Les enfants pauvres, les oubliés de la rentrée
Robert Cadotte - Directeur, Centre de formation sur l'enseignement en milieux défavorisés
6 septembre 2005
L'école vient de recommencer. Pour la plupart des élèves, ce début d'année sera un événement relativement heureux et excitant. Nouveaux vêtements! Nouveau matériel scolaire! Nouveau prof!
À travers ce joyeux brouhaha, les enfants pauvres passeront un peu inaperçus. Ils sont pourtant nombreux au Québec à entrer à l'école avec les oreilles dans le crin, à rebrousse-poil.
Ces enfants pauvres qu'on ne veut pas voir, ce sont eux surtout qui ne termineront pas leur secondaire. C'est à cause d'eux également que certains parents décideront d'envoyer leurs enfants à l'école privée. Pour éviter de les fréquenter... parce qu'ils sont «poches» et rebelles à l'école. Leur progéniture a besoin de fréquentations plus stimulantes sur le plan intellectuel!
Ce sont ces enfants pauvres aussi qui seront refoulés dans des classes spéciales après avoir connu des échecs répétitifs. Après un certain temps, ils seront considérés comme des élèves à risque ou seront affublés d'une cote: 12, 21, 53... Ces cotes si rassurantes pour les intervenants, car elles permettent de classer les élèves dans la catégorie des enfants problèmes.
Bref, le plus souvent, les enfants pauvres sont ceux qui sont considérés comme les malades de l'école. Comme si la pauvreté était une maladie. Ce sont eux, individuellement, qui sont considérés comme les problèmes et non la pauvreté qui a engendré leurs dysfonctions.
Comme leurs parents
Souvent, leurs parents aussi sont vus par la lorgnette médicale. Ils sont des parents problèmes... parce qu'ils ont échoué. À quel examen? À celui de la compétition pour obtenir les emplois disponibles. À celui de ne pas avoir de maison, pas de vêtements chics, pas d'auto rutilante. À celui surtout d'être partis en retard dans la course aux diplômes, parce que leurs propres parents étaient de petits ouvriers également pauvres.
Quand on creuse un peu, on s'aperçoit enfin que les enfants pauvres sont ceux dont les parents vivent 10 ou 12 ans de moins que ceux de Westmount, se suicident trois à quatre fois plus que les privilégiés du West Island; souffrent deux à trois fois plus de tumeurs, de maladies respiratoires ou de maladies circulatoires.
Seule consolation, pour l'immense majorité d'entre eux, ils ne sont pas des Bougon.
Souhait du nouvel an
À l'aube de l'année scolaire qui commence, je me permets de vous soumettre à vous tous chers lecteurs instruits, un petit problème mathématique.
Pour le réussir, vous devez savoir qu'une famille monoparentale avec deux enfants vit de l'aide sociale avec 21 272 $ par année (409 $/semaine) ; une famille de deux adultes et deux enfants vit avec 23 150 $ (445 $/semaine).
Prenez maintenant un crayon et additionnez votre salaire net à celui de votre conjoint-e. Ce total exclut vos REER et vos fonds de pension qui sont pris à même vos salaires bruts. Avec votre revenu familial net, planifiez votre budget pour une semaine. Répartissez toutes les dépenses ponctuelles dans un an, sur une base hebdomadaire. Cela inclut le loyer ou les dépenses relatives à la maison (ne pas oublier l'aménagement paysager), la nourriture, les vêtements, le matériel scolaire, les boissons alcoolisées, l'automobile (ou les transports en commun), les meubles, appareils électroménagers, téléviseur, ordinateur, cédéroms, etc., les repas au restaurant, les livres et journaux, les loisirs (ski, golf, concerts, cinéma, etc.), les voyages, les vacances, les cadeaux, et quelques autres bricoles.
Une fois ce calcul fait, essayez un instant de vous mettre dans la peau d'un parent de famille pauvre (dans 50 % des cas une mère célibataire) et retranchez les dépenses qu'il vous faut couper pour arriver avec son revenu familial.
Quand vous aurez terminé cet exercice, peut-être serez-vous d'accord avec mes trois souhaits de début d'année.
Cette année, avant de coter les enfants, demandons-nous si l'école prend vraiment les bons moyens pour aider les enfants pauvres et leurs parents à sortir de la pauvreté? Dans notre façon de les aborder, ne sommes-nous pas en train de les rendre responsables de ce système qui engendre la pauvreté? Est-ce que nous les équipons pour changer le monde ou bien pour l'accepter tel qu'il est?
En ce qui concerne les parents qui s'apprêtent à choisir l'école privée pour leurs enfants l'an prochain, demandons-nous où en est rendu la solidarité sociale. Est-il acceptable qu'une société riche comme la nôtre continue de tolérer ce Québec coupé en deux? Que sommes-nous prêts à faire comme geste de solidarité à part donner notre vieux linge à la Saint-Vincent-de-Paul?
Quant à nos gouvernements, je me demande parfois s'ils ont le temps de s'occuper de ces «sans voix». Ils ont tellement de gens plus importants à satisfaire. Mais, il ne faut jamais désespérer. C'est ce que ma mère me disait... Après tout, le gouvernement n'a-t-il pas inventé Loto-Québec comme dernier espoir des pauvres?
À travers ce joyeux brouhaha, les enfants pauvres passeront un peu inaperçus. Ils sont pourtant nombreux au Québec à entrer à l'école avec les oreilles dans le crin, à rebrousse-poil.
Ces enfants pauvres qu'on ne veut pas voir, ce sont eux surtout qui ne termineront pas leur secondaire. C'est à cause d'eux également que certains parents décideront d'envoyer leurs enfants à l'école privée. Pour éviter de les fréquenter... parce qu'ils sont «poches» et rebelles à l'école. Leur progéniture a besoin de fréquentations plus stimulantes sur le plan intellectuel!
Ce sont ces enfants pauvres aussi qui seront refoulés dans des classes spéciales après avoir connu des échecs répétitifs. Après un certain temps, ils seront considérés comme des élèves à risque ou seront affublés d'une cote: 12, 21, 53... Ces cotes si rassurantes pour les intervenants, car elles permettent de classer les élèves dans la catégorie des enfants problèmes.
Bref, le plus souvent, les enfants pauvres sont ceux qui sont considérés comme les malades de l'école. Comme si la pauvreté était une maladie. Ce sont eux, individuellement, qui sont considérés comme les problèmes et non la pauvreté qui a engendré leurs dysfonctions.
Comme leurs parents
Souvent, leurs parents aussi sont vus par la lorgnette médicale. Ils sont des parents problèmes... parce qu'ils ont échoué. À quel examen? À celui de la compétition pour obtenir les emplois disponibles. À celui de ne pas avoir de maison, pas de vêtements chics, pas d'auto rutilante. À celui surtout d'être partis en retard dans la course aux diplômes, parce que leurs propres parents étaient de petits ouvriers également pauvres.
Quand on creuse un peu, on s'aperçoit enfin que les enfants pauvres sont ceux dont les parents vivent 10 ou 12 ans de moins que ceux de Westmount, se suicident trois à quatre fois plus que les privilégiés du West Island; souffrent deux à trois fois plus de tumeurs, de maladies respiratoires ou de maladies circulatoires.
Seule consolation, pour l'immense majorité d'entre eux, ils ne sont pas des Bougon.
Souhait du nouvel an
À l'aube de l'année scolaire qui commence, je me permets de vous soumettre à vous tous chers lecteurs instruits, un petit problème mathématique.
Pour le réussir, vous devez savoir qu'une famille monoparentale avec deux enfants vit de l'aide sociale avec 21 272 $ par année (409 $/semaine) ; une famille de deux adultes et deux enfants vit avec 23 150 $ (445 $/semaine).
Prenez maintenant un crayon et additionnez votre salaire net à celui de votre conjoint-e. Ce total exclut vos REER et vos fonds de pension qui sont pris à même vos salaires bruts. Avec votre revenu familial net, planifiez votre budget pour une semaine. Répartissez toutes les dépenses ponctuelles dans un an, sur une base hebdomadaire. Cela inclut le loyer ou les dépenses relatives à la maison (ne pas oublier l'aménagement paysager), la nourriture, les vêtements, le matériel scolaire, les boissons alcoolisées, l'automobile (ou les transports en commun), les meubles, appareils électroménagers, téléviseur, ordinateur, cédéroms, etc., les repas au restaurant, les livres et journaux, les loisirs (ski, golf, concerts, cinéma, etc.), les voyages, les vacances, les cadeaux, et quelques autres bricoles.
Une fois ce calcul fait, essayez un instant de vous mettre dans la peau d'un parent de famille pauvre (dans 50 % des cas une mère célibataire) et retranchez les dépenses qu'il vous faut couper pour arriver avec son revenu familial.
Quand vous aurez terminé cet exercice, peut-être serez-vous d'accord avec mes trois souhaits de début d'année.
Cette année, avant de coter les enfants, demandons-nous si l'école prend vraiment les bons moyens pour aider les enfants pauvres et leurs parents à sortir de la pauvreté? Dans notre façon de les aborder, ne sommes-nous pas en train de les rendre responsables de ce système qui engendre la pauvreté? Est-ce que nous les équipons pour changer le monde ou bien pour l'accepter tel qu'il est?
En ce qui concerne les parents qui s'apprêtent à choisir l'école privée pour leurs enfants l'an prochain, demandons-nous où en est rendu la solidarité sociale. Est-il acceptable qu'une société riche comme la nôtre continue de tolérer ce Québec coupé en deux? Que sommes-nous prêts à faire comme geste de solidarité à part donner notre vieux linge à la Saint-Vincent-de-Paul?
Quant à nos gouvernements, je me demande parfois s'ils ont le temps de s'occuper de ces «sans voix». Ils ont tellement de gens plus importants à satisfaire. Mais, il ne faut jamais désespérer. C'est ce que ma mère me disait... Après tout, le gouvernement n'a-t-il pas inventé Loto-Québec comme dernier espoir des pauvres?
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