L'OSM en jeu
Josée Boileau
19 août 2005
Faute de vraies négociations à l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) pour cause de mésentente puis de vacances, la rumeur bat son plein. Et l'enlisement du conflit dessert toutes les parties, dans l'indifférence générale.
Tant de choses se disent présentement autour de la grève à l'OSM: que la saison pourrait être annulée, que Kent Nagano, chef désigné, ne viendrait plus à Montréal, que l'orchestre lui-même pourrait être démantelé. On dit aussi que la direction est incompétente, dépensière, que les musiciens sont mal conseillés et entêtés.
La bataille des relations publiques, elle, est dominée par le président du conseil d'administration de l'OSM, Lucien Bouchard, dont la notoriété écrase celle des plus grands musiciens de l'orchestre.
Il est vrai toutefois, nous l'avons déjà écrit, que la partie patronale a aussi un atout de fond, tant les résistances des musiciens à ses demandes paraissent obsolètes. À l'heure où une tournée, dans des conditions optimales, sert davantage à soutenir la réputation que les revenus d'un orchestre, comment comprendre que les musiciens de l'OSM ne veuillent rien modifier des lourdes contraintes qui encadrent leurs déplacements?
Quant aux conditions d'enregistrement prévues à la convention, elles ne sont plus en phase avec la réalité économique de l'industrie du disque; le déni syndical est toutefois total à cet égard.
Ainsi, le syndicat fait valoir que si 50 % des disques classiques vendus au Canada sont achetés au Québec, du coup les concerts devraient être plus courus à Montréal qu'à Toronto, constat que la direction de l'OSM ne sait pas exploiter. Mais personne n'a donc songé qu'avec la qualité des enregistrements actuels, sur CD et DVD, les mélomanes aient simplement moins envie d'assister à de coûteux concerts? Dans cette optique, la grande consommation de CD ne serait peut-être pas un atout pour Montréal!
C'est ce genre de calculs, déconnectés du terrain, qui doit donner des sueurs froides à la direction. On comprendra dès lors sa réaction agressive — «inacceptable», «irresponsable» — quand le syndicat s'est mêlé de lui présenter, en juillet, une contre-proposition globale prouvant que «certaines demandes des musiciens ne coûtent pratiquement rien». Avait-on greffé un peu de macro-économie à cette offre magique?
Forte de son analyse, la direction s'enferme toutefois dans une inflexibilité qui confine au mépris des musiciens. Ceux-ci ne se sentent ni compris ni respectés: «Aux yeux de M. Bouchard, je ne compte pas», comme le résumait cet été un musicien dans The Gazette. Des accompagnateurs de stars corvéables à merci. Comme si la chimie d'un grand orchestre ne se nourrissait pas du talent de chacun.
Au-delà des clauses à négocier, il y aurait donc un peu d'humain à ramener dans cette négociation bloquée. Des gestes de considération d'un côté comme de l'autre: les musiciens pourraient aussi en revenir de leurs commentaires sur l'incompétence de la directrice générale!
ll faudra enfin que chaque partie ait conscience qu'elles sont fin seules dans leur conflit. La population qui a déjà supporté sans mot dire un an de grève au hockey, les amateurs de musique qui se tournent vers l'Orchestre métropolitain, les amoureux de classique qui ont accès à la meilleure musique du monde dans leur salon, ne lèveront pas le petit doigt dans ce dossier. Les gouvernements encore moins.
Pour autant, l'OSM vaut la peine d'être préservé.
jboileau@ledevoir.ca
Tant de choses se disent présentement autour de la grève à l'OSM: que la saison pourrait être annulée, que Kent Nagano, chef désigné, ne viendrait plus à Montréal, que l'orchestre lui-même pourrait être démantelé. On dit aussi que la direction est incompétente, dépensière, que les musiciens sont mal conseillés et entêtés.
La bataille des relations publiques, elle, est dominée par le président du conseil d'administration de l'OSM, Lucien Bouchard, dont la notoriété écrase celle des plus grands musiciens de l'orchestre.
Il est vrai toutefois, nous l'avons déjà écrit, que la partie patronale a aussi un atout de fond, tant les résistances des musiciens à ses demandes paraissent obsolètes. À l'heure où une tournée, dans des conditions optimales, sert davantage à soutenir la réputation que les revenus d'un orchestre, comment comprendre que les musiciens de l'OSM ne veuillent rien modifier des lourdes contraintes qui encadrent leurs déplacements?
Quant aux conditions d'enregistrement prévues à la convention, elles ne sont plus en phase avec la réalité économique de l'industrie du disque; le déni syndical est toutefois total à cet égard.
Ainsi, le syndicat fait valoir que si 50 % des disques classiques vendus au Canada sont achetés au Québec, du coup les concerts devraient être plus courus à Montréal qu'à Toronto, constat que la direction de l'OSM ne sait pas exploiter. Mais personne n'a donc songé qu'avec la qualité des enregistrements actuels, sur CD et DVD, les mélomanes aient simplement moins envie d'assister à de coûteux concerts? Dans cette optique, la grande consommation de CD ne serait peut-être pas un atout pour Montréal!
C'est ce genre de calculs, déconnectés du terrain, qui doit donner des sueurs froides à la direction. On comprendra dès lors sa réaction agressive — «inacceptable», «irresponsable» — quand le syndicat s'est mêlé de lui présenter, en juillet, une contre-proposition globale prouvant que «certaines demandes des musiciens ne coûtent pratiquement rien». Avait-on greffé un peu de macro-économie à cette offre magique?
Forte de son analyse, la direction s'enferme toutefois dans une inflexibilité qui confine au mépris des musiciens. Ceux-ci ne se sentent ni compris ni respectés: «Aux yeux de M. Bouchard, je ne compte pas», comme le résumait cet été un musicien dans The Gazette. Des accompagnateurs de stars corvéables à merci. Comme si la chimie d'un grand orchestre ne se nourrissait pas du talent de chacun.
Au-delà des clauses à négocier, il y aurait donc un peu d'humain à ramener dans cette négociation bloquée. Des gestes de considération d'un côté comme de l'autre: les musiciens pourraient aussi en revenir de leurs commentaires sur l'incompétence de la directrice générale!
ll faudra enfin que chaque partie ait conscience qu'elles sont fin seules dans leur conflit. La population qui a déjà supporté sans mot dire un an de grève au hockey, les amateurs de musique qui se tournent vers l'Orchestre métropolitain, les amoureux de classique qui ont accès à la meilleure musique du monde dans leur salon, ne lèveront pas le petit doigt dans ce dossier. Les gouvernements encore moins.
Pour autant, l'OSM vaut la peine d'être préservé.
jboileau@ledevoir.ca
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