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Perspectives: Lente agonie du FFM

Odile Tremblay   6 septembre 2005 
Le Festival des films du monde s'est clôturé hier soir après dix jours de morosité. Son volet compétitif était le plus faible des quatre dernières années, avec cinq ou six films en émergence et plusieurs demi-valeurs ou francs ratages. Mais au-delà d'une cuvée cinématographique sans grand éclat, cette 29e édition restera dans les esprits comme une année de débandade. Ne comptez pas sur le capitaine du FFM pour abandonner son navire pour autant. Les dates de sa 30e édition — du 25 août au 4 septembre 2006 — sont annoncées. Et pan sur le nez des institutions!

Après avoir perdu son financement gouvernemental et l'appui de la majorité des distributeurs québécois, le FFM aura vu fondre cette fois son auditoire. Le public avait maigri du tiers environ par rapport aux années précédentes. Le Marché du film s'était encore anémié de son côté. Faute de subventions, le manque de sous-titres français pour les oeuvres en compétition, ou pas, irritait les festivaliers, laissant les unilingues en panne de sens.

Bien des visiteurs importants n'ont pu ou voulu venir à Montréal rencontrer le public et la presse. Il règne une telle confusion dans cette crise de festivals que plusieurs cinéastes refusent de se compromettre dans l'une ou l'autre manifestation, attendant que Montréal fasse le ménage dans sa cour.

Rappelons que le premier Festival international de films de Montréal (FIFM), appuyé par les institutions aux dépens du FFM, se tiendra du 18 au 25 septembre. Le Festival du nouveau cinéma (FNC) roulera de son côté du 13 au 23 octobre. Trois rendez-vous de films se suivent en file indienne au centre-ville de Montréal au grand dam de tous. Le FNC a refusé de s'associer au FIFM. Le FFM ne veut pas mourir. C'est l'impasse.

Désormais orphelin de fonds publics, le FFM a perdu, avec une partie de son public, des recettes de billetterie. Serge Losique a eu beau cette année éponger les fuites avec son propre argent — rare et digne initiative dans une industrie qui protège ses arrières —, il ne pourra tenir longtemps sans voir surgir le spectre de la faillite. L'orgueil et l'entêtement de l'homme forcent l'admiration, mais la question demeure béante: le FFM garde-t-il sa raison d'être sur un échiquier montréalais encombré, alors qu'il ne peut plus offrir la marchandise au public, côté sélection, sous-titres et visiteurs de marque? Poser la question, c'est y répondre.

Sans les membres du jury (Theo Angelopoulos, Anna Karina, Amira Casar, etc.) et sans la présence de l'actrice de Hong Kong Maggie Cheung à qui le festival a rendu hommage (mais elle se croyait invitée par le concurrent!), on n'aurait guère eu de grands noms à se mettre sous la dent.

Que les deux tiers de sa clientèle aient répondu à l'appel du FFM constitue une sorte d'exploit dans le contexte actuel. Avec les années, ce festival avait su offrir des avantages à son public: cartes d'accès permettant de sauter d'un film à l'autre, carnets de billets économiques, liens avec les communautés culturelles invitées à voir leurs films nationaux, etc. Le nouveau FIFM, qui démarre dans deux semaines, aura intérêt à ajuster ses flûtes en 2006. Cette année, le public se plaint d'être moins choyé chez lui qu'au FFM, malgré les carences de ce dernier.

Qu'il parvienne ou pas à tenir son festival en 2006, Serge Losique en annonçant les dates de sa prochaine édition, bloque l'accès au concurrent FIFM, désireux de déplacer son prochain rendez-vous en été. Le guerre des festivals n'est pas près de finir. D'autant moins qu'une partie de bras de fer se joue devant les tribunaux. Téléfilm avait-il le droit légal de couper les vivres au FFM? La cause est pendante, et la balance de la justice peut pencher d'un côté comme de l'autre. Si jamais Serge Losique gagne ses procès contre Téléfilm et le FIFM, on n'ose imaginer le chaos qui s'ensuivra.

Les directeurs du Festival des films du monde sont amers. Leur mise au rancart s'est jouée avec inélégance. S'ils peuvent rester sur pied, ils le feront contre vents et marées. Mais l'avenir de leur rendez-vous est aussi entre les mains des commanditaires. Le renouvellement du contrat de trois ans du FFM avec Air Canada tombe cette année. Si ce transporteur aérien refuse de s'associer de nouveau avec cette manifestation en perte de vitesse, le Festival des films du monde sera sabordé. Sans billets de faveur pour véhiculer ses invités, on l'imagine mal poursuivre sa route. Quoi qu'il en soit, il est certain que Serge Losique persistera à bloquer ses dates de 2006 pour empêcher le concurrent de s'y glisser.

Sur la scène internationale, Montréal, avec ses trois festivals en tête à queue constitue la risée du milieu cinématographique. Le rendez-vous de Toronto n'avait pas besoin de nos problèmes pour asseoir ses triomphes, mais plus on s'enlise ici, plus il gagne en prestige et en programmation solide.

Le FIFM, qui désire des primeurs, rejette de bons films lancés à Venise ou à Toronto. Ceux-ci atterriront alors dans la cour du Festival du nouveau cinéma à l'automne, qui, se fichant des primeurs, affiche la meilleure programmation des trois rendez-vous. Mais le public ne sera-t-il pas lassé, rendu là?

Montréal ne peut se permettre d'être ainsi divisé. Les institutions auraient dû à tout le moins permettre à la nouvelle créature du FIFM d'attendre l'an prochain pour se lancer dans l'arène. Mais il est possible que la crise des trois festivals se poursuive en 2006. La métropole québécoise a déjà perdu sa crédibilité à l'étranger, si le ménage ne se fait pas cette année, elle ne remontera pas la côte avant des lustres. Il faudrait que les instances politiques s'en mêlent, mais comment réconcilier les pugilistes? Le cinéma comme le public sont les otages de ces guerres, et la lente agonie du FFM ses premiers purulents symptômes. À l'aide!






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