Libre opinion: Un cliché déplacé
Micheline Labelle - Directrice, Centre de recherche sur l'immigration, l'ethnicité et la citoyenneté, Université du Québec à Montréal
20 septembre 2005
J'ai trouvé inacceptable, impudente et indigne, la photographie publiée dans Le Devoir du jeudi 15 septembre, accompagnant un texte de Clairandrée Cauchy intitulé «Les musulmans du Québec se sentent discriminés par l'Assemblée nationale» (ce texte n'étant pas en cause).
Dans un livre clé portant sur le thème de la nouvelle islamophobie, Vincent Geisser note que partout en Occident, les médias construisent un idéal type du musulman médiatique, pris systématiquement dans les mêmes postures: «fidèles en prière vus de dos; fesses en l'air; rassemblements compacts menaçants et hurlants; des femmes voilées; un individu barbu illuminé, bouche ouverte et yeux écarquillés» (Geisser, 2003, p. 25).
L'image accompagnant le texte de madame Cauchy s'inscrit dans ce registre. Or les médias n'ont-ils pas un rôle majeur à jouer dans la construction de l'imaginaire et du discours portant sur l'immigration arabe ou musulmane?
Le contexte de l'après-11 septembre a propulsé les questions de la discrimination contre les groupes arabes, musulmans (et les immigrants et réfugiés en général), à l'avant-scène de l'actualité, à cause de l'obsession sécuritaire, des préjugés ancestraux contre le monde arabe et de la multiplication des actes haineux (insultes et attaques physiques) commis contre des personnes appartenant à ces minorités ou leurs institutions (ex. des lieux de culte, des écoles, etc.).
Alimenter la méfiance
Cela s'est également traduit dans plusieurs sondages d'opinion, lesquels révèlent une plus grande méfiance du public interrogé à l'égard des immigrants et des étrangers, surtout musulmans. De nombreuses études et rapports déposés auprès d'observatoires, d'institutions, d'ONG régionaux et internationaux qu'on ne peut ignorer, en font foi (Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, International Helsinki Federation for Human Rights, Coalition internationale pour les libertés civiles, Ligues des droits et libertés, etc.).
Le rapport du Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme aux Nations unies, M. Doudou Diène, sur la situation au Canada (Diène, 2004) signale que, parmi les principales cibles et victimes du racisme au Canada, figurent les musulmans et les Arabes.
Des auteurs soulignent le retour en force des clichés orientalistes sur le péril islamiste, la soumission de la femme musulmane, la décadence des États gouvernés par l'Islam. Des universitaires soutiennent ouvertement que les cultures musulmanes et arabes sont par nature haineuses, violentes et terroristes.
La thèse du «choc des civilisations» participe à la construction d'une dichotomie réductrice entre le monde arabe et l'Occident et légitime ces atteintes aux droits des minorités arabes et musulmanes. Certains secteurs de l'opinion publique évoquent l'«islamisation» des sociétés occidentales. Toutes ces études et tous ces rapports insistent sur la responsabilité cruciale des médias.
N'est-ce pas là une des raisons majeures pour pratiquer la vigilance lorsqu'il est question de choisir l'image destinée à accompagner un texte sur les revendications des musulmans du Québec et sur les débats démocratiques qu'ils réclament quant à la prise en compte de leur place légitime dans l'espace public québécois?
Enfin, ces gens qui sont des ingénieurs, des musiciens, des consommateurs, des partisans du PQ, du Parti libéral, de l'UFP, des bénévoles, des citoyens, ne peut-on les montrer en faisant autre chose qu'en train de prier?
Dans un livre clé portant sur le thème de la nouvelle islamophobie, Vincent Geisser note que partout en Occident, les médias construisent un idéal type du musulman médiatique, pris systématiquement dans les mêmes postures: «fidèles en prière vus de dos; fesses en l'air; rassemblements compacts menaçants et hurlants; des femmes voilées; un individu barbu illuminé, bouche ouverte et yeux écarquillés» (Geisser, 2003, p. 25).
L'image accompagnant le texte de madame Cauchy s'inscrit dans ce registre. Or les médias n'ont-ils pas un rôle majeur à jouer dans la construction de l'imaginaire et du discours portant sur l'immigration arabe ou musulmane?
Le contexte de l'après-11 septembre a propulsé les questions de la discrimination contre les groupes arabes, musulmans (et les immigrants et réfugiés en général), à l'avant-scène de l'actualité, à cause de l'obsession sécuritaire, des préjugés ancestraux contre le monde arabe et de la multiplication des actes haineux (insultes et attaques physiques) commis contre des personnes appartenant à ces minorités ou leurs institutions (ex. des lieux de culte, des écoles, etc.).
Alimenter la méfiance
Cela s'est également traduit dans plusieurs sondages d'opinion, lesquels révèlent une plus grande méfiance du public interrogé à l'égard des immigrants et des étrangers, surtout musulmans. De nombreuses études et rapports déposés auprès d'observatoires, d'institutions, d'ONG régionaux et internationaux qu'on ne peut ignorer, en font foi (Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, International Helsinki Federation for Human Rights, Coalition internationale pour les libertés civiles, Ligues des droits et libertés, etc.).
Le rapport du Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme aux Nations unies, M. Doudou Diène, sur la situation au Canada (Diène, 2004) signale que, parmi les principales cibles et victimes du racisme au Canada, figurent les musulmans et les Arabes.
Des auteurs soulignent le retour en force des clichés orientalistes sur le péril islamiste, la soumission de la femme musulmane, la décadence des États gouvernés par l'Islam. Des universitaires soutiennent ouvertement que les cultures musulmanes et arabes sont par nature haineuses, violentes et terroristes.
La thèse du «choc des civilisations» participe à la construction d'une dichotomie réductrice entre le monde arabe et l'Occident et légitime ces atteintes aux droits des minorités arabes et musulmanes. Certains secteurs de l'opinion publique évoquent l'«islamisation» des sociétés occidentales. Toutes ces études et tous ces rapports insistent sur la responsabilité cruciale des médias.
N'est-ce pas là une des raisons majeures pour pratiquer la vigilance lorsqu'il est question de choisir l'image destinée à accompagner un texte sur les revendications des musulmans du Québec et sur les débats démocratiques qu'ils réclament quant à la prise en compte de leur place légitime dans l'espace public québécois?
Enfin, ces gens qui sont des ingénieurs, des musiciens, des consommateurs, des partisans du PQ, du Parti libéral, de l'UFP, des bénévoles, des citoyens, ne peut-on les montrer en faisant autre chose qu'en train de prier?
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