Le Canada en mode électoral - «La guerre est commencée», affirment les libéraux
Regina — Le pays est pratiquement en campagne électorale depuis hier, près de six mois avant le véritable coup d'envoi promis par le premier ministre Paul Martin. Pendant que les libéraux fédéraux se réunissent à Regina pour préparer la session parlementaire et s'escriment sur un possible report des élections au printemps, le Parti conservateur a lancé les hostilités avec quatre publicités télé destinées au Canada anglais, mais particulièrement à l'Ontario. «La guerre est commencée», ont aussitôt répliqué les libéraux.
La saison politique est bel et bien lancée avec ce coup d'éclat des conservateurs, qui attaquent de front l'important champ de bataille ontarien. Après la tournée estivale du chef conservateur Stephen Harper, qui a sillonné le pays d'un océan à l'autre pour rencontrer les électeurs, le PC lance ainsi la phase 2 de sa grande séduction avec quatre publicités télé. «On a l'argent pour le faire, c'est le temps de passer à la vitesse supérieure», a souligné au Devoir une source conservatrice.
D'ici le 18 septembre, les Ontariens verront quatre messages différents: un sur la santé, mettant l'accent sur un système accessible et universel; un sur les garderies et le libre choix des parents; un sur l'importance de reconnaître la compétence des immigrants; et le dernier sur l'importance de réduire les taxes et l'impôt avec l'imposant surplus du gouvernement fédéral. Certaines publicités seront aussi diffusées à l'échelle nationale, mais aucune n'est pour l'instant taillée sur mesure pour le Québec. «Ça viendra au Québec, mais pas tout de suite», a souligné un conservateur.
La réaction des libéraux fédéraux en a d'abord été une de surprise, avant de qualifier l'initiative conservatrice de «désespérée». Mais, visiblement, les députés du Parti libéral du Canada (PLC) ne pensaient pas que les hostilités à saveur électorale commenceraient aussi rapidement. «Ça indique un peu la popularité des conservateurs en Ontario, a soutenu au Devoir le ministre de la Défense Bill Graham, qui détient un comté de la grande région de Toronto. Ce n'est peut-être pas une stratégie désespérée, mais ce n'est pas loin!» Ce dernier convient toutefois que «ce ne sera pas une session parlementaire normale» à partir du 26 septembre, puisque «tout le monde est en période préélectorale».
«Le Parti conservateur est désespéré, a également affirmé la ministre du Patrimoine, Liza Frulla. Le PC ne va nulle part. Quand on est sûr de son coup et qu'on a confiance en son programme, on n'a pas besoin de faire ce type de publicité.»
N'empêche, la bagarre qui devait débuter fin janvier, soit 30 jours après le dépôt du dernier rapport du juge John Gomery, attendu le 15 décembre, est bel et bien lancée. «La guerre commence sérieusement maintenant», a souligné au Devoir la députée libérale de Gatineau, Françoise Boivin. «C'est certain que, d'un point de vue stratégique, les partis sont en campagne électorale, poursuit-elle. On le sent, le ton change. On a entre autres vu Jack Layton [chef du NPD] dire qu'il ne nous appuyait plus. On sait qu'il y a une échéance et il serait irréaliste que les autres partis attendent gentiment notre feu vert pour se lancer en campagne. C'est normal, tout le monde va essayer de prendre le plus de place possible sur l'échiquier politique et sur la place publique.»
Les libéraux fédéraux du Québec sont aussi en train de mettre en place leur stratégie de séduction dans la province, question de prendre immédiatement le train électoral. Chacun des 21 députés du PLC s'est vu attitrer une région à parcourir, alors que le caucus provincial se réunira à plusieurs endroits du Québec au cours de l'automne, chaque fois avec comme objectif de rencontrer le plus de citoyens et d'organismes possible. «On est en guerre nous aussi. On y va. Et notre intention est de multiplier les rencontres, c'est très important», a affirmé la députée libérale de Laval et présidente du caucus des 21 députés de la province, Raymonde Folco.
L'automne s'annonce donc particulièrement actif pour les députés de tous les partis. «On est en campagne depuis la fin des dernières élections, soutient Denis Coderre, député du nord de Montréal. Il y a une certaine quiétude à cause de l'été, mais là, ça recommence. On remet les machines en marche. C'est sûr qu'il y aura plus d'affrontements, les partis vont vouloir être visibles. Pour nous, il faudra remettre les pendules à l'heure et le rapport Gomery de novembre va nous aider. Ce sera la saison des éclaircissements. On a peinturé tout le monde avec le même pinceau au printemps dernier, mais là, on va avoir l'heure juste.»
La saison politique sera électorale... mais encore faut-il que le scrutin ait lieu comme prévu cet hiver. Car le premier ministre subit actuellement énormément de pression de la part de certains de ses députés qui souhaiteraient le voir renier sa promesse de déclencher des élections vers la fin du mois de janvier, avec l'accord des autres partis politiques, pour plutôt déclencher des élections au pays au printemps.
«Des élections l'hiver, c'est l'enfer! On a les mains liées avec ça», a soutenu au Globe and Mail un député libéral sous le couvert de l'anonymat. Ce sentiment est partagé par plusieurs députés. «Il y a des gens des deux côtés, confirme Raymonde Folco. Moi, j'aimerais bien qu'on retarde les élections au printemps, mais une promesse est une promesse. Je ne me sens pas coincée par cet engagement, mais oui, plutôt liée. Si tous les partis pouvaient s'entendre, je n'aurais pas de problème avec un report. Mais s'il y a discorde entre les partis, il faut y aller l'hiver, on l'a promis.»
Pour plusieurs députés, l'idée de faire campagne au milieu des tempêtes de neige, du froid glacial, avec tout ce que cela suppose comme coûts supplémentaires et difficultés logistiques, n'est pas réaliste. Les candidats et députés qui briguent un comté rural sont particulièrement frustrés de la situation. «Ce sera plus difficile de trouver des bénévoles, les pancartes vont être cachées par la neige... et qui veut jaser sur le perron avec un candidat quand il fait -25 degrés!», a affirmé au Devoir un député libéral Ontarien.
Mais l'idée, qui est discutée sérieusement dans les couloirs du caucus à Regina, risque fort de demeurer une idée. Déjà, les conservateurs et le Bloc québécois ont fermé la porte à double tour: pas question de consentir à un report du scrutin. Rattrapé par les échos de ses députés, le premier ministre a toutefois coupé court à cette proposition en fin de journée. «Ma promesse était claire, c'est 30 jours après le rapport final de Gomery. Si l'opposition ne force pas des élections cet automne, il y aura une campagne à ce moment-là.»
La saison politique est bel et bien lancée avec ce coup d'éclat des conservateurs, qui attaquent de front l'important champ de bataille ontarien. Après la tournée estivale du chef conservateur Stephen Harper, qui a sillonné le pays d'un océan à l'autre pour rencontrer les électeurs, le PC lance ainsi la phase 2 de sa grande séduction avec quatre publicités télé. «On a l'argent pour le faire, c'est le temps de passer à la vitesse supérieure», a souligné au Devoir une source conservatrice.
D'ici le 18 septembre, les Ontariens verront quatre messages différents: un sur la santé, mettant l'accent sur un système accessible et universel; un sur les garderies et le libre choix des parents; un sur l'importance de reconnaître la compétence des immigrants; et le dernier sur l'importance de réduire les taxes et l'impôt avec l'imposant surplus du gouvernement fédéral. Certaines publicités seront aussi diffusées à l'échelle nationale, mais aucune n'est pour l'instant taillée sur mesure pour le Québec. «Ça viendra au Québec, mais pas tout de suite», a souligné un conservateur.
La réaction des libéraux fédéraux en a d'abord été une de surprise, avant de qualifier l'initiative conservatrice de «désespérée». Mais, visiblement, les députés du Parti libéral du Canada (PLC) ne pensaient pas que les hostilités à saveur électorale commenceraient aussi rapidement. «Ça indique un peu la popularité des conservateurs en Ontario, a soutenu au Devoir le ministre de la Défense Bill Graham, qui détient un comté de la grande région de Toronto. Ce n'est peut-être pas une stratégie désespérée, mais ce n'est pas loin!» Ce dernier convient toutefois que «ce ne sera pas une session parlementaire normale» à partir du 26 septembre, puisque «tout le monde est en période préélectorale».
«Le Parti conservateur est désespéré, a également affirmé la ministre du Patrimoine, Liza Frulla. Le PC ne va nulle part. Quand on est sûr de son coup et qu'on a confiance en son programme, on n'a pas besoin de faire ce type de publicité.»
N'empêche, la bagarre qui devait débuter fin janvier, soit 30 jours après le dépôt du dernier rapport du juge John Gomery, attendu le 15 décembre, est bel et bien lancée. «La guerre commence sérieusement maintenant», a souligné au Devoir la députée libérale de Gatineau, Françoise Boivin. «C'est certain que, d'un point de vue stratégique, les partis sont en campagne électorale, poursuit-elle. On le sent, le ton change. On a entre autres vu Jack Layton [chef du NPD] dire qu'il ne nous appuyait plus. On sait qu'il y a une échéance et il serait irréaliste que les autres partis attendent gentiment notre feu vert pour se lancer en campagne. C'est normal, tout le monde va essayer de prendre le plus de place possible sur l'échiquier politique et sur la place publique.»
Les libéraux fédéraux du Québec sont aussi en train de mettre en place leur stratégie de séduction dans la province, question de prendre immédiatement le train électoral. Chacun des 21 députés du PLC s'est vu attitrer une région à parcourir, alors que le caucus provincial se réunira à plusieurs endroits du Québec au cours de l'automne, chaque fois avec comme objectif de rencontrer le plus de citoyens et d'organismes possible. «On est en guerre nous aussi. On y va. Et notre intention est de multiplier les rencontres, c'est très important», a affirmé la députée libérale de Laval et présidente du caucus des 21 députés de la province, Raymonde Folco.
L'automne s'annonce donc particulièrement actif pour les députés de tous les partis. «On est en campagne depuis la fin des dernières élections, soutient Denis Coderre, député du nord de Montréal. Il y a une certaine quiétude à cause de l'été, mais là, ça recommence. On remet les machines en marche. C'est sûr qu'il y aura plus d'affrontements, les partis vont vouloir être visibles. Pour nous, il faudra remettre les pendules à l'heure et le rapport Gomery de novembre va nous aider. Ce sera la saison des éclaircissements. On a peinturé tout le monde avec le même pinceau au printemps dernier, mais là, on va avoir l'heure juste.»
La saison politique sera électorale... mais encore faut-il que le scrutin ait lieu comme prévu cet hiver. Car le premier ministre subit actuellement énormément de pression de la part de certains de ses députés qui souhaiteraient le voir renier sa promesse de déclencher des élections vers la fin du mois de janvier, avec l'accord des autres partis politiques, pour plutôt déclencher des élections au pays au printemps.
«Des élections l'hiver, c'est l'enfer! On a les mains liées avec ça», a soutenu au Globe and Mail un député libéral sous le couvert de l'anonymat. Ce sentiment est partagé par plusieurs députés. «Il y a des gens des deux côtés, confirme Raymonde Folco. Moi, j'aimerais bien qu'on retarde les élections au printemps, mais une promesse est une promesse. Je ne me sens pas coincée par cet engagement, mais oui, plutôt liée. Si tous les partis pouvaient s'entendre, je n'aurais pas de problème avec un report. Mais s'il y a discorde entre les partis, il faut y aller l'hiver, on l'a promis.»
Pour plusieurs députés, l'idée de faire campagne au milieu des tempêtes de neige, du froid glacial, avec tout ce que cela suppose comme coûts supplémentaires et difficultés logistiques, n'est pas réaliste. Les candidats et députés qui briguent un comté rural sont particulièrement frustrés de la situation. «Ce sera plus difficile de trouver des bénévoles, les pancartes vont être cachées par la neige... et qui veut jaser sur le perron avec un candidat quand il fait -25 degrés!», a affirmé au Devoir un député libéral Ontarien.
Mais l'idée, qui est discutée sérieusement dans les couloirs du caucus à Regina, risque fort de demeurer une idée. Déjà, les conservateurs et le Bloc québécois ont fermé la porte à double tour: pas question de consentir à un report du scrutin. Rattrapé par les échos de ses députés, le premier ministre a toutefois coupé court à cette proposition en fin de journée. «Ma promesse était claire, c'est 30 jours après le rapport final de Gomery. Si l'opposition ne force pas des élections cet automne, il y aura une campagne à ce moment-là.»
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