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Lettres: Lettre aux moudjahidines

12 septembre 2002 
Chers moudjahidines, il y a un an exactement, lors de ce mardi noir, chevauchant vos éléphants de fer et de feu, vous êtes entrés avec fureur dans notre magasin de porcelaine. Mais c'est un magasin de porcelaine dont les propriétaires ont entrepris, de longue date, de réduire en miettes tout ce qui s'y trouvait entassé. Ils ne peuvent même survivre que par là. Vous les avez perturbés. Vous êtes les premiers démolisseurs à s'attaquer à des destructeurs; les premiers barbares à s'en prendre à des vandales; les premiers incendiaires en concurrence avec des pyromanes.

Vous ne vous êtes pas seulement jetés contre les symboles de l'Empire marchand, ainsi que le disent chez nous, pour nous rassurer, tant de braves gens. C'est quelque chose de bien plus grave, et de bien plus respectable, que vous avez démoli: notre fierté d'être à l'avant-garde artistique de l'humanité démolisseuse et de transposer cette fierté dans des oeuvres certes dépassables, mais seulement par nous-mêmes.

Cet Occident, dont vous avez transformé le coeur du coeur en champ de ruines, n'est plus l'Occident depuis longtemps puisqu'il ne survit que de s'être débarrassé de tout ce sur quoi il avait reposé durant des siècles, à commencer par ces qualités désormais regardées par nous comme éminemment malsaines que sont l'esprit critique, la conflictualité, la capacité d'intégrer le Mal ou le démoniaque et de les comprendre pour les combattre.

Chers moudjahidines, il faut vous entrer dans la tête cette vérité sans précédent: tout ce qu'il reste encore d'actif sur nos continents complote jour et nuit pour perdre ce qu'il reste encore d'êtres humains; et même, plus personne ne peut être payé s'il lui vient l'idée saugrenue de se livrer à une autre tâche.

Enfin, je veux bien vous avertir que nous vaincrons parce que nous sommes les plus faibles. Craignez la fureur des moutons! Craignez la colère des brebis enragées!






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