Libre opinion: La clé du cadenas
Bertrand Hall - Journaliste
11 octobre 2005
Un cinquième conflit de travail en six ans. Une tradition d'information à 18 heures reléguée aux oubliettes. Exit les Marcel Dubé, Tremblay, grands concerts et autre Des souris et des hommes le dimanche soir. Tout le monde en parle, et c'est tant mieux. Mais en attendant, «tout l'monde est tout nu»... Ici Radio-Canada.
Mon enfance s'est nourrie de la poésie des Fanfreluche. Mon adolescence est sortie grandie d'apprendre, d'appréhender le monde à travers la lucarne de notre radio-télévision. Puis j'en suis devenu moi-même un artisan, il y a près de vingt ans. Et aujourd'hui, j'ai mal à ma «boîte». Mal de la voir souffrir, s'essouffler, mourir à petit feu.
Toute entreprise commet son lot d'erreurs. Tout dirigeant peut un jour ou l'autre se faire accuser d'avoir pris une mauvaise décision. Mais la très lente agonie de Radio-Canada dépasse ce genre d'observations.
Décider de se payer un diffuseur public est une décision de société. Croire que dans un monde où le profit règne, où le citoyen est sans cesse bombardé de sollicitations, mensonges et manipulations intéressés, il est primordial de se doter d'un regard indépendant, curieux et multiple, tient d'une vision et d'une volonté qui doit d'abord et avant tout être politique.
Le sous-financement chronique de Radio-Canada et la valse-hésitation annuelle sur le montant exact (et insuffisant) de ses ressources obligent ses responsables (et ses artisans) à des contorsions perpétuelles pour remplir un mandat (au fond tout à fait clair) tout en devant composer avec les exigences de performance d'un marché, exigences qui, en fait, sont absolument en contradiction avec ledit mandat. La quadrature du cercle dans sa plus impossible démonstration.
Des décisions à prendre
Je refuse d'imaginer un peuple, un pays où il n'y aura plus que des «bonnes nouvelles» commanditées par les vendeurs d'automobiles, où la relève artistique ne vivra qu'à travers de juteux concours organisés par d'immenses groupes de communication, où l'insulte et la controverse facile tiendront lieu d'agora publique, de forum de réflexion, d'enseignement. De fenêtre sur ce que nous (et le reste du monde) sommes vraiment.
Seuls nos élus possèdent la clé du cadenas qui enferme Radio-Canada dans une logique mortellement illogique. À la condition bien sûr que ceux qui les élisent, c'est-à-dire nous, leur disent haut et fort qu'ils ne veulent pas ne pas avoir de choix. Que dans un univers où les sources d'information se multiplient sans fin, ils ont besoin d'une référence. De quelqu'un à qui ils peuvent se fier, parce qu'il n'est pas attaché par quelque notion de profit ou de pouvoir que ce soit.
Doublez le budget de la Société Radio-Canada. Établissez-le pour cinq ans. Interdisez-lui de faire de la publicité. Ne la soustrayez plus à la Loi sur l'accès à l'information afin de rendre ses dirigeants redevables et renforcez son indépendance absolue.
Bref, affirmez sa pérennité, son excellence et sa pertinence.
Dans 50 ans, nous aurons alors conservé un formidable outil de connaissance, de création et d'échange. Sinon, il ne nous restera plus que quelques DVD souvenirs pour nous rappeler que, pendant un temps, nous avons eu une voix à nous.
Mon enfance s'est nourrie de la poésie des Fanfreluche. Mon adolescence est sortie grandie d'apprendre, d'appréhender le monde à travers la lucarne de notre radio-télévision. Puis j'en suis devenu moi-même un artisan, il y a près de vingt ans. Et aujourd'hui, j'ai mal à ma «boîte». Mal de la voir souffrir, s'essouffler, mourir à petit feu.
Toute entreprise commet son lot d'erreurs. Tout dirigeant peut un jour ou l'autre se faire accuser d'avoir pris une mauvaise décision. Mais la très lente agonie de Radio-Canada dépasse ce genre d'observations.
Décider de se payer un diffuseur public est une décision de société. Croire que dans un monde où le profit règne, où le citoyen est sans cesse bombardé de sollicitations, mensonges et manipulations intéressés, il est primordial de se doter d'un regard indépendant, curieux et multiple, tient d'une vision et d'une volonté qui doit d'abord et avant tout être politique.
Le sous-financement chronique de Radio-Canada et la valse-hésitation annuelle sur le montant exact (et insuffisant) de ses ressources obligent ses responsables (et ses artisans) à des contorsions perpétuelles pour remplir un mandat (au fond tout à fait clair) tout en devant composer avec les exigences de performance d'un marché, exigences qui, en fait, sont absolument en contradiction avec ledit mandat. La quadrature du cercle dans sa plus impossible démonstration.
Des décisions à prendre
Je refuse d'imaginer un peuple, un pays où il n'y aura plus que des «bonnes nouvelles» commanditées par les vendeurs d'automobiles, où la relève artistique ne vivra qu'à travers de juteux concours organisés par d'immenses groupes de communication, où l'insulte et la controverse facile tiendront lieu d'agora publique, de forum de réflexion, d'enseignement. De fenêtre sur ce que nous (et le reste du monde) sommes vraiment.
Seuls nos élus possèdent la clé du cadenas qui enferme Radio-Canada dans une logique mortellement illogique. À la condition bien sûr que ceux qui les élisent, c'est-à-dire nous, leur disent haut et fort qu'ils ne veulent pas ne pas avoir de choix. Que dans un univers où les sources d'information se multiplient sans fin, ils ont besoin d'une référence. De quelqu'un à qui ils peuvent se fier, parce qu'il n'est pas attaché par quelque notion de profit ou de pouvoir que ce soit.
Doublez le budget de la Société Radio-Canada. Établissez-le pour cinq ans. Interdisez-lui de faire de la publicité. Ne la soustrayez plus à la Loi sur l'accès à l'information afin de rendre ses dirigeants redevables et renforcez son indépendance absolue.
Bref, affirmez sa pérennité, son excellence et sa pertinence.
Dans 50 ans, nous aurons alors conservé un formidable outil de connaissance, de création et d'échange. Sinon, il ne nous restera plus que quelques DVD souvenirs pour nous rappeler que, pendant un temps, nous avons eu une voix à nous.
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