Bagdad refuse les conditions de Bush
Photo : Agence Reuters
Se recueillant dans une mosquée de Bagdad, un jeune Irakien appose un baiser de respect sur le Coran. Lors de la grande prière hebdomadaire dans la capitale irakienne hier, Abdul Razzak Saadi, un haut dignitaire religieux, a appelé tous les musulmans
New York - Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU se sont montrés unanimes hier sur la nécessité d'un retour des inspecteurs en désarmement en Irak, qui a rejeté les sommations le pressant de respecter ses engagements antérieurs.
Le président américain George W. Bush avait plus tôt exigé que toute résolution de l'ONU sur l'Irak soit dotée d'une date butoir à brève échéance. Cette date, a-t-il insisté, doit se mesurer «en jours et en semaines, pas en mois et en années».
La «complète unanimité» pour faire revenir les inspecteurs en désarmement de l'ONU, qui ont quitté l'Irak en 1998, a été constatée lors d'un déjeuner entre les ministres des Affaires étrangères des cinq pays (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne) avec le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a indiqué le chef de la diplomatie britannique, Jack Straw.
Interrogés à savoir si les cinq membres s'étaient entendus pour fixer une date butoir à l'Irak, M. Straw a répondu: «Nous ne sommes pas parvenus à une conclusion sur cela, mais on peut dire qu'il nous est clairement apparu que si nous voulons un retour impératif de ces inspecteurs, cela signifie une échéance.»
Le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, qui s'exprimait au nom du groupe, s'est borné à dire que les cinq membres permanents avaient convenu que le non-respect des résolutions par l'Irak était un «grave problème».
Selon un haut responsable américain, parlant sous couvert d'anonymat, Washington souhaite obtenir une ou plusieurs résolutions sur trois points.
- Un énoncé clair de toutes les résolutions ignorées par Bagdad depuis la guerre du Golfe en 1990-91, qu'il s'agisse de désarmement, de réparations de guerre, de protection des populations civiles, etc.
- La mention de ce que l'Irak doit faire pour se conformer aux exigences de l'ONU, «dans un court délai».
- La définition des actions que le Conseil de sécurité dans son ensemble ou certains de ses membres pourraient prendre en cas de refus de Bagdad de se conformer aux décisions de l'ONU.
Un entretien prochain doit avoir lieu entre le président américain et son homologue russe, Vladimir Poutine, dont le pays, traditionnellement le meilleur allié de l'Irak au Conseil de sécurité, estime que les chances d'un règlement politique sont «loin d'être épuisées» et refuse un recours à la force.
Dans son intervention devant l'Assemblée générale, M. Ivanov a souligné que «l'expérience montre que quelle que soit la complexité des crises internationales et des conflits [...], ces derniers peuvent être résolus avec l'aide des instruments de l'ONU et sur la base du droit international». «Cela s'applique totalement à la situation de l'Irak», a-t-il ajouté.
Son homologue chinois Tang Jiaxuan s'est également prononcé en faveur d'une «solution politique» et a souligné le «rôle important» que pouvaient jouer les Nations unies en demandant à l'Irak d'appliquer les résolutions de l'ONU «strictement et de bonne foi».
L'Irak a dénoncé les sommations. «Tout retour sans conditions des inspecteurs ne résoudra pas le problème. [...] Les États-Unis cherchent à contrôler l'Irak et son pétrole et veulent protéger Israël», a déclaré le ministre irakien des Affaires étrangères, Tarek Aziz.
«Nous n'acceptons pas les conditions posées par [Washington]. Nous avons la capacité de défendre notre patrie et nous avons les moyens de le faire. Nous allons combattre avec courage et nous leur donnerons une leçon», a-t-il ajouté à une chaîne de télévision arabe. «L'Irak n'a pas d'armes chimiques ou biologiques», a aussi assuré le ministre.
Selon le Pentagone, Bagdad disposerait au contraire de laboratoires mobiles, montés sur camions pour être plus difficiles à détecter, permettant la production d'armes biologiques ou chimiques. Pour la Maison-Blanche, le rejet par Bagdad du retour des inspecteurs de l'ONU montre que l'Irak a «quelque chose à cacher».
L'activité diplomatique a continué à être très intense hier et des mouvements militaires, officiellement pour des entraînements, ont été annoncés.
À Londres, le premier ministre britannique Tony Blair, principal soutien de Bush, s'est entretenu de l'Irak au téléphone avec ses homologues danois Anders Fogh Rasmussen, président en exercice de l'Union européenne, et néerlandais Jan Peter Balkenende, ainsi qu'avec le président français Jacques Chirac, selon Downing Street.
Le chancelier allemand Gerhard Schroeder, lors d'une réunion électorale à Ulm, a réaffirmé son opposition à une guerre, tout comme le président de la Commission européenne, l'Italien Romano Prodi, qui a dit espérer qu'un conflit puisse être évitée.
Côté militaire, le Qatar a affirmé qu'il prendra en considération toute demande de Washington, son proche allié, d'utiliser ses bases pour une attaque en Irak, alors que les États-Unis envisagent d'installer le quartier général de leur Commandement central sur la base aérienne d'al-Oudeid.
À New York, le baril de brut a clôturé hier juste en dessous du seuil de 30 $ sur le marché à terme, dopé par les nouvelles déclarations du président Bush sur l'Irak et celles du vice-premier ministre irakien Tarek Aziz, qui ont avivé les craintes de guerre.
Richard Butler, ancien inspecteur de l'ONU en désarmement, a salué l'appel lancé par le président américain aux Nations unies, ajoutant toutefois qu'une intervention contre l'Irak reste quasi inévitable.
«J'ai trouvé [le discours de Bush] impressionnant. Les Américains vont tenter d'obtenir que ce soit fait conformément au système multilatéral, mais en cas d'échec, il a indiqué que les Américains agiraient eux-mêmes», a rappelé Butler dans une entrevue accordée hier à Reuters.
Butler pense que le président irakien Saddam Hussein continuera de s'opposer à la destruction de son arsenal, rendant une intervention militaire contre l'Irak «pratiquement inévitable. Je pense qu'il est aux prises avec un véritable dilemme. On lui dit de manière limpide que ces armes seront confisquées, faute de quoi "vous serez détruit". Il est attaché à ces armes. S'il accepte les inspecteurs et n'entrave pas leur travail, il perdra les armes qui le rendent fort et puissant. Je pense dès lors qu'il tentera de biaiser. [...] Et je pense alors que la probabilité d'une attaque est extraordinairement élevée».
Butler estime que toute nouvelle résolution de l'ONU sur l'Irak imposera un délai d'environ trois semaines pour le retour des inspecteurs en Irak mais qu'aucun ultimatum ne sera adressé à Bagdad. Butler a cependant estimé que les chances d'une intervention sous l'égide de l'ONU, au lieu d'une opération unilatérale américaine, sont désormais plus grandes après le discours de Bush.
Le président américain George W. Bush avait plus tôt exigé que toute résolution de l'ONU sur l'Irak soit dotée d'une date butoir à brève échéance. Cette date, a-t-il insisté, doit se mesurer «en jours et en semaines, pas en mois et en années».
La «complète unanimité» pour faire revenir les inspecteurs en désarmement de l'ONU, qui ont quitté l'Irak en 1998, a été constatée lors d'un déjeuner entre les ministres des Affaires étrangères des cinq pays (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne) avec le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a indiqué le chef de la diplomatie britannique, Jack Straw.
Interrogés à savoir si les cinq membres s'étaient entendus pour fixer une date butoir à l'Irak, M. Straw a répondu: «Nous ne sommes pas parvenus à une conclusion sur cela, mais on peut dire qu'il nous est clairement apparu que si nous voulons un retour impératif de ces inspecteurs, cela signifie une échéance.»
Le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, qui s'exprimait au nom du groupe, s'est borné à dire que les cinq membres permanents avaient convenu que le non-respect des résolutions par l'Irak était un «grave problème».
Selon un haut responsable américain, parlant sous couvert d'anonymat, Washington souhaite obtenir une ou plusieurs résolutions sur trois points.
- Un énoncé clair de toutes les résolutions ignorées par Bagdad depuis la guerre du Golfe en 1990-91, qu'il s'agisse de désarmement, de réparations de guerre, de protection des populations civiles, etc.
- La mention de ce que l'Irak doit faire pour se conformer aux exigences de l'ONU, «dans un court délai».
- La définition des actions que le Conseil de sécurité dans son ensemble ou certains de ses membres pourraient prendre en cas de refus de Bagdad de se conformer aux décisions de l'ONU.
Un entretien prochain doit avoir lieu entre le président américain et son homologue russe, Vladimir Poutine, dont le pays, traditionnellement le meilleur allié de l'Irak au Conseil de sécurité, estime que les chances d'un règlement politique sont «loin d'être épuisées» et refuse un recours à la force.
Dans son intervention devant l'Assemblée générale, M. Ivanov a souligné que «l'expérience montre que quelle que soit la complexité des crises internationales et des conflits [...], ces derniers peuvent être résolus avec l'aide des instruments de l'ONU et sur la base du droit international». «Cela s'applique totalement à la situation de l'Irak», a-t-il ajouté.
Son homologue chinois Tang Jiaxuan s'est également prononcé en faveur d'une «solution politique» et a souligné le «rôle important» que pouvaient jouer les Nations unies en demandant à l'Irak d'appliquer les résolutions de l'ONU «strictement et de bonne foi».
L'Irak a dénoncé les sommations. «Tout retour sans conditions des inspecteurs ne résoudra pas le problème. [...] Les États-Unis cherchent à contrôler l'Irak et son pétrole et veulent protéger Israël», a déclaré le ministre irakien des Affaires étrangères, Tarek Aziz.
«Nous n'acceptons pas les conditions posées par [Washington]. Nous avons la capacité de défendre notre patrie et nous avons les moyens de le faire. Nous allons combattre avec courage et nous leur donnerons une leçon», a-t-il ajouté à une chaîne de télévision arabe. «L'Irak n'a pas d'armes chimiques ou biologiques», a aussi assuré le ministre.
Selon le Pentagone, Bagdad disposerait au contraire de laboratoires mobiles, montés sur camions pour être plus difficiles à détecter, permettant la production d'armes biologiques ou chimiques. Pour la Maison-Blanche, le rejet par Bagdad du retour des inspecteurs de l'ONU montre que l'Irak a «quelque chose à cacher».
L'activité diplomatique a continué à être très intense hier et des mouvements militaires, officiellement pour des entraînements, ont été annoncés.
À Londres, le premier ministre britannique Tony Blair, principal soutien de Bush, s'est entretenu de l'Irak au téléphone avec ses homologues danois Anders Fogh Rasmussen, président en exercice de l'Union européenne, et néerlandais Jan Peter Balkenende, ainsi qu'avec le président français Jacques Chirac, selon Downing Street.
Le chancelier allemand Gerhard Schroeder, lors d'une réunion électorale à Ulm, a réaffirmé son opposition à une guerre, tout comme le président de la Commission européenne, l'Italien Romano Prodi, qui a dit espérer qu'un conflit puisse être évitée.
Côté militaire, le Qatar a affirmé qu'il prendra en considération toute demande de Washington, son proche allié, d'utiliser ses bases pour une attaque en Irak, alors que les États-Unis envisagent d'installer le quartier général de leur Commandement central sur la base aérienne d'al-Oudeid.
À New York, le baril de brut a clôturé hier juste en dessous du seuil de 30 $ sur le marché à terme, dopé par les nouvelles déclarations du président Bush sur l'Irak et celles du vice-premier ministre irakien Tarek Aziz, qui ont avivé les craintes de guerre.
Richard Butler, ancien inspecteur de l'ONU en désarmement, a salué l'appel lancé par le président américain aux Nations unies, ajoutant toutefois qu'une intervention contre l'Irak reste quasi inévitable.
«J'ai trouvé [le discours de Bush] impressionnant. Les Américains vont tenter d'obtenir que ce soit fait conformément au système multilatéral, mais en cas d'échec, il a indiqué que les Américains agiraient eux-mêmes», a rappelé Butler dans une entrevue accordée hier à Reuters.
Butler pense que le président irakien Saddam Hussein continuera de s'opposer à la destruction de son arsenal, rendant une intervention militaire contre l'Irak «pratiquement inévitable. Je pense qu'il est aux prises avec un véritable dilemme. On lui dit de manière limpide que ces armes seront confisquées, faute de quoi "vous serez détruit". Il est attaché à ces armes. S'il accepte les inspecteurs et n'entrave pas leur travail, il perdra les armes qui le rendent fort et puissant. Je pense dès lors qu'il tentera de biaiser. [...] Et je pense alors que la probabilité d'une attaque est extraordinairement élevée».
Butler estime que toute nouvelle résolution de l'ONU sur l'Irak imposera un délai d'environ trois semaines pour le retour des inspecteurs en Irak mais qu'aucun ultimatum ne sera adressé à Bagdad. Butler a cependant estimé que les chances d'une intervention sous l'égide de l'ONU, au lieu d'une opération unilatérale américaine, sont désormais plus grandes après le discours de Bush.
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