Lettres: Prendre la défense du livre
Le livre est-il désuet, un outil dépassé, comme nos vieilles machines à écrire d'il y a vingt ans?
Daniel Paquet (dans un article publié le 29 août dernier), au milieu de considérations intéressantes, fait un curieux mélange de choses. Au lieu de dire que les livres de l'avenir seront pour la plupart électroniques, publiés directement sur Internet, ce qui donnera un répit salutaire au peu de forêts qui restent sur la planète, il s'attaque au livre lui-même, qu'il accuse essentiellement de mettre la pensée dans l'ornière de la «linéarité».
Il est vrai que la lecture est linéaire, comme le temps qu'on lui consacre d'ailleurs. Elle suit les mots, les phrases, les pages, etc. Mais le lecteur, contrairement à ce qu'affirme M. Paquet, n'est pas seul avec sa mémoire. Il a une intelligence et elle fait des liens, va dans toutes les directions, par devant et derrière, par en haut et en bas, par-dessus et par-dessous. Avec ou sans ordinateur devant lui.
Et puis ce lecteur ne lit pas que pour acquérir de l'information, la stocker dans sa mémoire, comme on met des livres sur les rayons d'une bibliothèque. Il lit pour explorer un petit monde, inventé par un auteur, dans lequel se trouvent toutes sortes de choses, de témoignages, de faits, d'idées, etc. Une véritable mine d'expériences. Le lecteur entre dans ce petit monde, il y fait notamment la rencontre de l'auteur, présent partout en tant qu'architecte, constructeur, décorateur de tout ce qui s'y trouve. Parfois il s'éprend de lui, court chercher tous les livres qu'il a écrits et entre avec ravissement dans son univers mental. Il vit une aventure à nulle autre pareille, dont les fruits ne peuvent absolument pas être inventoriés, même approximativement. Il arrive que sa vie s'en trouve substantiellement changée.
Il y a toutes sortes de livres et toutes sortes de discours, cela va de soi. Ce qu'on met en livre généralement, ce sont des discours de quelque envergure, de quelque complexité, de quelque raffinement. Un éditeur ajoute son nom à celui de l'auteur pour témoigner de la valeur du texte. Cela ne va pas s'arrêter à l'avenir, au contraire! D'ailleurs, un article du cahier littéraire, publié dans Le Devoir il y a un mois ou deux, faisait état de l'explosion des publications de livres aux États-Unis et en France, pour lesquels des chiffres ahurissants étaient donnés: 190 000 pour le premier, 50 000 pour le second. Le livre un «cul-de-sac»? un outil désuet? Allons donc, ce n'est pas sérieux!
Daniel Paquet (dans un article publié le 29 août dernier), au milieu de considérations intéressantes, fait un curieux mélange de choses. Au lieu de dire que les livres de l'avenir seront pour la plupart électroniques, publiés directement sur Internet, ce qui donnera un répit salutaire au peu de forêts qui restent sur la planète, il s'attaque au livre lui-même, qu'il accuse essentiellement de mettre la pensée dans l'ornière de la «linéarité».
Il est vrai que la lecture est linéaire, comme le temps qu'on lui consacre d'ailleurs. Elle suit les mots, les phrases, les pages, etc. Mais le lecteur, contrairement à ce qu'affirme M. Paquet, n'est pas seul avec sa mémoire. Il a une intelligence et elle fait des liens, va dans toutes les directions, par devant et derrière, par en haut et en bas, par-dessus et par-dessous. Avec ou sans ordinateur devant lui.
Et puis ce lecteur ne lit pas que pour acquérir de l'information, la stocker dans sa mémoire, comme on met des livres sur les rayons d'une bibliothèque. Il lit pour explorer un petit monde, inventé par un auteur, dans lequel se trouvent toutes sortes de choses, de témoignages, de faits, d'idées, etc. Une véritable mine d'expériences. Le lecteur entre dans ce petit monde, il y fait notamment la rencontre de l'auteur, présent partout en tant qu'architecte, constructeur, décorateur de tout ce qui s'y trouve. Parfois il s'éprend de lui, court chercher tous les livres qu'il a écrits et entre avec ravissement dans son univers mental. Il vit une aventure à nulle autre pareille, dont les fruits ne peuvent absolument pas être inventoriés, même approximativement. Il arrive que sa vie s'en trouve substantiellement changée.
Il y a toutes sortes de livres et toutes sortes de discours, cela va de soi. Ce qu'on met en livre généralement, ce sont des discours de quelque envergure, de quelque complexité, de quelque raffinement. Un éditeur ajoute son nom à celui de l'auteur pour témoigner de la valeur du texte. Cela ne va pas s'arrêter à l'avenir, au contraire! D'ailleurs, un article du cahier littéraire, publié dans Le Devoir il y a un mois ou deux, faisait état de l'explosion des publications de livres aux États-Unis et en France, pour lesquels des chiffres ahurissants étaient donnés: 190 000 pour le premier, 50 000 pour le second. Le livre un «cul-de-sac»? un outil désuet? Allons donc, ce n'est pas sérieux!
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