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Le Dr Mailloux sur nos ondes: une honte pour la profession

Dr Nicolas Bergeron - Psychiatre au CHUM et membre du conseil d'administration de Médecins du monde Canada  1 octobre 2005 
Toute société prend du temps à se défaire des mythes et des perceptions insidieusement distordues sur ses groupes dits minoritaires. Ces distorsions naissent dans la peur, la peur de l'autre, la peur de celui qui est différent. Elles alimentent l'intolérance. La plupart des populations vulnérables transportent leur lot de fausses vérités.

Il est dans la nature de l'homme de sélectionner les informations qui réconfortent sa façon de penser. Il sera aussi plus résistant et plus critique à tout ce qui pourrait changer ses perceptions du monde. On serait donc porté à croire que lorsque M. Pierre Mailloux affirme que le quotient intellectuel des Noirs est inférieur à celui des autres races en se basant sur quelques études — vraisemblablement sérieuses — sur le sujet, il ne contredit pas sa pensée intime. Autrement, il aurait pu proposer les nuances ardemment débattues depuis quelques jours sur la notion contestée de la mesure de l'intelligence, les inévitables biais méthodologiques des études, les tentatives d'explications du phénomène, etc. Cela ne constitue pas un drame en soi.

En fait, ce qui est plus troublant dans cette prise de position, c'est son appartenance professionnelle. Le médecin a le devoir primordial de protéger et de promouvoir la santé et le bien-être des individus qu'il sert, sur les plans tant individuel que collectif. Il accompagne les populations les plus vulnérables. Il se doit aussi de les défendre. A fortiori, s'il est de toutes les tribunes et qu'il est appelé à jouer un rôle d'interlocuteur et d'éducateur de masse. Peu importe la véracité scientifique, les propos du Dr Mailloux sont teintés de mépris.

L'éthique et la performance

Les médecins et les psychologues sont de plus en plus appelés dans les médias à commenter les événements de l'actualité ou à vulgariser leur science. Sans épouser le conformisme ambiant, ils ne peuvent délaisser leurs principes éthiques et la collégialité professionnelle pour répondre à des besoins ou des demandes de performance. Les analyses psychologiques sauvages du Dr Mailloux proclamées à la télévision en dehors d'un minimum de cadre thérapeutique contribuent à effaroucher injustement ceux qui ont droit à de l'aide psychologique. Les principes de la relation d'aide n'existent plus. Le Dr Mailloux ternit l'image de la psychiatrie. Il fait honte aux psychiatres et aux autres médecins québécois.

Sa présence sur nos ondes, tolérée et entretenue, à côté d'autres orateurs de sa trempe, ne peut être entièrement expliquée par la cote d'écoute. Ces gens-là sont-ils les porte-étendards de ces mythes dont on a peine à se départir?
 
 
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