique, puis preneur de son à Télé-Québec, il a profité d'une préretraite pour se consacrer, dans la mesure où ses loisirs le lui permettent, à la présidence de l'association, poste qu'il occupe depuis un an.

Partisans de la pensée critique et de la rigueur scientifique, les Sceptiques portent un regard sans complaisance sur les forces surnaturelles, les phénomènes paranormaux et les boules de cristal. Ils ne sont pas tendres envers l'homéopathie qu'ils ont à maintes reprises dénoncée au cours des dernières années.

Depuis 1996, ils tentent de rivaliser avec les voyantes de la terre en organisant un concours de prédictions. Même en laissant l'élaboration de leurs pronostics au choix aléatoire d'un ordinateur ou aux caprices de fléchettes lancées sur une cible, leur performance dépasse celle des astrologues.

Bien que l'association se fasse un point d'honneur de dénoncer les charlatans de tout acabit, la chasse aux cartomanciennes et aux voyantes reste secondaire pour Pierre Cloutier. «On a un aspect protection du consommateur, mais ce n'est pas ça qui me fait m'investir dans cette association. Que les gens aient du plaisir avec Andrée D'Amour ou Jacqueline Aubry, ça ne me dérange pas du tout. Si la personne paie 50 $ et qu'elle est contente, tant mieux. Moi, je peux payer 50 $ pour un billet et je suis content quand j'ai assisté à un bon spectacle.»

À ses yeux, la clairvoyance et l'astrologie relèvent du domaine du divertissement et il serait vain de vouloir retirer des ondes les apôtres de la boule de cristal ou d'éliminer les horoscopes des journaux. Il préfère la méthode douce, celle qui consiste à expliquer à ses interlocuteurs les principes de l'effet Barnum selon lesquels un horoscope, judicieusement rédigé et suffisamment vague, peut aussi bien s'appliquer à soi-même qu'à n'importe qui sans qu'on s'en rende réellement compte.

Son dada à lui, c'est la théorie de l'évolution. Il fulmine quand il apprend, par exemple, que lors de la fusion des commissions scolaires au Kansas, les autorités ont décidé de remplacer l'enseignement de la théorie de Darwin par celle du créationnisme. Et il ne refuse aucune tribune pour défendre son point de vue lorsqu'on lui en donne l'occasion.

Sans preuve, point de salut

Le sceptique est pourtant un être fasciné par les phénomènes inexpliqués et il est tout disposé à croire. Mais sans preuve, point de salut. Si quelqu'un peut démontrer de façon scientifique qu'il détient des pouvoirs surnaturels, il deviendra un héros, assure-t-il. Plus de 120 personnes ont convoité la bourse de 250 000 $ du Défi sceptique lancé il y a quatre ans, mais aucun candidat n'a franchi l'étape cruciale, celle des tests menés dans des conditions contrôlées pour prouver ses pouvoirs. «Pour moi, la meilleure preuve que le paranormal ou la clairvoyance n'existent pas, c'est la Bourse. Si quelqu'un avait de réels dons en cette matière, il aurait trouvé la formule pour faire de l'argent avec la Bourse.»

Pierre Cloutier applique le même principe à la religion: «Si Dieu existait, ça se saurait. On arrêterait d'en parler, de se chicaner et de se battre pour lui et pour cette idée», lance-t-il. Les Sceptiques du Québec ont toujours eu pour principe de ne pas parler de Dieu, tout comme le Committee for Scientific Investigation of Claim of Paranormal (CSICOP) qui a donné naissance à de nombreuses associations de sceptiques dans le monde.

De plus en plus souvent, toutefois, Jésus et différents thèmes religieux occupent la une du Skeptical Enquirer que publie le CSICOP, et les Sceptiques du Québec épousent cette tendance tout en respectant le principe de non-intervention sur le territoire des croyants comme un genre de plan de paix. «On ne veut pas se prononcer sur l'existence de Dieu parce que c'est impossible. Mais s'il y a un "miracle" ou si Dieu intervient avec la matière, là, on peut s'avancer et proposer des hypothèses pour expliquer ces phénomènes.»

Comptant quelques centaines de membres, l'association ne roule pas sur l'or et tous ceux qui y travaillent le font bénévolement, mais elle peut compter sur un noyau de vrais mordus. Chaque mois, les conférenciers invités par l'association attirent près d'une centaine d'adeptes avides de connaissances.

Le monde a changé depuis les découvertes de Galilée et celles de nombreux autres savants qui l'ont suivi. Tant que les phénomènes surnaturels n'auront pas été prouvés scientifiquement, Pierre Cloutier refusera d'y croire. «Peut-être qu'on se trompe complètement et qu'on ne comprend qu'une petite partie de l'univers et qu'on se prive de tout le reste. Mais commençons par bien comprendre cette petite partie-là. Attendons que l'autre partie, où tout est possible, où il y a des esprits, des anges et où on peut dépasser la vitesse de la lumière, nous donne des signes d'existence. On verra après.»

Le scepticisme de Pierre Cloutier ne l'empêche pas de souffrir à l'occasion d'une forme bénigne de superstition. «En vacances, par exemple, si ma blonde dit: "On est chanceux, ça fait trois jours qu'il fait beau," je touche du bois. Elle menace alors de me faire retirer ma carte des Sceptiques; elle est encore plus sceptique que moi.»
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012