Campagne électorale municipale à Montréal - L'enjeu majeur: la propreté ou la pauvreté?
Yves Bellavance - Table régionale des organismes volontaires d'éducation populaire de Montréal
5 octobre 2005
À coup de millions, les chefs des deux principaux partis politiques montréalais viennent tout juste de faire connaître l'enjeu qu'ils mettront de l'avant dans la présente campagne: la propreté. Sans vouloir négliger cet aspect de la vie urbaine, il nous semble qu'une métropole comme Montréal doit faire face à des défis beaucoup plus importants, notamment sur le plan social et environnemental. Espérons que ce débat sur la propreté ne sera pas l'occasion de cacher d'autres problèmeYves Bellavances... sous le tapis!
Une nouvelle ville
Nous connaissons le score du débat fusion/défusion: 15 municipalités ont retiré leurs billes et tentent de retrouver les mêmes pouvoirs qu'auparavant. Triste conception de la solidarité. L'an dernier, elles ont réussi à obtenir du gouvernement québécois qu'il retire tout projet de péréquation sur l'île de la législation entourant le processus de défusion, et elles travaillent présentement très fort pour modifier à nouveau cette législation, cette fois en ce qui concerne le fonctionnement du conseil d'agglomération.
Quant aux villes qui ont choisi de vivre ensemble, elles se retrouvent maintenant avec une structure plus décentralisée, conséquence des efforts de l'administration Tremblay pour retenir les municipalités défusionnistes. L'impact sur les défusionnistes fut nul, mais, en contrepartie, les arrondissements de l'actuel Montréal ont obtenu plus de pouvoirs, plus d'autonomie et même un maire élu (pour les neuf arrondissements issus de l'ancienne ville de Montréal, c'est toute une différence).
Au bout du processus, Montréal risque de perdre son identité puisqu'elle se retrouve prise en sandwich entre le conseil d'agglomération, auquel elle délègue une grande partie de son budget et de ses responsabilités, et le conseil d'arrondissement, auquel elle donne les ressources pour les services de proximité. Que reste-t-il pour Montréal?
Cette nouvelle donne soulève aussi des interrogations sur l'application des orientations et politiques municipales sur l'ensemble du territoire de la Ville de Montréal, surtout si l'administration locale n'est pas de la même «couleur» que l'administration centrale.
Déjà quelques exemples nous laissent songeurs quant aux dérives possibles d'une telle autonomie. Il y a eu le cas de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, qui a aboli deux postes de bibliothécaires au moment même où l'administration centrale adopte une politique de développement culturel qui doit s'appliquer partout et qui vise entre autres le rattrapage, la consolidation et le développement du réseau des bibliothèques. Ou encore le cas de l'arrondissement Ville-Marie qui a tenté d'encadrer par règlement la localisation des organismes communautaires sur son territoire. Les citoyens ont pourtant droit aux mêmes services partout.
Nouvelle ville, mêmes problèmes!
Évidemment, les problèmes sociaux que connaît Montréal n'ont pas été réglés par les réorganisations successives. Il y a toujours un besoin criant de logements sociaux. Il y a toujours autant de pauvreté, d'itinérance, de détresse humaine. Montréal affiche le plus haut taux de personnes à faible revenu de toutes les grandes villes canadiennes (30 % selon les critères de Statistique Canada). Le taux de chômage est le deuxième plus élevé des villes canadiennes. Et pourtant, la pauvreté n'est ni la priorité de l'administration municipale ni l'enjeu de la présente campagne.
De plus, force est de constater que les inégalités historiques entre les arrondissements perdurent toujours. Nous vivons les mêmes inégalités entre les coins les plus riches et les coins les plus pauvres de l'île, certains arrondissements (et futures villes) pouvant même compter sur trois fois plus de ressources financières par résidant. En décentralisant certaines responsabilités aux arrondissements, l'administration centrale a haussé le budget des arrondissements de 6,6 % en moyenne dans le dernier budget... mais toujours en reproduisant les mêmes inégalités.
Québec veut en rajouter
Mais le pire est peut-être à venir. Les municipalités sont très à la mode présentement, tant au fédéral qu'au provincial. Ce n'est pas pour rien. Dans un contexte où les autres paliers de gouvernements veulent se délester de certaines responsabilités, les municipalités apparaissent comme un «partenaire» très intéressant. Le gouvernement Charest propose d'ailleurs une «décentralisation à la carte» vers les municipalités. Mais vous n'en avez probablement jamais entendu parler parce que les discussions ont lieu loin du débat public.
Les municipalités sont au bout de la chaîne des compressions budgétaires (après Ottawa puis Québec) et risquent de se ramasser avec des responsabilités nouvelles à assumer, mais sans les ressources financières pour le faire. C'est une bonne façon de se désengager au profit du privé qui apparaît alors comme le sauveur, le seul capable d'offrir nos services publics. Le parti pris du gouvernement Charest pour le privé nous fait craindre le pire pour nos services publics municipaux. Nous sommes convaincus que la population ne sortira pas gagnante d'une décentralisation menant à la privatisation des services municipaux.
Plus de tarification, plus de pauvreté
Sur un autre front, mais en lien avec la privatisation, le gouvernement considère que les municipalités ne tarifent pas assez leurs services et il propose cette voie pour diversifier les revenus des municipalités. La tarification de services est au coeur des négociations actuelles sur le renouvellement du pacte fiscal entre Québec et les municipalités.
De son côté, la Ville de Montréal veut réduire la part de son budget qui provient de l'impôt foncier. Présentement, 70 % de ses revenus provient des impôts fonciers et elle souhaite la faire passer à 60 % d'ici cinq ans. Cela signifie 400 millions $ à trouver ailleurs que dans l'impôt foncier. Lors d'une rencontre avec des citoyens du Plateau, une représentante du service des finances de la Ville a proposé un recours accru à la tarification de services.
Or, plusieurs études en sont arrivées à l'évidente conclusion que la tarification est un frein majeur à l'accessibilité particulièrement pour les citoyens les plus défavorisés. La tarification appauvrit encore plus les personnes à faible revenu en exerçant une ponction supplémentaire dans leur budget. Déjà, les familles ont de la difficulté à payer leur loyer, à se nourrir, à se transporter, à avoir accès aux loisirs et à la culture. Et qu'on ne vienne pas nous raconter que l'impôt foncier diminuera d'autant, nous savons fort bien que le coût des loyers ne suivra pas les baisses d'impôt foncier. Plus de tarification, ça veut dire plus de pauvreté.
L'inégalité entre les arrondissements, jumelée avec l'iniquité des tarifications, accentuera l'écart entre les citoyens de Montréal. Pourtant, lorsqu'il s'agit de payer les taxes, tout le monde fait partie d'une seule municipalité. Pourquoi n'est-ce pas le cas en ce qui concerne l'accessibilité aux services?
Voilà des enjeux qui nécessitent une attention particulière lors de la campagne électorale qui s'amorce. Nous attendons que les candidats et candidates se prononcent sur leur vision sociale de la Ville de Montréal. Qu'ils et elles nous dévoilent leur position sur la décentralisation et la tarification, sur l'accessibilité aux services. Qu'ils et elles nous indiquent si la pauvreté sera la priorité de la prochaine administration. Montréal, zone libre de pauvreté, ce n'est pas un vilain défi ça, non?
Une nouvelle ville
Nous connaissons le score du débat fusion/défusion: 15 municipalités ont retiré leurs billes et tentent de retrouver les mêmes pouvoirs qu'auparavant. Triste conception de la solidarité. L'an dernier, elles ont réussi à obtenir du gouvernement québécois qu'il retire tout projet de péréquation sur l'île de la législation entourant le processus de défusion, et elles travaillent présentement très fort pour modifier à nouveau cette législation, cette fois en ce qui concerne le fonctionnement du conseil d'agglomération.
Quant aux villes qui ont choisi de vivre ensemble, elles se retrouvent maintenant avec une structure plus décentralisée, conséquence des efforts de l'administration Tremblay pour retenir les municipalités défusionnistes. L'impact sur les défusionnistes fut nul, mais, en contrepartie, les arrondissements de l'actuel Montréal ont obtenu plus de pouvoirs, plus d'autonomie et même un maire élu (pour les neuf arrondissements issus de l'ancienne ville de Montréal, c'est toute une différence).
Au bout du processus, Montréal risque de perdre son identité puisqu'elle se retrouve prise en sandwich entre le conseil d'agglomération, auquel elle délègue une grande partie de son budget et de ses responsabilités, et le conseil d'arrondissement, auquel elle donne les ressources pour les services de proximité. Que reste-t-il pour Montréal?
Cette nouvelle donne soulève aussi des interrogations sur l'application des orientations et politiques municipales sur l'ensemble du territoire de la Ville de Montréal, surtout si l'administration locale n'est pas de la même «couleur» que l'administration centrale.
Déjà quelques exemples nous laissent songeurs quant aux dérives possibles d'une telle autonomie. Il y a eu le cas de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, qui a aboli deux postes de bibliothécaires au moment même où l'administration centrale adopte une politique de développement culturel qui doit s'appliquer partout et qui vise entre autres le rattrapage, la consolidation et le développement du réseau des bibliothèques. Ou encore le cas de l'arrondissement Ville-Marie qui a tenté d'encadrer par règlement la localisation des organismes communautaires sur son territoire. Les citoyens ont pourtant droit aux mêmes services partout.
Nouvelle ville, mêmes problèmes!
Évidemment, les problèmes sociaux que connaît Montréal n'ont pas été réglés par les réorganisations successives. Il y a toujours un besoin criant de logements sociaux. Il y a toujours autant de pauvreté, d'itinérance, de détresse humaine. Montréal affiche le plus haut taux de personnes à faible revenu de toutes les grandes villes canadiennes (30 % selon les critères de Statistique Canada). Le taux de chômage est le deuxième plus élevé des villes canadiennes. Et pourtant, la pauvreté n'est ni la priorité de l'administration municipale ni l'enjeu de la présente campagne.
De plus, force est de constater que les inégalités historiques entre les arrondissements perdurent toujours. Nous vivons les mêmes inégalités entre les coins les plus riches et les coins les plus pauvres de l'île, certains arrondissements (et futures villes) pouvant même compter sur trois fois plus de ressources financières par résidant. En décentralisant certaines responsabilités aux arrondissements, l'administration centrale a haussé le budget des arrondissements de 6,6 % en moyenne dans le dernier budget... mais toujours en reproduisant les mêmes inégalités.
Québec veut en rajouter
Mais le pire est peut-être à venir. Les municipalités sont très à la mode présentement, tant au fédéral qu'au provincial. Ce n'est pas pour rien. Dans un contexte où les autres paliers de gouvernements veulent se délester de certaines responsabilités, les municipalités apparaissent comme un «partenaire» très intéressant. Le gouvernement Charest propose d'ailleurs une «décentralisation à la carte» vers les municipalités. Mais vous n'en avez probablement jamais entendu parler parce que les discussions ont lieu loin du débat public.
Les municipalités sont au bout de la chaîne des compressions budgétaires (après Ottawa puis Québec) et risquent de se ramasser avec des responsabilités nouvelles à assumer, mais sans les ressources financières pour le faire. C'est une bonne façon de se désengager au profit du privé qui apparaît alors comme le sauveur, le seul capable d'offrir nos services publics. Le parti pris du gouvernement Charest pour le privé nous fait craindre le pire pour nos services publics municipaux. Nous sommes convaincus que la population ne sortira pas gagnante d'une décentralisation menant à la privatisation des services municipaux.
Plus de tarification, plus de pauvreté
Sur un autre front, mais en lien avec la privatisation, le gouvernement considère que les municipalités ne tarifent pas assez leurs services et il propose cette voie pour diversifier les revenus des municipalités. La tarification de services est au coeur des négociations actuelles sur le renouvellement du pacte fiscal entre Québec et les municipalités.
De son côté, la Ville de Montréal veut réduire la part de son budget qui provient de l'impôt foncier. Présentement, 70 % de ses revenus provient des impôts fonciers et elle souhaite la faire passer à 60 % d'ici cinq ans. Cela signifie 400 millions $ à trouver ailleurs que dans l'impôt foncier. Lors d'une rencontre avec des citoyens du Plateau, une représentante du service des finances de la Ville a proposé un recours accru à la tarification de services.
Or, plusieurs études en sont arrivées à l'évidente conclusion que la tarification est un frein majeur à l'accessibilité particulièrement pour les citoyens les plus défavorisés. La tarification appauvrit encore plus les personnes à faible revenu en exerçant une ponction supplémentaire dans leur budget. Déjà, les familles ont de la difficulté à payer leur loyer, à se nourrir, à se transporter, à avoir accès aux loisirs et à la culture. Et qu'on ne vienne pas nous raconter que l'impôt foncier diminuera d'autant, nous savons fort bien que le coût des loyers ne suivra pas les baisses d'impôt foncier. Plus de tarification, ça veut dire plus de pauvreté.
L'inégalité entre les arrondissements, jumelée avec l'iniquité des tarifications, accentuera l'écart entre les citoyens de Montréal. Pourtant, lorsqu'il s'agit de payer les taxes, tout le monde fait partie d'une seule municipalité. Pourquoi n'est-ce pas le cas en ce qui concerne l'accessibilité aux services?
Voilà des enjeux qui nécessitent une attention particulière lors de la campagne électorale qui s'amorce. Nous attendons que les candidats et candidates se prononcent sur leur vision sociale de la Ville de Montréal. Qu'ils et elles nous dévoilent leur position sur la décentralisation et la tarification, sur l'accessibilité aux services. Qu'ils et elles nous indiquent si la pauvreté sera la priorité de la prochaine administration. Montréal, zone libre de pauvreté, ce n'est pas un vilain défi ça, non?
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