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    Abattoirs du Québec - Une situation peu reluisante à l'égard des animaux

    16 septembre 2005 |Catherine Ferland Blanchet - Ancienne coordonnatrice de campagnes pour l'organisme Réseau Action globale
    Le bref portrait dépeint par Fabien Deglise dans son article intitulé «Mauvaises notes pour plusieurs abattoirs québécois» (Le Devoir, 31 août 2005) dévoile en partie l'univers hostile d'un «animal de boucherie» au Québec. Trop peu diffusée, cette réalité difficile d'accès prouve que leur situation est en effet peu enviable, mais, par chance, nous en sommes de plus en plus conscients. C'est alors qu'il est possible de la changer.

    Il est bien connu que notre province a un dossier assez noir en ce qui concerne la condition de vie de bêtes. D'ailleurs, en 2002, une équipe venue d'Europe a enquêté sur les encans par lesquels transitent chaque année des dizaines de milliers d'animaux, et la conclusion qu'ils en ont tirée a attisé les foudres du Vieux Continent vis-à-vis notre façon de faire.

    Ayant personnellement visité quelques-uns de ces établissements, je peux vous affirmer que ce que j'ai vu ne m'a pas rassurée: les besoins en eau et en nourriture des animaux n'étaient pas comblés et, en plus, aucune ventilation n'était en place pour assurer une bonne qualité de l'air alors qu'il faisait tout près de 30 °C à l'extérieur. Le bilan serait-il différent maintenant? Permettez-moi d'en douter.

    Aucun progrès en vue

    Malgré tous les signes de protestation, le gouvernement du Québec ne paraît pourtant pas progresser dans ce dossier. À ce jour, aucune loi n'a été promulguée pour protéger ces êtres vivants qui, ne l'oublions pas, peuvent également souffrir. Quelques modifications ont été apportées à la Loi sur la protection sanitaire des animaux afin de mieux protéger nos chats et nos chiens, mais il y est toujours précisé, dans la section portant sur leur sécurité et leur bien-être, que «malgré les dispositions de la présente section, demeurent permises, sur les animaux: les activités d'agriculture, d'enseignement ou de recherche scientifique pourvu qu'elles soient pratiquées selon les règles généralement reconnues».

    Au Canada, le gouvernement a érigé certains codes de pratiques recommandées, mais leur application repose entièrement sur la bonne volonté de l'éleveur. Alors, quelles sont ces «règles généralement reconnues» dont nous parle la loi? Nul ne le sait... À chacun sa propre interprétation.

    Au niveau fédéral, le Règlement sur la santé animale, contenu dans la loi du même nom, impose une marche à suivre, notamment durant le transport. Cependant, aucune quantité d'eau ou de nourriture précise n'est à respecter, l'espace convenable pour chaque animal n'est pas déterminé et le vocabulaire employé laisse une grande marge de manoeuvre au contrevenant. Des termes comme «suffisant» ou «adéquat» n'expliquent en rien les dispositions à prendre pour s'assurer que les besoins réels de l'espèce qu'il transporte seront satisfaits. Le nombre maximal d'heures pendant lesquelles ces animaux peuvent être enfermés varie entre 36 et 52 heures, mais on n'y fait mention d'aucune escale. Des conditions plutôt souples!

    Selon le dossier qu'a obtenu M. Deglise par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), le bien-être des animaux n'est pas une priorité au sein des abattoirs québécois. Si les inspecteurs ont pu observer de telles pratiques, que doit être la situation lorsqu'ils n'y sont pas?

    Les pressions de l'industrie

    Néanmoins, est-ce là une solution viable que de légiférer sur la manière dont l'industrie traite et exploite les animaux? La pression qu'exerce son puissant lobby sur les élus résulte en la promotion de lois bien peu efficaces, que ce soit à l'égard du bien-être animal ou de l'environnement.

    Exemple frappant: il y a un peu plus de deux ans avait lieu la consultation du BAPE sur le développement durable de la production porcine. Plus de 400 mémoires ont été déposés et les recommandations émises par les commissaires demeurent sans équivoque: le système actuel doit progresser et prendre en compte les conséquences regrettables tant sur les écosystèmes aquatiques et terrestres que sur la vie des citoyens avoisinant les fermes.

    Étonnamment, dès décembre prochain, le moratoire sur l'installation de nouvelles productions porcines sera levé, et ce, même dans les régions saturées. Une fois de plus, l'assouplissement d'une réglementation s'effectue au détriment de l'environnement et de la population. Comme le fait valoir l'Union paysanne dans un communiqué, «il est honteux que les recommandations du BAPE soient jetées à la poubelle après un an de travail et 400 mémoires. [...] L'Union paysanne et l'Union citoyenne paysanne (organismes affiliés) déposent donc leurs mémoires et accusent le gouvernement d'abandonner les populations rurales aux intérêts de l'industrie porcine, au mépris des mécanismes démocratiques comme le BAPE, et [de provoquer] ainsi un grave bris de confiance auprès des citoyens».

    Consommation responsable

    Que nous faut-il faire si même les manifestations pacifiques, l'appui majoritaire de la population et la rédaction de travaux scientifiques ne suffisent plus pour convaincre notre gouvernement? Peut-être en sommes-nous finalement rendus à la consommation responsable, au vote par le biais des produits achetés et ingérés quotidiennement...

    Puisque le profit est au centre des préoccupations, n'est-il pas illusoire de rêver d'établissements où les animaux pourraient exprimer leurs comportements naturels dans un environnement sain où ils ne seraient jamais maltraités? Les coûts associés à un tel développement se révéleraient exacerbés. Le consommateur est-il prêt à débourser beaucoup plus pour un simple morceau de viande alors que, sur la tablette du dessus, de délicieux produits à base de soja et de tofu l'attendent?

    Peter Singer, philosophe australien et auteur du très populaire bouquin Animal Liberation, l'a souligné il y a quelques années déjà: «Ce que nous devons faire, c'est intégrer les animaux non humains dans notre sphère de préoccupations morales et cesser de voir en leurs vies des articles de consommation que nous serions fondés à sacrifier pour tout motif, aussi futile soit-il.»

    La société est appelée à changer, et un régime alimentaire végétarien, en plus d'aider à enrayer une cruauté répandue et injustifiable, favorisera une meilleure protection de notre environnement et contribuera à une vie plus paisible pour tous les citoyens. «Manger, c'est voter trois fois par jour!»












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