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Libre opinion: Autour de l'affaire Michaëlle Jean

Guy Bouthillier - Outremont, le 11 août 2005  26 août 2005 
Lettre à des souverainistes qui ont pu se laisser déstabiliser par Paul Martin

Avouons-le, cela nous a fait mal! D'abord parce que, pour le fédéral, c'est une bonne prise et que nous l'aimions bien. Et parce que nous sentons aussi qu'avec tous ses postes et tout son fric — autre aspect fondamental du «déséquilibre fiscal» —, Ottawa est bien armé pour nous faire d'autres coups pareils.

Mais quand je prends du recul, je me rassure en me rappelant une vérité toute simple: pour une qui nous échappe, il y en a dix qui changent de bord et rejoignent nos rangs. Cela se produit depuis toujours, pour tous les niveaux, et dans un nombre grandissant de milieux. Souvent, il est vrai, la chose passe inaperçue. Par exemple, ce cas tout récent, encore tout chaud et qui, lui aussi, vaut son pesant d'or mais que personne n'a remarqué, ni dans la presse francophone, ni, et cela est plus étonnant, dans le mouvement indépendantiste.

J'évoque ici le cas de Trevor Lautens, grand journaliste et intellectuel des médias canadiens-anglais qui, en 1995 encore, pourfendait l'idée du Québec indépendant, nous menaçant même des pires foudres canadiennes, et qui vient tout juste — c'est la Gazette qui nous l'a appris le mois dernier, le 4 juillet — de rendre les armes et de rejoindre notre camp.

«Why I am a Quebec separatist in B.C.», proclame-t-il maintenant au grand jour. Les soirs de doute, relisez cette prise de position. Venant de haut et de loin, elle vous ragaillardira, en même temps qu'elle viendra conforter la thèse de ceux qui savent que notre indépendance se fera «correctement». [...]

Telle est la réalité: le mouvement souverainiste a été pensé, organisé, animé, dirigé par des hommes et des femmes qui, après avoir été fédéralistes, sont devenus souverainistes. Cela a fait notre force et notre joie.

Qu'on se rappelle ce qu'a représenté pour nous de fierté et de confiance grandissante l'arrivée dans nos rangs d'un Jacques Parizeau en 1969 ou d'un Rodrigue Biron dans les années 70. Qu'on se rappelle aussi cet autre ex-fédéraliste, haut et bien placé au Canada, venu au Québec occuper une fonction plus haute encore au sommet de nos propres appareils et qui s'appelait Lucien Bouchard. On pourrait allonger cette liste, et je sais que chacun d'entre vous peut y ajouter un parent, un ami, un voisin...

Ainsi, quand je me rappelle les origines de notre mouvement et comment il a été formé, je sais jusqu'où il pourra aller. Cela n'enlève rien au chagrin d'aujourd'hui mais me donne de l'assurance pour demain.

Prendre l'indépendance

Prendre des partisans du Canada et en faire des partisans du Québec: tel est notre passé. Tel peut, tel doit être aussi notre avenir. Mais pour cela, il faudra se relever les manches. On commettrait la pire des erreurs, en effet, si on se contentait de contempler l'évolution des courbes démographiques du Québec en attendant les fameuses conditions gagnantes.

Tout cela est exigeant? Mais justement, ne vient-on pas de nous rappeler que l'indépendance, cela ne se donne pas, cela se prend?

Aller chercher les fédéralistes et le faire partout: dans nos familles, dans nos rues, dans nos régions. Et pour nous, Montréalais, dans les milieux des communautés culturelles. Cette activité demande du doigté, exige de nous tous un effort particulier de compréhension et, de nos dirigeants, qu'ils prennent les bonnes décisions, au contraire de ce qui fut fait l'an dernier dans le comté de Gouin, quand on s'est refusé d'être les premiers, bien avant Paul Martin, à mettre sur un trône ici une fière fille du fier pays de Toussaint Louverture.

Mais la chose est parfaitement possible. Du reste, elle se fait déjà: voyez ces Osvaldo et ces Kotto venus se joindre aux Bourgault et aux Parizeau, voyez ces Barbot d'aujourd'hui qui prennent le relais des Barbeau d'hier.

Cette capacité que nous avons démontrée de recruter dans ces milieux, il serait funeste de l'oublier alors même que nos adversaires en connaissent maintenant la force, comme en témoigne précisément le fait que lorsqu'est venu, cette fois-ci encore, le temps de nommer un francophone, le gouvernement d'Ottawa, après les Vanier, Léger, Sauvé et Le Blanc d'hier, choisit aujourd'hui Michaëlle Jean.

Dans cette nomination puisée au coeur des communautés culturelles, il y a la reconnaissance par les fédéraux des progrès enregistrés par nos idées dans ces milieux (ceci d'ailleurs expliquant cela), et ce bon coup que Paul Martin met au compte du «nouveau Canada», moi, je le mets plutôt au crédit de ce nouveau Québec qui a su prendre cette jeune femme venue de si loin et la placer si haut dans nos médias et dans nos coeurs. Ce Québec me réjouit. Gaudeamus igitur, dirait un ancien premier ministre.
 
 
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