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Entente dans les garderies

Clairandrée Cauchy   6 octobre 2005 
Le gouvernement et la CSN ont signé hier soir une entente octroyant 8 % d’augmentations salariales sur six ans pour les éducatrices en garderie, ce qui ne règle toutefois pas le dossier plus litigieux de l’équité salariale, la pierre d’achoppement des négociations depuis près de 18 mois.

Selon l’accord intervenu hier, les éducatrices obtiendraient des augmentations salariales de 2 % par année pour la période allant de 2006 à 2010. On ne prévoit cependant rien pour les années 2004 et 2005. Cela concorde avec les offres du gouvernement aux employés du secteur public en général.
Si, toutefois, les employés du secteur public obtenaient des augmentations de salaire plus importantes, le salaire des éducatrices serait bonifié en conséquence, en vertu de ce qui est appelé dans le jargon une «clause remorque». Les discussions doivent se poursuivre sur l’épineuse question de l’équité salariale et sur l’harmonisation des avantages sociaux. L’entente sur les salaires ne sera d’ailleurs pas soumise au vote des membres tant qu’un règlement global ne sera pas intervenu.
La CSN est loin de parler d’un règlement définitif et maintient sa menace de grève générale illimitée.
La ministre de la Famille, Carole Théberge était beaucoup plus positive, soulignant que «l’entente de principe» est le «résultat d’un an et demi d’efforts». «C’est un répit pour tout le monde, c’est un acquis pour tous ceux qui travaillent dans les CPE. C’est une nouvelle extraordinaire et surtout une étape fort importante dans le cadre de ces grandes discussions-là», a déclaré hier soir Mme Théberge. Elle a par ailleurs souligné que le cadre financier global de 12,6 % pour les salaires et l’équité, prévu pour les employés du secteur public, continuait de s’appliquer dans les garderies.
«Je n’en reviens pas!», s’est exclamée la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, devant le ton triomphant de la ministre. «Il y a une entente sur un objet, de là à conclure que c’est une grosse victoire... [La ministre] peut bien faire des shows. Il faut être déprimée dans la vie pour s’inventer des victoires qui ne tiennent pas debout!», a lancé Mme Carbonneau.
Elle rappelle que la CSN avait elle-même proposé, le 31 août dernier, d’accepter les mêmes augmentations que ce qui sera obtenu dans le secteur public, pour mettre ce dossier de côté et se concentrer sur les avantages sociaux et, surtout, l’équité salariale. «J’ai vu une ministre dire qu’elle acceptait ce qu’on lui avait proposé le 31 août, qui est loin de régler tout le dossier», a ajouté Mme Carbonneau, qui voit néanmoins dans cette entente le signe que le gouvernement distingue la question des augmentations salariales de celle de l’équité. «C’est le début de la sagesse», a soutenu Mme Carbonneau.
À l’AQCPE, on se réjouissait de l’accord: «Ce bout-là du salarial est réglé, on va pouvoir se mettre en mode travail sur l’équité salariale et les avantages sociaux. Nous sommes très heureux», a affirmé la porte-parole de l’AQCPE, Hélène Potvin.
L’AQCPE voit dans l’accord le gage d’une «paix industrielle» pour les cinq prochaines années, les syndiqués ne pouvant faire la grève en invoquant uniquement le dossier de l’équité salariale puisque cela ne fait pas l’objet de négociations dans la convention collective. Pas si vite, réplique la CSN, rappelant qu’une entente n’a pas encore été conclue sur les avantages sociaux. «Depuis le début, notre priorité c’est de régler l’équité salariale. [...] On va “clencher” sur ce qui nous tient à coeur», fait valoir Mme Carbonneau.
Endossant cette fois le chapeau de la présidente d’une centrale en pleine négociation dans le secteur public, Mme Carbonneau se défend d’avoir accepté l’offre salariale de 8 % du gouvernement, même si elle reconnaît que la partie adverse se «gargarisera» en disant le contraire. Elle fait valoir que les syndicats des CPE avaient reconnu en août être «numériquement insignifiants» pour prétendre négocier pour le secteur public, s’en remettant ainsi aux mains de leurs camarades de la santé, de l’éducation et de la fonction publique.
Rappelons que l’Association québécoise des CPE, la CSN et le gouvernement étaient passés à un cheveu d’une entente le 13 juin dernier. Le gouvernement avait cependant reculé à la dernière minute, juste avant de parapher une entente de principe, pour revenir au cadre général de la négociation dans le secteur public, soit des augmentations de 12,6 %, en incluant à la fois le salarial et l’équité entre les emplois masculins et féminins. Le dossier de l’équité s’avère particulièrement coûteux dans le réseau des CPE, plus qu’ailleurs dans le secteur public, puisqu’on y compte presque 100 % d’emplois féminins.

Avec la collaboration d’Antoine Robitaille
Le Devoir






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