Élections: Gomery brouille les cartes
L'opposition pourra-t-elle patienter jusqu'au printemps?
Alec Castonguay
13 septembre 2005
Ottawa — Les Canadiens n'iront pas aux urnes cet hiver comme prévu, mais vraisemblablement au printemps prochain, puisque le dernier rapport du juge Gomery sur le scandale des commandites, qui doit lancer le compte à rebours de 30 jours avant le déclenchement des élections, sera remis seulement le 1er février 2006. Un délai qui chambarde les stratégies électorales à Ottawa et qui relance les hypothèses d'élections précipitées, puisque le Parti conservateur jongle maintenant avec l'idée de défaire le gouvernement Martin dès cet automne.
La commission Gomery a confirmé hier que le juge ne serait pas en mesure de rendre public son rapport final le 15 décembre prochain, tel que prévu. «La commission entend pleinement respecter la date butoir du 1er novembre 2005 pour le dépôt du rapport d'enquête», a expliqué hier Sheila-Marie Cook, directrice générale et secrétaire de la commission qui enquête sur le scandale des commandites.
«En revanche, comme la participation aux consultations publiques annoncées par le juge Gomery en août a dépassé toutes nos attentes, la date prévue pour le parachèvement du rapport sur les recommandations sera modifiée, a-t-elle dit par voie de communiqué. La commission demeure persuadée que le rapport sera rédigé d'ici au 15 décembre, mais elle n'a d'autre choix que de revoir son échéancier de production. Ce dernier, qui porte sur la traduction, le travail éditorial et l'impression, devrait exiger six semaines environ, soit un délai tout à fait normal.» Le rapport est donc maintenant attendu le 1er février 2006.
Ce nouveau délai provoque donc un écart de quatre mois entre le premier rapport Gomery, qui doit décortiquer la genèse du scandale, et le déclenchement des élections. Une situation qui dérange fortement le Parti conservateur, qui pourrait retourner rapidement sur le sentier de la guerre. «Le Parti libéral cherche depuis longtemps l'occasion d'avoir une longue pause entre les deux rapports pour pouvoir préparer la contre-attaque, a soutenu au Devoir le chef-adjoint du PC, Peter MacKay. Mais pour nous, après le premier rapport, ce sera le temps de regarder avec les autres partis politiques s'il faut défaire le gouvernement. Nous sommes prêts pour ça. Nous avons l'argent, les candidats et ça fait certainement partie de nos préférences.»
Les conservateurs attendent donc impatiemment de voir ce que contient ce premier rapport Gomery. «Il faut attendre de voir avant de décider si le gouvernement doit tomber, mais c'est le premier rapport qui est le plus utile pour les électeurs, car ce sont les faits, ajoute Peter MacKay. La responsabilité est là, c'est le plus important. Et je ne pense pas que le juge va exonérer les libéraux. C'est impossible que ça ne touche pas le Parti libéral.»
De leur côté, le Bloc québécois et le NPD refusent de s'avancer, même si la possibilité de déclencher des élections hâtives n'est pas écartée. «C'est quelque chose de possible, car on est prêts, a soutenu au Devoir le whip du parti, Michel Guimond. On ne sait jamais. Mais on ne peut pas faire un lien direct entre la stratégie électorale et le délai du rapport, parce qu'on ne calcule pas les choses comme ça. En mai dernier, on a tenté de défaire le gouvernement, et le calendrier du juge Gomery n'avait rien à voir. Ce sera du cas par cas.»
Le chef du NPD, Jack Layton, estime quant à lui qu'un report de six semaines ne change pas fondamentalement la donne politique. «Le rapport le plus important, c'est le premier avec les faits, a-t-il dit hier, lorsqu'on l'a joint à Toronto. Les gens ne vont pas oublier ce que le juge va dire, même pendant quatre mois. Ce scandale est insultant pour les citoyens.»
Au bureau du premier ministre Paul Martin, on est bien conscient d'un possible retour hâtif aux hostilités dès le 1er novembre. «On ne veut absolument pas organiser notre propre défaite, soutient Marc Roy, porte-parole de Paul Martin. On espère que le Parti conservateur et le Bloc québécois vont s'engager à respecter le travail du juge Gomery et ne voudront pas déclencher des élections précoces.»
Un budget préélectoral en vue?
Dans les hautes sphères du gouvernement, le plan d'action n'a donc pas changé: la promesse de déclencher des élections 30 jours après le dépôt du dernier rapport Gomery tient toujours. «Le premier ministre Martin n'a jamais fixé de date précise, c'est encore 30 jours après le rapport», a affirmé Marc Roy.
C'est donc dire que si le gouvernement survit à l'automne et que l'échéancier promis par Paul Martin se concrétise, le pays serait en campagne électorale au début du mois de mars, avec un scrutin vers la fin de ce même mois ou au début avril. Et d'ici là, ce sera business as usual à Ottawa, soutient Marc Roy.
Les députés seront donc rappelés au Parlement après la période des fêtes comme prévu, soit vers la fin du mois de janvier. Il est aussi fort probable que le gouvernement Martin aura alors le temps, au milieu du mois de février, de déposer un budget fédéral. Cette éventualité ajoute une embûche de taille sur le chemin électoral des partis d'opposition et procure au contraire des munitions aux libéraux de Paul Martin.
«Ça va donner l'occasion à Paul Martin de donner beaucoup de bonbons aux gens dans un budget fédéral rempli de bonnes nouvelles, soutient le chef adjoint conservateur Peter MacKay. Ils vont tenter d'acheter des votes, c'est sûr. D'ailleurs, les six prochains mois seront consacrés à ça pour le Parti libéral. Ce sera une période très crasse de politique partisane de la part du gouvernement.»
Même son de cloche au Bloc québécois. «On pourra juger en voyant le budget, mais c'est très probable que ce sera un budget électoraliste, affirme Michel Guimond. Paul Martin a quand même dépensé un milliard de dollars par jour pendant 25 jours au printemps dernier. Quand on a peur de perdre, on peut faire bien des choses.»
Un juge indépendant
Hier, tous les partis politiques fédéraux s'entendaient pour dire que le délai imposé par le juge Gomery était tout à fait légitime. «Le juge est maître de la procédure, il a notre entière confiance», a souligné Michel Guimond.
Le porte-parole de la commission, François Perreault, a expliqué que le délai de six semaines était dû uniquement à la charge de travail plus élevée que prévu. «On a entendu des témoins pendant deux semaines de plus à Ottawa et cinq semaines de plus à Montréal, dit-il. Le juge a donc commencé les consultations publiques pour rédiger le dernier rapport beaucoup plus tard. Et on a reçu énormément de suggestions du public.» En effet, en trois semaines, près de 4000 personnes ont pris contact avec la commission, dont un tiers venait du Québec.
Selon François Perreault, aucune considération politique n'est entrée en ligne de compte. «Le juge a bien démontré depuis le début que, peu importe la force du tapage politique autour de la commission, il n'y portait pas attention», dit-il.
La commission Gomery a confirmé hier que le juge ne serait pas en mesure de rendre public son rapport final le 15 décembre prochain, tel que prévu. «La commission entend pleinement respecter la date butoir du 1er novembre 2005 pour le dépôt du rapport d'enquête», a expliqué hier Sheila-Marie Cook, directrice générale et secrétaire de la commission qui enquête sur le scandale des commandites.
«En revanche, comme la participation aux consultations publiques annoncées par le juge Gomery en août a dépassé toutes nos attentes, la date prévue pour le parachèvement du rapport sur les recommandations sera modifiée, a-t-elle dit par voie de communiqué. La commission demeure persuadée que le rapport sera rédigé d'ici au 15 décembre, mais elle n'a d'autre choix que de revoir son échéancier de production. Ce dernier, qui porte sur la traduction, le travail éditorial et l'impression, devrait exiger six semaines environ, soit un délai tout à fait normal.» Le rapport est donc maintenant attendu le 1er février 2006.
Ce nouveau délai provoque donc un écart de quatre mois entre le premier rapport Gomery, qui doit décortiquer la genèse du scandale, et le déclenchement des élections. Une situation qui dérange fortement le Parti conservateur, qui pourrait retourner rapidement sur le sentier de la guerre. «Le Parti libéral cherche depuis longtemps l'occasion d'avoir une longue pause entre les deux rapports pour pouvoir préparer la contre-attaque, a soutenu au Devoir le chef-adjoint du PC, Peter MacKay. Mais pour nous, après le premier rapport, ce sera le temps de regarder avec les autres partis politiques s'il faut défaire le gouvernement. Nous sommes prêts pour ça. Nous avons l'argent, les candidats et ça fait certainement partie de nos préférences.»
Les conservateurs attendent donc impatiemment de voir ce que contient ce premier rapport Gomery. «Il faut attendre de voir avant de décider si le gouvernement doit tomber, mais c'est le premier rapport qui est le plus utile pour les électeurs, car ce sont les faits, ajoute Peter MacKay. La responsabilité est là, c'est le plus important. Et je ne pense pas que le juge va exonérer les libéraux. C'est impossible que ça ne touche pas le Parti libéral.»
De leur côté, le Bloc québécois et le NPD refusent de s'avancer, même si la possibilité de déclencher des élections hâtives n'est pas écartée. «C'est quelque chose de possible, car on est prêts, a soutenu au Devoir le whip du parti, Michel Guimond. On ne sait jamais. Mais on ne peut pas faire un lien direct entre la stratégie électorale et le délai du rapport, parce qu'on ne calcule pas les choses comme ça. En mai dernier, on a tenté de défaire le gouvernement, et le calendrier du juge Gomery n'avait rien à voir. Ce sera du cas par cas.»
Le chef du NPD, Jack Layton, estime quant à lui qu'un report de six semaines ne change pas fondamentalement la donne politique. «Le rapport le plus important, c'est le premier avec les faits, a-t-il dit hier, lorsqu'on l'a joint à Toronto. Les gens ne vont pas oublier ce que le juge va dire, même pendant quatre mois. Ce scandale est insultant pour les citoyens.»
Au bureau du premier ministre Paul Martin, on est bien conscient d'un possible retour hâtif aux hostilités dès le 1er novembre. «On ne veut absolument pas organiser notre propre défaite, soutient Marc Roy, porte-parole de Paul Martin. On espère que le Parti conservateur et le Bloc québécois vont s'engager à respecter le travail du juge Gomery et ne voudront pas déclencher des élections précoces.»
Un budget préélectoral en vue?
Dans les hautes sphères du gouvernement, le plan d'action n'a donc pas changé: la promesse de déclencher des élections 30 jours après le dépôt du dernier rapport Gomery tient toujours. «Le premier ministre Martin n'a jamais fixé de date précise, c'est encore 30 jours après le rapport», a affirmé Marc Roy.
C'est donc dire que si le gouvernement survit à l'automne et que l'échéancier promis par Paul Martin se concrétise, le pays serait en campagne électorale au début du mois de mars, avec un scrutin vers la fin de ce même mois ou au début avril. Et d'ici là, ce sera business as usual à Ottawa, soutient Marc Roy.
Les députés seront donc rappelés au Parlement après la période des fêtes comme prévu, soit vers la fin du mois de janvier. Il est aussi fort probable que le gouvernement Martin aura alors le temps, au milieu du mois de février, de déposer un budget fédéral. Cette éventualité ajoute une embûche de taille sur le chemin électoral des partis d'opposition et procure au contraire des munitions aux libéraux de Paul Martin.
«Ça va donner l'occasion à Paul Martin de donner beaucoup de bonbons aux gens dans un budget fédéral rempli de bonnes nouvelles, soutient le chef adjoint conservateur Peter MacKay. Ils vont tenter d'acheter des votes, c'est sûr. D'ailleurs, les six prochains mois seront consacrés à ça pour le Parti libéral. Ce sera une période très crasse de politique partisane de la part du gouvernement.»
Même son de cloche au Bloc québécois. «On pourra juger en voyant le budget, mais c'est très probable que ce sera un budget électoraliste, affirme Michel Guimond. Paul Martin a quand même dépensé un milliard de dollars par jour pendant 25 jours au printemps dernier. Quand on a peur de perdre, on peut faire bien des choses.»
Un juge indépendant
Hier, tous les partis politiques fédéraux s'entendaient pour dire que le délai imposé par le juge Gomery était tout à fait légitime. «Le juge est maître de la procédure, il a notre entière confiance», a souligné Michel Guimond.
Le porte-parole de la commission, François Perreault, a expliqué que le délai de six semaines était dû uniquement à la charge de travail plus élevée que prévu. «On a entendu des témoins pendant deux semaines de plus à Ottawa et cinq semaines de plus à Montréal, dit-il. Le juge a donc commencé les consultations publiques pour rédiger le dernier rapport beaucoup plus tard. Et on a reçu énormément de suggestions du public.» En effet, en trois semaines, près de 4000 personnes ont pris contact avec la commission, dont un tiers venait du Québec.
Selon François Perreault, aucune considération politique n'est entrée en ligne de compte. «Le juge a bien démontré depuis le début que, peu importe la force du tapage politique autour de la commission, il n'y portait pas attention», dit-il.
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