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Saddam à la rescousse de Schroeder

Christian Rioux   14 septembre 2002 
Munich - «Si Schroeder est réélu, il le devra à Dieu et à Saddam Hussein!» À une semaine des élections générales, le ministre des Finances de la Bavière, Kurt Faltlhauser, digère mal l'irruption de l'Irak dans la campagne électorale allemande.

Depuis que le chancelier s'est prononcé contre toute forme d'intervention militaire allemande en Irak, même sous le chapeau de l'ONU, les sondages lui donnent pour la première fois 1 % d'avance sur son opposant. Le candidat conservateur de l'alliance CDU-CSU, Edmund Stoiber, qui préside la Bavière d'une main alerte depuis 1993, croyait pourtant sa victoire assurée. Depuis six mois qu'on donnait le leader social-démocrate pour mort...

«Jamais Schroeder n'a été aussi opportuniste», a dit Kurt Faltlhauser, un conservateur énergique entré au Parlement de la Bavière la même année que Stoiber. «Je ne vois pas comment, si l'ONU intervient en Irak, l'Allemagne pourra ne pas y participer. C'est ridicule!»

Les Allemands, dont les deux tiers ne souhaitent pas d'intervention, ont visiblement apprécié que leur dirigeant prenne ses distances à l'endroit des États-Unis. «Schroeder a parfaitement reflété l'opinion allemande», a dit Matthias Keller-May, correspondant parlementaire de la Télévision bavaroise.

Quant à savoir si l'Allemagne participera à une action chapeautée par l'ONU, c'est une autre affaire. «On trouvera bien une petite place pour l'Allemagne ailleurs que sur le champ de bataille. Il est de toute façon hors de question que nous empêchions les États-Unis d'utiliser leurs bases militaires sur notre territoire.»

Quoi qu'il en soit, le chancelier, qu'on accuse depuis toujours d'avoir la «main molle», a déjà remporté la seule guerre qui compte pour lui dans les jours qui viennent, celle de l'image. «Schroeder a soudainement eu l'air d'un homme énergique qui sait où il va», dit Keller-May.

Ce changement de stratégie a commencé le mois dernier, lors des inondations qui ont frappé le sud du pays. C'est pourquoi Kurt Faltlhauser disait que le chancelier pourrait aussi devoir sa réélection à Dieu. Gerhard Schroeder a aussitôt proposé que l'Allemagne reporte d'un an les baisses d'impôt prévues l'an prochain afin de venir rapidement en aide aux sinistrés. En proposant d'utiliser plutôt les recettes de la Bundesbank, Stoiber a eu l'air de compter ses sous. Même les Bavarois, frappés par les inondations et qui réélisent Stoiber sans discontinuer depuis 1993, n'ont pas vraiment compris la proposition de leur ministre-président. Résultat, les quatre derniers sondages réalisés cette semaine démontrent clairement que les sociaux-démocrates sont revenus de l'arrière. Un premier leur donne une avance d'un point. Un autre donne la même avance aux chrétiens-démocrates. Les deux autres mettent les partis à égalité. Bref, les candidats sont au coude à coude, ce qui rend toute prédiction impossible.

Mais le plus inquiétant pour Stoiber, c'est que les nouveaux appuis de Schroeder ne viennent pas des petits partis vert, libéral ou ex-communiste, qui perdent traditionnellement des voix à l'approche du scrutin. Ils viennent des électeurs de l'alliance conservatrice.

Alors qu'Edmund Stoiber essayait de se faire discret pour ne pas émousser le capital dont il bénéficiait depuis le début de la campagne, les médias ont unanimement jugé qu'il avait perdu le second débat télévisé de dimanche dernier. «Trop fade», «trop complexe», «pas assez axé sur les solutions», a dit Matthias Keller-May.

Sa réplique au discours sur le budget, prononcée hier, ne semble pas devoir inverser la tendance. Selon le grand quotidien de Francfort, la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Edmund Stoiber «n'est pas parvenu à établir le contact avec les électeurs hors de sa Bavière natale». Le leader conservateur est en fait beaucoup moins populaire que son parti. Comme c'était le cas pour Helmut Kohl avant lui. Ce qui ne l'a pas empêché de diriger l'Allemagne pendant 16 ans!

L'irruption de l'Irak et des inondations dans la campagne électorale a surtout détourné l'attention des électeurs de l'économie, qui représente le véritable point fort de Stoiber. Celui-ci se présente à la chancellerie fort de son excellent bilan économique en Bavière et alors que l'Allemagne a un taux de chômage qui frise les 10 %.

Rien n'est donc joué et les analystes s'en donnent à coeur joie en tentant de prévoir quelle coalition dirigera demain l'Allemagne. Les sociaux-démocrates souhaitent évidemment continuer à gouverner avec les verts, comme ils le font depuis quatre ans. Gerhard Schroeder tiendra d'ailleurs exceptionnellement une assemblée avec le vert Joschka Fischer, qui est aussi l'homme politique le plus populaire du pays. Mais le très médiatique Guido Werstelle (FDP), allié traditionnel des conservateurs, n'exclut pas une alliance avec les sociaux-démocrates si les verts ne peuvent leur donner la majorité au Parlement.

Une «grande coalition» gauche-droite (SPD/CDU-CSU), comme celle qui dirigea l'Allemagne de 1966 à 1969, n'est pas non plus impossible. Mais elle n'est le premier choix de personne. Chose certaine, l'un des deux chefs devrait alors s'en aller. Certains évoquent même une très improbable coalition «feu de circulation»: rouge (SPD), verte (verts) et jaune (FDP). Si le résultat est serré, les négociations pourraient durer des semaines.

En 1998, à quelques jours du scrutin, Helmut Kohl avait tout comme Schroeder récupéré près de 10 points dans les sondages. Cela ne l'empêcha pas d'être battu. Ce n'est donc pas obligatoirement celui qui part le dernier qui arrive le premier...






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