Pourquoi ce livre ?
Bernard Descôteaux
14 septembre 2005
Petit, vain, fat, orgueilleux, mesquin, hargneux, voilà l'image que l'auteur Peter C. Newman voudrait que l'on retienne de Brian Mulroney pendant son passage au poste de premier ministre du Canada. Le livre qu'il vient de publier sous le titre The Secret Mulroney Tapes additionne les défauts comme s'il les avait tous. La manoeuvre est d'autant plus injuste qu'au Canada anglais, où on aime détester l'ancien politicien, on applaudit volontiers.
Le livre nous rappelle le film À hauteur d'homme consacré à Bernard Landry. Un peu comme l'ancien leader péquiste qui avait accepté de laisser la caméra de Jean-Claude Labrecque le suivre sans restriction aucune pendant toute la campagne électorale d'avril 2003, Brian Mulroney avait accepté de se confier sans réserves à Peter C. Newman au cours des années durant lesquelles il dirigeait le Parti conservateur. L'écrivain a conservé des heures et des heures d'enregistrement de conversations dont il a retenu les extraits les plus croustillants pour son livre. L'ancien chef conservateur se retrouve aujourd'hui complètement nu.
Des défauts, Brian Mulroney en avait plusieurs. Comme tous les politiciens, il a pris soin de présenter au public une image irréprochable, peaufinée par des conseillers en communications avertis. Toutefois, il n'a jamais caché son côté sanguin et primesautier que ses origines irlandaises excusaient un peu trop aisément. La vie politique étant ce qu'elle est, il n'est pas de politicien qui en privé ne se défoule pas dans les moments de tension. Jean Chrétien le faisait même publiquement. Rappelons-nous la fois où il prit à la gorge l'activiste social Bill Clenett.
Que l'ancien chef conservateur ait dit les pires méchancetés qui se puissent imaginer sur Lucien Bouchard ou sur Clyde Wells ne surprendra personne. Ce que le livre nous révèle est tout simplement le mot à mot de ses colères, qui ne sont pas pour des oreilles tendres.
Un autre des défauts de M. Mulroney, bien connu de ses proches, est son trop grand ego qui lui fait croire qu'il aura été le plus grand premier ministre de l'histoire canadienne, immédiatement après Sir John A. MacDonald. L'auteur du livre fait ressortir l'amertume qu'il ressent devant le manque de reconnaissance de ses concitoyens qui, après l'avoir élu à deux reprises avec des majorités record, lui ont nié toute estime, du moins en ce qui a trait au Canada anglais.
Tout cela, ce sont bien sûr les défauts des qualités de ce politicien dont le moins est de reconnaître qu'il ne manquait pas de courage, ni d'audace comme en témoigne l'accord de libre-échange négocié avec les États-Unis et sa tentative de réintégration du Québec dans la constitution. L'élite politique libérale, dominante au Canada anglais, ne lui a jamais pardonné ces politiques et lui a livré une guerre sans merci. Une guerre perdue de façon humiliante alors que refaisaient surface à la fin de son régime des scandales de toutes sortes.
Pourquoi ce livre paraît-il au moment où l'image de l'ancien premier ministre commençait tout juste à se rétablir? L'auteur fera valoir qu'il ne pouvait priver les historiens d'informations qui nous montrent «vraiment comment il est». On peut douter que des informations d'ordre aussi anecdotiques leur seront d'une grande utilité. L'intérêt de ce livre est beaucoup plus immédiat et a trait bien davantage à la prochaine campagne électorale qu'à l'histoire.
Pour l'élite politique libérale, il n'est pas inutile de ressortir à ce moment-ci le spectre de Brian Mulroney. D'abord pour rappeler les scandales conservateurs au moment où le rapport Gomery remettra à l'ordre du jour les scandales libéraux. Puis pour souligner qu'à leur manière les conservateurs de Stephen Harper sont aussi les tenants d'un rapprochement avec les États-Unis et d'un fédéralisme asymétrique et que leur élection peut conduire à un dangereux retour en arrière. Quels que soient les motifs qui animaient Peter C. Newman, ses amis libéraux trouveront que son livre arrive à point nommé.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Le livre nous rappelle le film À hauteur d'homme consacré à Bernard Landry. Un peu comme l'ancien leader péquiste qui avait accepté de laisser la caméra de Jean-Claude Labrecque le suivre sans restriction aucune pendant toute la campagne électorale d'avril 2003, Brian Mulroney avait accepté de se confier sans réserves à Peter C. Newman au cours des années durant lesquelles il dirigeait le Parti conservateur. L'écrivain a conservé des heures et des heures d'enregistrement de conversations dont il a retenu les extraits les plus croustillants pour son livre. L'ancien chef conservateur se retrouve aujourd'hui complètement nu.
Des défauts, Brian Mulroney en avait plusieurs. Comme tous les politiciens, il a pris soin de présenter au public une image irréprochable, peaufinée par des conseillers en communications avertis. Toutefois, il n'a jamais caché son côté sanguin et primesautier que ses origines irlandaises excusaient un peu trop aisément. La vie politique étant ce qu'elle est, il n'est pas de politicien qui en privé ne se défoule pas dans les moments de tension. Jean Chrétien le faisait même publiquement. Rappelons-nous la fois où il prit à la gorge l'activiste social Bill Clenett.
Que l'ancien chef conservateur ait dit les pires méchancetés qui se puissent imaginer sur Lucien Bouchard ou sur Clyde Wells ne surprendra personne. Ce que le livre nous révèle est tout simplement le mot à mot de ses colères, qui ne sont pas pour des oreilles tendres.
Un autre des défauts de M. Mulroney, bien connu de ses proches, est son trop grand ego qui lui fait croire qu'il aura été le plus grand premier ministre de l'histoire canadienne, immédiatement après Sir John A. MacDonald. L'auteur du livre fait ressortir l'amertume qu'il ressent devant le manque de reconnaissance de ses concitoyens qui, après l'avoir élu à deux reprises avec des majorités record, lui ont nié toute estime, du moins en ce qui a trait au Canada anglais.
Tout cela, ce sont bien sûr les défauts des qualités de ce politicien dont le moins est de reconnaître qu'il ne manquait pas de courage, ni d'audace comme en témoigne l'accord de libre-échange négocié avec les États-Unis et sa tentative de réintégration du Québec dans la constitution. L'élite politique libérale, dominante au Canada anglais, ne lui a jamais pardonné ces politiques et lui a livré une guerre sans merci. Une guerre perdue de façon humiliante alors que refaisaient surface à la fin de son régime des scandales de toutes sortes.
Pourquoi ce livre paraît-il au moment où l'image de l'ancien premier ministre commençait tout juste à se rétablir? L'auteur fera valoir qu'il ne pouvait priver les historiens d'informations qui nous montrent «vraiment comment il est». On peut douter que des informations d'ordre aussi anecdotiques leur seront d'une grande utilité. L'intérêt de ce livre est beaucoup plus immédiat et a trait bien davantage à la prochaine campagne électorale qu'à l'histoire.
Pour l'élite politique libérale, il n'est pas inutile de ressortir à ce moment-ci le spectre de Brian Mulroney. D'abord pour rappeler les scandales conservateurs au moment où le rapport Gomery remettra à l'ordre du jour les scandales libéraux. Puis pour souligner qu'à leur manière les conservateurs de Stephen Harper sont aussi les tenants d'un rapprochement avec les États-Unis et d'un fédéralisme asymétrique et que leur élection peut conduire à un dangereux retour en arrière. Quels que soient les motifs qui animaient Peter C. Newman, ses amis libéraux trouveront que son livre arrive à point nommé.
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