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Fonds d'investissement: Êtes-vous éthique?

Michel Marcoux   16 septembre 2002 
Les familles de fonds sont constamment en quête de nouvelles idées afin de répondre aux attentes des investisseurs. Dans un marché où la concurrence est forte, les fonds éthiques, qualifiés de socialement responsables, tentent depuis quelques années d'attirer une clientèle d'investisseurs, mais qu'en est-il au juste et quels sont les résultats?

Aux États-Unis, on dénombre plus de 230 fonds socialement responsables, et leur actif total se situe à près de 150 milliards de dollars. Au Canada, on recense une trentaine de fonds qui font partie de cette catégorie. La plus grande firme spécialisée dans ce domaine au Canada est la famille de fonds Éthique qui a un actif de près de 1,7 milliard. On en parle donc plus qu'on en achète...

Au Canada, la tendance a pris davantage d'importance au milieu des années 70, certains groupes de pression, notamment des associations religieuses, introduisant l'idée de faire obstacle à l'apartheid en Afrique du Sud grâce à l'influence économique que peuvent exercer les investisseurs étrangers. L'objectif fondamental de cette catégorie est qu'il est possible de se soucier de questions autres que purement financières.

L'investissement éthique peut se faire dans le cadre d'un fonds mutuel ou d'un fonds de travailleurs. Exemple: avant d'investir dans une entreprise, la CSN et la FTQ pourraient tenir compte de la gestion participative avec les employés. Les communautés religieuses sont souvent sensibles à la question éthique. Ainsi, elles vont exclure les entreprises d'armement ou les cliniques d'avortement de leur portefeuille. D'autres organismes, et même des individus, se soucient de l'éthique: on n'achètera pas, par exemple, des actions de Philip Morris parce qu'on est contre la cigarette. En général, les investisseurs éthiques tiennent compte de l'analyse des pratiques des entreprises ou encore des décisions prises par les actionnaires.

Un important aspect du travail des gestionnaires de fonds éthiques concerne donc les attitudes sociales et environnementales des entreprises prospectées. À cet égard, une étude du Social Investment Forum souligne des secteurs et des facteurs à considérer soigneusement: l'industrie du tabac, du jeu, de l'alcool, de l'armement, les questions touchant l'environnement et les droits humains. Il va sans dire que les questions d'avortement, du contrôle des naissances, du salaire des cadres, du respect de standards internationaux sur le travail font l'objet d'une moindre attention.

Quant aux décisions prises par les actionnaires, elles sont le reflet de leur volonté de prendre en considération, entre autres, l'environnement, les relations avec les employés, la sécurité au travail, etc. Les actionnaires peuvent dialoguer directement avec les dirigeants, mettre de l'avant des propositions et les voter. Exemple: le détenteur d'une action de Bombardier pourrait demander lors d'une assemblée d'actionnaires de ne pas vendre d'avions à la Chine en raison du non-respect des droits de la personne.

L'éthique et le rendement

Les gestionnaires de fonds éthiques prétendent obtenir des rendements supérieurs grâce à leur intérêt pour des entreprises à la réputation irréprochable. Plusieurs gestionnaires, sans être catégorisés «éthiques», adoptent une approche similaire. M. Krembill, l'ancien gestionnaire de la firme Trimark, disait qu'au moment du choix d'une entreprise l'image était très importante. Il n'aurait pas acheté un titre d'entreprise qui aurait pu être dévalué à cause d'un tel facteur. Le titre de Nike et celui du fabricant de cigarettes Philip Morris ont déjà souffert de ce phénomène.

Et le rendement? D'après les données sur le rendement de huit fonds éthiques, la méthode de sélection des titres des fonds de cette catégorie n'est pas un facteur favorisant le rendement à long terme. Au 31 juillet 2002, le rendement annuel, autant sur 1 an que sur 10 ans affichait une légère baisse d'environ 0,06 %. Donc, presque négligeable. Aussi, en faire l'acquisition n'est pas mauvais, mais pour l'instant rien ne démontre leur supériorité.

Du côté du vice

Beaucoup d'investisseurs doutent du potentiel de rendement des fonds éthiques. C'est de cette idée qu'est venue la création des fonds du vice qualifiés de «socialement irresponsables». C'est un concept qui peut sembler loufoque à première vue. Cependant, les arguments des promoteurs américains du fonds Vicefund sont pertinents: l'alcool est un produit dont la demande varie peu, le tabac possède un bassin de consommateurs énorme, tandis que l'industrie du jeu est en pleine expansion. Au Canada, il n'existe pas de fonds du vice.

Quant à mes recommandations, je les fais avec beaucoup de réserve: le fonds Éthique actions spéciales, le fonds Éthique revenu et le fonds Éthique canadien actions. Le rapport risque-rendement n'est pas intéressant. Les fonds éthiques, comme les fonds de travailleurs, sont des choix personnels.

question@avantages.com

Michel Marcoux est président de Avantages Services Financiers inc., une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement






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