Lettres: Les dangers du chantage émotif
France Dupuis - Le 3 octobre 2005
11 octobre 2005
En réponse à la libre opinion de Pascale Navarro («Le silence féministe»), publiée dans Le Devoir du 3 octobre 2005.
Vous avez brisé le silence entourant la «prestation» de ce représentant de Fathers 4 Justice qui avait été invité à l'émission Tout le monde en parle. Merci. Comme féministe, bien sûr que j'ai été choquée par cette série d'arguments douteux fondés sur des émotions, des frustrations personnelles et l'utilisation de généralisations, ce qui a pour effet de pervertir les véritables données, non seulement en matière de justice familiale, mais aussi en ce qui concerne la violence conjugale. Décontenancée aussi du fait que les invités présents n'ont su réagir qu'à l'évocation de la nécessité de la présence d'un père auprès de ses enfants. En effet, qui pourrait être contre cette idée, qui peut être contre l'amour parental?
Là où le bât blesse, c'est qu'une simple idée — celle de «père» — a fait oublier à l'animateur et à ses invités que cet homme-là, pour la faire valoir et pour faire connaître son organisation, a escaladé la structure du pont Jacques-Cartier, a monopolisé des dizaines de policiers une journée durant, a contribué à détourner la circulation, a nui considérablement à des milliers de ses concitoyens qui sont arrivés en retard au travail, à la garderie, à l'école, à la maison.
Conséquemment, c'est à titre de citoyenne que je suis le plus choquée. Comment se fait-il qu'un simple «Papa t'aime», inscrit sur une banderole tout en haut de la structure d'un pont, fasse oublier les actes de méfait public qui ont été commis et le très grand dérangement qu'ont eu à subir des milliers de personnes? Comment se fait-il que l'on ait accordé une si grande importance au point de vue de cet homme qui se dit floué par l'appareil de justice au détriment des torts qu'il a causés à ses concitoyens? Au détriment du drame qu'il aurait pu faire vivre à ses propres enfants s'il avait fait une chute mortelle? Quel exemple leur a-t-il donné? Qu'il faut mettre sa vie en danger, qu'il faut commettre des actes complètement irrationnels quand les choses ne vont pas comme on voudrait qu'elles aillent?
Est-ce que le simple fait d'évoquer un sentiment d'injustice peut justifier ou excuser le fait de commettre un délit? Est-ce qu'il est moralement acceptable de faire vivre à ses enfants, de longues heures durant, l'immense inquiétude de voir leur père risquer gratuitement sa vie, qui plus est en direct à la télévision? Est-ce qu'il est moralement acceptable d'utiliser leur vulnérabilité pour faire valoir ses vues personnelles sur le système de justice? Agir de la sorte n'est ni plus ni moins qu'une forme grave de violence psychologique envers ses enfants. Et cela n'est pas acceptable, n'est pas justifiable, n'est pas excusable.
Voyez-vous, ce qui m'inquiète le plus dans cette histoire, c'est la caution sociale qui a été donnée au chantage émotif lors de la diffusion de cette émission.
Vous avez brisé le silence entourant la «prestation» de ce représentant de Fathers 4 Justice qui avait été invité à l'émission Tout le monde en parle. Merci. Comme féministe, bien sûr que j'ai été choquée par cette série d'arguments douteux fondés sur des émotions, des frustrations personnelles et l'utilisation de généralisations, ce qui a pour effet de pervertir les véritables données, non seulement en matière de justice familiale, mais aussi en ce qui concerne la violence conjugale. Décontenancée aussi du fait que les invités présents n'ont su réagir qu'à l'évocation de la nécessité de la présence d'un père auprès de ses enfants. En effet, qui pourrait être contre cette idée, qui peut être contre l'amour parental?
Là où le bât blesse, c'est qu'une simple idée — celle de «père» — a fait oublier à l'animateur et à ses invités que cet homme-là, pour la faire valoir et pour faire connaître son organisation, a escaladé la structure du pont Jacques-Cartier, a monopolisé des dizaines de policiers une journée durant, a contribué à détourner la circulation, a nui considérablement à des milliers de ses concitoyens qui sont arrivés en retard au travail, à la garderie, à l'école, à la maison.
Conséquemment, c'est à titre de citoyenne que je suis le plus choquée. Comment se fait-il qu'un simple «Papa t'aime», inscrit sur une banderole tout en haut de la structure d'un pont, fasse oublier les actes de méfait public qui ont été commis et le très grand dérangement qu'ont eu à subir des milliers de personnes? Comment se fait-il que l'on ait accordé une si grande importance au point de vue de cet homme qui se dit floué par l'appareil de justice au détriment des torts qu'il a causés à ses concitoyens? Au détriment du drame qu'il aurait pu faire vivre à ses propres enfants s'il avait fait une chute mortelle? Quel exemple leur a-t-il donné? Qu'il faut mettre sa vie en danger, qu'il faut commettre des actes complètement irrationnels quand les choses ne vont pas comme on voudrait qu'elles aillent?
Est-ce que le simple fait d'évoquer un sentiment d'injustice peut justifier ou excuser le fait de commettre un délit? Est-ce qu'il est moralement acceptable de faire vivre à ses enfants, de longues heures durant, l'immense inquiétude de voir leur père risquer gratuitement sa vie, qui plus est en direct à la télévision? Est-ce qu'il est moralement acceptable d'utiliser leur vulnérabilité pour faire valoir ses vues personnelles sur le système de justice? Agir de la sorte n'est ni plus ni moins qu'une forme grave de violence psychologique envers ses enfants. Et cela n'est pas acceptable, n'est pas justifiable, n'est pas excusable.
Voyez-vous, ce qui m'inquiète le plus dans cette histoire, c'est la caution sociale qui a été donnée au chantage émotif lors de la diffusion de cette émission.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

