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Il faut entendre les besoins des musiciens

23 août 2005 
Je fus peinée de lire le communiqué cosigné par le président du conseil d'administration de l'Orchestre symphonique de Montréal, M. Lucien Bouchard, et la directrice générale de l'OSM, Mme Madeleine Careau, publié dans Le Devoir du 16 août 2005.

Je suis musicienne de l'OSM depuis maintenant 15 ans et j'adore ma profession. C'est avec beaucoup d'enthousiasme, d'engagement et de pleine acceptation de mes responsabilités que je cherche toujours à donner le meilleur de moi-même, non seulement en tant que musicienne, mais aussi en tant que membre d'un ensemble. Cela est un trait commun chez les musiciens, qu'ils soient de l'OSM ou non.

Ce qui est le plus ressorti de ma lecture du communiqué de M. Bouchard et Mme Careau est le sentiment que ceux qui sont en place pour nous soutenir et nous promouvoir utilisent présentement tout leur savoir-faire et tous leurs contacts pour faire paraître les musiciens comme un groupe qui ne souhaite pas travailler à fond et qui n'est pas prêt à faire de grands efforts pour offrir de grandes prestations musicales.

Quelle appréciation est-ce que la lettre de M. Bouchard et Mme Careau démontre envers les musiciens qui oeuvrent de tout coeur et avec grand professionnalisme au sein de l'orchestre depuis des années?

Je peux comprendre que, dans toute négociation, il y a probablement un certain jeu et des manoeuvres. Mais quelle conclusion dois-je tirer du fait que M. Bouchard et Mme Careau continuent aussi de répandre des données qui créent de fausses impressions? La fin justifie les moyens?

Salaire et heures de travail

Le dernier communiqué de l'OSM réitère une phrase souvent dite par notre administration: «La rémunération annuelle moyenne des musiciens est actuellement de 75 000 $.» Jamais je n'ai atteint ce salaire annuel dans mes 15 années à l'orchestre.

Je suis membre d'une des cinq sections de cordes (premiers violons, deuxièmes violons, altos, violoncelles, contrebasses). Nous formons la moitié de l'effectif de l'orchestre et nos salaires sont à peu près les mêmes. Donc, la moitié de l'orchestre gagne bien, bien moins que 75 000 $ annuellement à l'OSM.

Cependant, ce que nous appelons les chaises à titre (les vents, cordes et percussions qui ont une position de solo) ont un salaire négocié en privé. Je n'ai aucune idée de leurs salaires, mais j'espère de tout coeur qu'ils gagnent beaucoup plus que 75 000 $ par an, car ils font face à beaucoup de pression.

Le communiqué réitère «46 semaines de travail de 20 heures». En effet, ceci est généralement une semaine de base lorsque que tout l'orchestre joue ensemble, mais cela ne compte pas les heures de préparation et de répétition personnelle quotidienne à la maison, sur scène avant et après les répétitions et concerts, etc.

Quelles sont les raisons pour lesquelles notre administration persiste à ne pas apporter cette nuance dans les médias? Ils sont au courant de l'existence de notre préparation personnelle — et en tant que personnes en place pour nous soutenir et nous promouvoir, je crois que cela fait parti de leur mandat de le dire.

Vraiment négocier

Dans les deux dernières années, il a été profondément frustrant pour les musiciens de ne pas se sentir vraiment entendus lors des négociations. Comment devons-nous interpréter le fait que M. Bouchard et Mme Careau ne sont jamais assis à la table de négociation, ce qui veut dire que ceux qui ont le pouvoir de prendre une décision y sont absents? Y a-t-il une véritable volonté d'entendre les besoins et inquiétudes des musiciens qui y sont articulés en détail, et d'établir un dialogue face à face afin d'arriver à un compromis acceptable... en bref, de vraiment négocier?

Il est essentiel de reconnaître le jugement, le savoir-faire et l'expérience des musiciens. Les musiciens savent qu'un certain équilibre dans l'horaire doit être préservé afin de non seulement prévenir les blessures, mais pour aussi permettre à tout le monde de donner le meilleur de soi-même en tant qu'artiste, en tout temps. Cela prend un musicien pour connaître l'impact réel de certaines conditions de travail. Une blessure peut arriver en un instant... mais nous en vivons les séquelles pendant parfois des années.

Voici un exemple qui illustre bien le sentiment des musiciens que nos besoins ne sont pas pris en considération ou simplement pas compris: les concerts à Carnegie Hall, à New York.

À l'automne 2004, nous avons dû faire un aller-retour à New York en une journée, avec une répétition le matin, et un concert en après-midi à Carnegie Hall, un des endroits les plus prestigieux du monde pour un musicien! Je me souviens sciemment de n'avoir pas eu le temps de bien m'échauffer sur mon instrument avant la répétition le matin — nous étions sortis de l'autobus à peine 20 minutes auparavant.

Non seulement jouer d'un instrument de musique est quelque chose de très physique, mais de plus, fournir une prestation musicale demande une grande écoute et concentration tant intérieure qu'extérieure. Pourquoi mettre les musiciens dans une situation de fatigue? En voulant économiser le coût de l'hôtel, on joue avec la réputation de l'OSM et le bien-être des musiciens.

Notre administration continue de vouloir avoir la possibilité de faire ce genre de sortie. N'y aurait-il pas moyen de créer un fonds spécial pour financer l'hôtel la veille?

Mon sentiment d'incompréhension grandit du fait que M. Bouchard, lors d'une rencontre avec les musiciens dans le mois qui a suivi le concert à Carnegie Hall en 2004, nous a assuré que cela ne se reproduirait pas! Que c'est-il passé depuis?

Je n'ai aucun doute sur le fait que M. Bouchard et à Mme Careau sont tous deux des gens très intelligents. Je me pose cette question: qui les informe, ou les ont informés de ce qui aide les musiciens à donner le meilleur d'eux-mêmes artistiquement et physiquement, ce qui généralement soutient la qualité artistique?

Parler de ce qui est important

Alors qu'il y a des enjeux tellement plus importants, l'administration semble prendre un malin plaisir à insister sur des situations rarissimes, comme les heures supplémentaires autour de la période d'applaudissement et l'emplacement des pauses lors d'oeuvres de plus de 90 minutes. Bien sûr que cela a l'air idiot et incompréhensible! Mais derrière chacun de ces points, il y a une histoire.

Je vous en prie, ne doutez jamais que tous les musiciens de l'OSM sont profondément contents lorsqu'une oeuvre est travaillée à fond et que notre public manifeste son appréciation. Aussi, le comité des musiciens a à plusieurs reprises apporté des solutions à la table de négociation à ces détails de périodes prolongées de prestations. Celles-ci ont-elles vraiment été accueillies avec une écoute ouverte?

Pour terminer, il est démoralisant de constater que notre patience et notre bon vouloir après sept gels salariaux en 15 ans sont récompensés... par une proposition de réduction dans nos semaines de travail et un approfondissement de notre retard salarial dans le monde des orchestres symphoniques.

Pourquoi le salaire des musiciens n'a-t-il pas été graduellement et naturellement indexé au coût de la vie depuis 15 ans? Les musiciens n'ont pas été vigilants à cet égard. Le fait que nous soyons passés du 15e au 34e rang au niveau salarial parmi les orchestres symphoniques en Amérique du Nord est un sujet qui doit être abordé sérieusement. Aucun musicien n'a songé à demander les salaires des orchestres de New York ou Boston. Nous nous contentons de nous comparer simplement à l'orchestre du CNA à Ottawa.

Mon souhait, et celui de tous les musiciens de l'OSM, est qu'un dialogue sain, ouvert et réel soit finalement mis en place. Nous avons foi dans le fait que tous — M. Bouchard, Mme Careau, le comité administratif, et très certainement, les musiciens — ont le bien-être de l'OSM à coeur. Alors laissons de côté la méfiance et négocions réellement, et que la musique reprenne au plus vite!






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