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Bali de nouveau sous le choc

N/A ZZZN/A , N/A ZZZN/A   3 octobre 2005 
Une femme a fondu en larmes, hier, à l’hôpital de Denpasar, dans l’île de Bali, en Indonésie, après avoir identifié l’un de ses proches décédé dans les attentats terroristes perpétrés samedi.
Photo : Agence France-Presse
Une femme a fondu en larmes, hier, à l’hôpital de Denpasar, dans l’île de Bali, en Indonésie, après avoir identifié l’un de ses proches décédé dans les attentats terroristes perpétrés samedi.
Même lieu, même cible, et sans doute même commanditaire. Trois ans après les attaques islamistes qui avaient fait 202 morts, le terrorisme a frappé à nouveau Bali. Au moins 26 personnes, dont trois Australiens et une Japonaise, ont été tués lors de trois attentats suicide commis samedi soir au coeur de l'industrie touristique de l'île. Parmi la centaine de blessés, figurent 83 Indonésiens, 20 Australiens, six Américains, trois Japonais, sept Sud-Coréens, un Allemand, une Française et trois Canadiens. Deux jours après les événements, les autorités soupçonnent deux fugitifs malaysiens d'avoir orchestré ces attaques terroristes perpétrées par trois kamikazes.

Ce sont deux facettes opposées de Bali qui ont été visées. D'abord, Kuta la fêtarde, station balnéaire bon marché fréquentée par de jeunes Occidentaux: la première bombe a explosé dans le «Raja», dévastant les deux premiers étages de ce populaire bar-restaurant situé en plein air.

Quelques minutes plus tard, à une trentaine de kilomètres plus au sud, c'est Jimbaran, plus familiale, plus haut de gamme, qui a été frappée. Il était 20 heures, et les restaurants de fruits de mer qui font la réputation du lieu étaient bondés. Un extrait vidéo montre, quelques secondes avant l'explosion, des touristes savourant des cocktails, les pieds dans le sable, éclairés à la bougie. Puis un «bang» et une fumée noire sortant d'un des établissements. «On a aidé quelques victimes à aller sur la plage, et il y avait aussi des gens allongés sur les tables posées sur le sable, morts», a raconté Jason Childs sur la radio australienne ABC. «Puis tout le monde a commencé à crier: "Il y a une autre bombe". Tout le monde s'est mis à courir».

Ces scènes de chaos, survenues trois ans presque jour pour jour après l'attentat du 12 octobre 2002 dans lequel 202 personnes avaient trouvé la mort, ont réveillé un souvenir que les Balinais voulaient effacer. D'autant que le modus operandi se révèle similaire. Le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono a confirmé qu'il s'agissait d'attaques suicide, et la police a précisé avoir vu la marque du réseau islamiste régional Jamaah Islamiyah, organisation terroriste islamiste liée à al-Qaïda.

Plusieurs observateurs avaient prévenu qu'il existait un risque que le réseau frappe encore, mais les craintes étaient dirigées vers la capitale, Jakarta, plutôt que l'île de Bali. Des centaines de personnes suspectées d'appartenir à l'organisation ont été arrêtées au cours des trois dernières années en Indonésie, en Malaisie, à Singapour, aux Philippines et en Thaïlande. Mais, selon certains experts, une nouvelle génération ou d'autres militants pourraient travailler pour le groupe islamiste.

«Si on regarde la totalité des précédents attentats de la Jamaah et les interrogatoires de suspects, nous savons que ses membres considéraient les attentats de Bali [d'octobre 2002] comme leur seul succès véritable. J'imagine donc qu'ils ont tenté de le rééditer», observe Ken Conboy, expert en matière de sécurité et de défense basé à Jakarta.

Rohan Gunaratna, spécialiste du terrorisme à l'Institut de défense et d'études stratégiques de Singapour, a aussi évoqué la piste de la Jamaah Islamiyah. «La Jamaah Islamiyah est la seule organisation qui a la volonté et la capacité de mettre sur pied et de coordonner des attaques simultanées contre une cible occidentale en Indonésie», a estimé cet expert. Selon le général de la police Ansyaad Mbai, les cerveaux présumés des attentats de samedi seraient Azahari ben Husin et Noordin Mohamed Top, deux Malaisiens recherchés depuis les attentats de 2002 à Bali. Les deux hommes, responsables présumés de la Jamaah Islamiyah, sont également accusés d'avoir organisé deux attentats suicide à Jakarta en 2003 et 2004. Âgé de 48 ans et originaire de l'État de Johor, en Malaisie, Azari ben Husin a obtenu un doctorat de l'université britannique de Reading située à l'ouest de Londres. Il est soupçonné d'être l'un des chefs du réseau islamiste asiatique Jamaah Islamiyah.

Pour les trois millions de Balinais, au choc de l'attaque s'ajoute la crainte pour l'avenir; l'économie de l'île dépend à 70 % du tourisme. Pour apaiser la colère des dieux après le bain de sang de 2002, les prêtres avaient organisé d'immenses cérémonies et offrandes, priant pour voir revenir les touristes et leurs devises. Après trois ans de difficultés, l'île hindouiste commençait tout juste à se remettre des attentats de 2002; malgré les avertissements répétés des autorités indonésiennes, australiennes et américaines, les touristes revenaient visiter l'île aux mille temples.

À l'image du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, qui s'est dit «atterré», les dirigeants du monde entier ont condamné les attaques aveugles. Les habitants et les touristes étrangers, choqués par le carnage, ont quant à eux refusé de céder à la panique, allant jusqu'à reprendre possession de l'immense plage bordant les deux villes endeuillées.






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