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La bouffe des jeunes

Josée Boileau   3 octobre 2005 
Parce qu'il repose sur une approche ciblée, axée sur l'alimentation et l'exercice, parce qu'il la décline avec des mesures concrètes, parce qu'il ne promet pas de solution miracle en soulignant que le problème a de nombreuses facettes, le rapport sur l'obésité chez les jeunes, concocté par un comité mis en place il y a un an par le gouvernement Charest et rendu public la semaine dernier, est fort prometteur.

Mais si son attrait ne tient qu'aux 400 millions de dollars que la Fondation Lucie et André Chagnon (qui a siégé audit comité) fait miroiter au gouvernement à la condition que celui-ci en mette autant, alors il y a maldonne. Même à des fins philanthropiques, le gouvernement n'a pas à se faire dicter ses choix sociaux parce que d'alléchants montants lui sont promis. Si la Fondation Chagnon a l'argent et la volonté pour agir, qu'elle le fasse, point.

D'autant que, du côté gouvernemental, les aspects les plus accrocheurs du rapport — qui contient 62 recommandations — ne sont pas nécessairement les plus coûteux: valoriser l'utilisation des fontaines à l'école, y prévoir des endroits où ranger les vélos, s'assurer que les jeunes bougent une heure par jour (à cet égard, suggérons de brasser au plus vite la cage des écoles irresponsables qui n'envoient plus les enfants dehors aux récréations ou les éliminent carrément).

Revoir les contrats des concessionnaires alimentaires afin que des repas équilibrés soient servis dans les écoles n'a rien, non plus, d'une révolution. Au primaire, on est déjà attentifs à la qualité des repas offerts. C'est au secondaire que la sauce se gâte sous prétexte de la concurrence des fast-food. Mais depuis quand la logique éducative devrait-elle céder le pas à la logique marchande? Encore faut-il ne pas faire fuir la clientèle en lançant des anathèmes sous prétexte de guerre contre la malbouffe. Un hamburger, après tout, peut parfaitement faire partie d'un repas équilibré.

Mais pour le savoir, il faut un minimum d'éducation alimentaire. Le rapport en parle aussi, notamment en proposant des cours de cuisine et de nutrition lors d'activités parascolaires et «un programme éducatif visant la saine alimentation et pouvant s'intégrer, de façon transversale, dans le programme scolaire».

Soupirons. Le Québec avait entre les mains un outil formidable: le volet cuisine des cours d'économie familiale. Or ils ont été retirés du cursus scolaire pour cause de réforme, victimes de leur nom suranné et d'une réputation d'inutilité, venue tout droit de l'époque de leur mise en place, quand les mères travaillaient au foyer. Sans doute y avait-il à l'époque doublon entre l'école et la maison. Mais maintenant?

Pourtant, on a tout éclipsé d'un coup de balai, manie bien québécoise... Or le bon sens nous dit qu'aujourd'hui, si on pouvait, sans leur laisser le choix!, enfermer une bande d'ados dans un local à faire des muffins, non seulement ils y gagneraient des trucs de cuisine, des notions de saine alimentation et un regard critique sur la nourriture industrielle, mais ils pourraient même se remplir la panse de leur oeuvre au point de renoncer, pour un midi, à aller se gaver au McDo du coin. Voilà un concept vraiment transversal!
 
 
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