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Dérive de politicien

Jean-Robert Sansfaçon   1 octobre 2005 
Où voulait en venir le candidat Richard Legendre en s'attaquant au bilan d'André Boisclair, du temps où ce dernier était ministre de l'Environnement? Et le président de l'UPA, Laurent Pellerin, où voulait-il en venir à son tour en accusant M. Boisclair d'avoir commis des gestes «désastreux» pour les agriculteurs? Baliverne!

Le débat de mercredi soir dernier a montré combien pouvait viser bas un candidat en mal de popularité dans une course à la chefferie. Aucun argument, aucun exemple, que du vide. Ceux qui se rappellent le passage de M. Boisclair à l'Environnement savent qu'il était du genre à protéger la chèvre et le chou. S'il est allé jusqu'à imposer un moratoire sur la construction de nouvelles porcheries, c'est qu'il n'avait plus le choix devant la multiplication des manifestions d'hostilité à l'égard des mégaporcheries.

Le lendemain, M. Legendre a précisé qu'il ne faisait pas allusion à ce moratoire. À quoi faisait-il allusion dans ce cas? De son côté, en bon syndicaliste, le président de l'UPA s'est empressé de récupérer l'événement à son crédit en affirmant que des agriculteurs «ont été acculés à la faillite par le moratoire». La faillite parce qu'un gouvernement a décidé de ralentir la croissance d'une industrie qui menace la santé des gens et la qualité de leur environnement?

Quelle est donc cette logique sociale qui peut conduire un gouvernement à verser 16 $ par tête à une entreprise qui exporte tous ses cochons après avoir épandu des milliers de tonnes de lisier dans une région déjà saturée?

Tous les ministres qui se sont succédé à l'Environnement ont essayé à leur façon de corriger la situation. Un travail rendu très difficile par le puissant lobby politique de l'UPA. À l'arrivée d'André Boisclair, le travail de préparation d'une politique de l'eau était déjà avancé grâce aux recommandations de la commission Beauchamp remises au ministre précédent, Paul Bégin.

Pendant ce temps, l'industrie porcine continuait d'étendre ses tentacules, au grand dam des citoyens. Il a donc fallu imposer ce moratoire pour prendre le temps d'évaluer la situation, un mandat confié au BAPE. À son arrivée au pouvoir, le ministre libéral, Thomas Mulcair, a décidé de prolonger le moratoire à deux reprises. Ce moratoire doit prendre fin bientôt. Or, un décompte rapide indique que plus de 35 nouveaux projets de construction ou d'agrandissement de porcheries sont déjà en attente d'autorisation, la plupart dans des régions déjà fortement sollicitées.

Malheureusement, les règles mises en place par Québec ne permettent toujours pas d'espérer des correctifs permanents et satisfaisants, tant en ce qui touche aux odeurs qu'à l'épandage des déjections animales. Selon les données publiées en 2003 par la Commission du BAPE chargée de proposer des solutions aux problèmes de l'industrie porcine, les agriculteurs québécois utilisent globalement des engrais qui équivalent à 138 % des besoins en azote et à 221 % des besoins en phosphore de toutes les cultures réunies. Où vont les surplus? Et que fera-t-on du lisier produit par les dizaines de milliers de cochons dont on s'apprête à autoriser l'élevage?

Pour venir en aide aux entreprises agricoles, les gouvernements ont investi des centaines de millions, tant pour soutenir le revenu des agriculteurs que pour les inciter à se conformer aux normes environnementales. Mais nous sommes encore loin d'avoir réglé le problème et l'agriculture moderne, intensive, constitue plus que jamais une des sources de dégradation des cours d'eau. Cela doit cesser!

Quel que soit le ministre au pouvoir, il devra comprendre que la protection de l'environnement n'est plus un luxe de petits bourgeois du Plateau, pour parodier Laurent Pellerin, mais une exigence incontournable posée aux politiciens et aux entreprises par la majorité des citoyens.

j-rsansfacon@ledevoir.com
 
 
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  • François Beaulé
    Abonné
    samedi 1 octobre 2005 13h51
    Repenser l'aide de l'État aux agriculteurs
    La surproduction de porcs au Québec est une source importante de nuisances et de pollution. Il faut savoir aussi que la consommation de viande par les humains, plutôt que de végétaux, est tributaire d'une importante dépense supplémentaire en énergie, pétrole et électricité. Manger de la viande contribue à la pollution et à l'effet de serre. Les subventions pour la production de porcs ou de bovins sont néfastes pour l'environnement en plus de constituer une concurrence déloyale quand la viande est vendue dans des pays qui n'offrent pas de pareilles subventions à leurs éleveurs.

    Il faut poser plus rigoureusement la question de la sécurité alimentaire au Canada et au Québec. Deux avenues me semblent possibles: 1.Établir des quotas d'importation de denrées alimentaires pour que nos producteurs puissent vendre leurs produits aux Canadiens à des prix qui leur permettraient de vivre décemment (charge de travail et financièrement) sans subventions.
    2.Ne subventionner que la production des aliments consommés au Canada.

  • Paul Paradis
    Inscrit
    samedi 1 octobre 2005 15h37
    Les agriculteurs ont trop de pouvoir politique
    D'accord avec vous, M. Sansfaçon, sur la respect de l'environnement exigé de l'agriculture et de l'élevage (à propos, l'Agence France-Presse a calculé que les bovins sont responsables de 6,5 % des émissions françaises de gaz réchauffant la planète, près du double que l'ensemble des raffineries de pétrole du pays!).

    Mais je voudrais aussi mentionner que les agriculteurs me semblent avoir beaucoup trop de pouvoir politique, ici comme en France. Je suppose que cela est dû au fait que les circonscriptions rurales ont moins d'électeurs que celles de la métropole, de sorte que faire des cadeaux aux agriculteurs est plus rentable lors des élections. J'aimerais avoir des données et votre avis là-dessus, si vous pouviez.

    De toute façon, c'est le temps de se dire que soutenir à grands frais l'agriculture, un secteur de l'économie qui emploie une fraction de plus en plus faible de la nation, est un choix rétrograde. Comme disait Blair au sujet des aides européens à l'agriculture, c'est le temps que l'État soutienne des domaines plus d'avenir, comme la haute technologie.

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