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Charest provoque la colère des défenseurs des droits humains

Antoine Robitaille   29 septembre 2005 
Québec — Un éloge sans nuance de la Chine des «dernières 40 années», prononcé par le premier ministre Jean Charest à Pékin, au cours de sa mission économique, soulève l'ire des organisations de défense des droits de la personne, ici, au Québec.
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  • Luc Roland
    Inscrit
    jeudi 29 septembre 2005 07h04
    Arrêtez-le quelqu'un!
    « Ainsi notre PM admire tout ce que les Chinois ont fait ces 40 dernières années... De tels propos sont inqualifiables. Les Tibétains subissent en ce moment une occupation qui, pour être plus discrète (c'est la grande force des dirigeants chinois), n'en est pas moins violente que celle subie par les Français sous le régime nazi. La capitale, Lhassa, a été presque entièrement rasée pour faire place à une ville chinoise géométriquement quadrillée qui entoure le Potala, autrefois résidence du Dalaï lama et siège du gouvernement tibétain. En face, une immense place ornée d'un monument célébrant la «libération des Tibétains» par la Chine... Place assez spacieuse pour y stationner des centaines de tanks en cas d'insurrecton appréhendée. Une petite étendue d'eau permet aux enfants de se balader en pédalos - lesquels sont munis de lance-missiles en plastique faciles à pointer vers l'immeuble sacré...

    Pour fêter cette «libération», la frontière a été fermée du 1er au 10 septembre dernier, ce qui en dit assez long sur la grande fierté des dirigeants chinois quant à cet exploit. Les Tibétains subissent quotidiennement une humiliation indicible. Sur le terrain de l'ancienne résidence d'été du Dalaï lama, on a aménagé un zoo (vous avez bien lu : un jardin zoologique!). Dans la ville chinoise, les seuls bâtiments qui reproduisent l'architecture tibétaine traditionnelle sont... les toilettes publiques, lesquelles sont payantes, alors qu'à l'intérieur on découvre un dépassement de l'imagination sans bornes pour ce qui est de l'insalubrité. Quant au processus d'assimilation, déjà bien avancé, il est d'une efficacité redoutable : la première langue à l'école primaire est le mandarin - le tibétain relégué au rang de langue seconde jusqu'au secondaire, où il est interdit. La politique de (dé)natalité a été importée : après le deuxième enfant en ville ou le troisième en campagne : amande de 60 euros (soit plus d'une année du salaire moyen), enfants non inscrits, donc juridiquement inexistants - aucun accès à l'école ni aux emplois. 40% des Tibétains sont aujourd'hui analphabètes.

    Les chanceux qui sont officiellement reconnus ont tous un nom chinois. Si vous voulez travailler pour le gouvernement, vous n'avez plus droit qu'à un seul enfant. Avortement et stérilisations imposées sont légion. Depuis les années 80, les Tibétains ont été autorisés à reconstruire une infime partie des milliers de monastères détruits entre 66 et 76 - les plus importants. Une fois la reconstruction achevée, un prix d'entrée, touché par le gouvernement chinois, est imposé aux visiteurs.

    On y permet une population de 10% du nombre de moines jadis présents, mais attention : aucune pratique bouddhiste, aucun enseignement ne sont tolérés, seulement les chants et récitations de mantras comme spectacles pour touristes. Des fonctionnaires sont présents dans chaque monastère et une autorisation officielle est requise pour la moindre activité. Si bien qu'on n'y trouve que de très jeunes moines qui ont presque tous pour rêve de passer en Inde ou encore au Népal, entreprise d'ailleurs à haut risque puisque ceux qui sont pris connaîtront la prison, la torture et souvent la mort, laquelle survient souvent aussi par le froid, la faim et l'épuisement lors de la tentative de traversée de l'Himalaya. Vous voulez voir par vous-même? Sachez qu'il vous sera interdit d'entrer en contact avec les Tibétains et que vous serez confinés à la capitale, la plupart des régions étant fermées aux touristes. Je pourrais continuer longtemps ainsi, mais j'espère avoir donné un aperçu éloquent de ce que notre éminent premier ministre «admire»... espérant récolter quelque bénéfice économique, alors même que nos emplois disparaissent les uns après les autres pour migrer vers l'Asie et en particulier la Chine, où les conditions misérables de travail qui prévalaient en Europe au XIXe siècle ont cours.

    Enfin, cette précision : je ne cherche pas à stigmatiser les dirigeants chinois, et encore moins leur peuple, dont la grande majorité subit le même type de traitement. L'occupation du Tibet par la Chine ne s'inscrit que trop bien dans l'histoire humaine, et il ne sert à rien d'apposer l'étiquette de méchant à qui que ce soit. Mais exposer des faits réels et tangibles me semble toujours utile. Quant à notre ineffable Jean Charest, il est devenu un grand spécialiste dans l'art de jeter la honte sur le peuple qu'il prétend représenter, mais je lui souhaite quand même une belle carrière en commerce international après les prochaines électons! »

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