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Idées géniales

Denise Bombardier   17 septembre 2005 
On croit avoir tout vu. Et pourtant! Cette semaine, c'est au tour de la Fédération des éducateurs physiques du Québec de nous surprendre. Compte tenu de la piètre condition physique des élèves québécois de plus en plus sujets à l'obésité, les professeurs d'éducation physique ne trouvent rien de mieux comme solution que d'abolir les périodes d'éducation morale et religieuse à l'école pour les remplacer par des périodes de gymnastique. Il fallait y penser. L'obésité dépend en bonne partie de l'usage immodéré que les parents et grands-parents ont fait de la sainte communion. À manger trop d'hosties, on grossit sans bon sens...

Cette proposition dont on sait dans le contexte actuel qu'elle ne reçoit pas heureusement l'approbation des instances scolaires, illustre cependant l'état d'esprit qui prévaut face à l'enseignement moral mais surtout à la morale elle-même. En entendant le mot, plusieurs haussent les épaules et d'autres sont prêts à tirer à vue. Pour ces enseignants qui prônent la santé du corps (et on ne va pas les contredire), la santé de ce que l'on désigne maintenant avec des guillemets révélateurs de l'époque, «l'âme» deviendrait inutile ou accessoire. D'autant plus que la Fédération propose d'inclure, si nécessaire, cette éducation morale à l'intérieur des périodes de français ou d'anglais, des matières dont on comprend qu'elles ont le dos large. Devant pareille trouvaille, l'on reste bouche bée et encore une fois, l'on se dit que la vertu est l'ennemi du bien.

Ceux qui côtoient les jeunes savent combien leur désarroi est grand devant l'étalage quotidien des malheurs, misères et sordidités dont ils sont bombardés par les médias dont ils sont de si grands consommateurs. Il y a de quoi s'empiffrer de junk food quand on entend discourir sur les abus de tous genres de gens sans pudeur et sans retenue. La métaphore est là. Bouffer des nourritures régressives et s'écraser devant les écrans pour ne plus avoir à bouger, c'est-à-dire à circuler dans ce monde de fous et de tordus que nous propose l'univers médiatique.

À quoi sert l'effort physique s'il ne s'accompagne pas d'un effort moral? À quoi rime le dépassement du corps s'il exclut le dépassement spirituel? Ce lien, apparemment, ces éducateurs physiques ne le considèrent pas comme une évidence. Mais à quoi donc sert l'éducation alors? Quel que soit le champ de spécialisation, l'éducateur ne devrait-il pas posséder une vision plus globale de l'enfant ou du jeune à guider? Est-ce trop exiger des enseignants? Est-ce trop idéaliser ce métier dont la noblesse et la grandeur expliquent son importance fondamentale dans toute société civilisée? Le métier d'enseigner devrait être réservé à des hommes et à des femmes d'exception, c'est-à-dire à des gens qui ne saucissonnent pas les besoins de l'enfant en fonction de leur champ de spécialisation spécifique.

Les préjugés ont la vie dure. Ces éducateurs physiques qui croient que l'éducation morale est un luxe inutile estiment donc aussi que l'enseignement du français est un fourre-tout. Apprendre à structurer la langue, par la grammaire et la syntaxe, ce qui, soit dit en passant, est l'oeuvre d'une vie, peut à leurs yeux se compresser dans un temps restreint et permettre ainsi d'introduire d'autres matières. Dans cette optique, pourquoi ne pas enseigner l'histoire et la géographie dans les cours de français ou d'anglais?

La société québécoise semble avoir des problèmes avec l'enseignement religieux et moral. La vieille peur de l'ancien temps clérical demeure bien vivante. Et que dire de la phobie, le mot n'est pas trop fort, de la morale dont on répète ad nauseam qu'il est fini le temps où l'on se laissait définir ce qu'étaient le bien et le mal. On préfère la rectitude politique comme si celle-ci n'était pas la substitution laïque de la doctrine religieuse d'antan. D'ailleurs, elle a aussi ses dogmes, ses exclusions, ses mises à l'index, bref ses intolérances.

Nous vivons dans un monde hypocrite où l'on tolère par devant et excommunie par derrière. Et le bon bord a changé de bord. La culture trash qui encense autant les désespérances, les ignominies que les désacralisations systématiques est portée aux nues. Elle départage de nos jours les bons des mauvais, les in des out, les progressistes des conservateurs. Foutaise que tout cela. Les moralisateurs d'aujourd'hui sont des tolérants à la pensée molle, au discours dérisoire, à l'allure déglinguée et à la langue de fond de cours du Plateau Mont-Royal qui a remplacé Outremont comme référent snobinard.

Oui, nous devenons obèses, oui les enfants manquent d'exercice, oui ils ont un impératif besoin de cours d'éducation physique. Mais les enfants manquent aussi de repères pour comprendre la vie, pour y trouver un sens. Ils ont un besoin irrépressible de connaître les allées du bien et du mal, de la justice et de l'injustice. Ils doivent être guidés comme futurs citoyens, car le sens civique n'est rien d'autre qu'une morale pour vivre en société. Comment des groupes d'enseignants peuvent-ils trouver la démarche superfétatoire?

denbombardier@videotron.ca






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