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Les 300 jours du PQ

Bernard Descôteaux   10 septembre 2002 
Rien n'obligeait le premier ministre Bernard Landry à dévoiler dès maintenant son calendrier électoral. Tous les acteurs politiques savent maintenant qu'ils ont rendez-vous avec les électeurs le printemps prochain, vraisemblablement au cours du mois de juin. La campagne électorale est désormais ouverte.

Plusieurs raisons ont pu inciter le chef du gouvernement à jouer franc jeu sur le moment des prochaines élections. Étant à la fin de son mandat, l'effet de surprise ne pouvait plus jouer. Tous savent bien qu'il fallait exclure, dans l'état actuel de l'opinion publique, la tenue d'élections cet automne et l'hiver prochain. Quant au scénario de l'automne 2003, il ne tenait pas la route puisque le gouvernement, en repoussant à l'extrême limite son mandat, se placerait le dos au mur. Alors, aussi bien être transparent avec un électorat qui commençait à réclamer un scrutin.

En dévoilant son calendrier électoral, M. Landry, un peu comme l'a fait le mois dernier Jean Chrétien en fixant d'avance la date de sa retraite politique, désamorce la pression. Du même coup, il force ses militants à passer dès maintenant en mode électoral. Neuf mois de préparatifs ne seront pas de trop pour un parti en troisième position. Les ayant rassurés en évoquant la tenue d'un référendum sur la souveraineté dans les 1000 jours, il les ramène à l'essentiel, en l'occurrence la réélection du parti.

Le compte à rebours étant commencé, il sera difficile de changer les grands paramètres de la course électorale. Plus question pour qui que ce soit, par exemple, de penser à se lancer dans une course au leadership. Les libéraux insatisfaits de Jean Charest devront en faire leur deuil. Cela, Bernard Landry, qui s'y connaît un peu en calculs politiques, y a sûrement pensé.



Le chef du Parti québécois a, au cours du week-end, commencé à définir par ailleurs la position que sa formation cherchera à occuper sur l'échiquier. Devant un électorat à l'humeur changeante, pas question, laisse-t-il entrevoir, de transformer radicalement le programme péquiste pour se rapprocher de ses adversaires. Il est bien qu'il en soit ainsi. Le Parti québécois se trahirait et perdrait toute crédibilité s'il essayait de devenir une ADQ sans le nom. Ce parti est souverainiste et social-démocrate et il doit le rester. Toutefois, cela ne saurait le dispenser d'actualiser ses propositions qui doivent répondre aux besoins nouveaux de la société québécoise.

La prochaine élection portera d'abord, que les militants péquistes le veuillent ou non, sur le bilan du gouvernement ainsi que sur les politiques sociales, culturelles, économiques à venir au cours du prochain mandat. À cet égard, il n'est pas certain que le programme péquiste soit bien adapté au contexte actuel. Il y a longtemps que le Parti québécois ne s'est pas livré à une réflexion en profondeur sur ce qu'est la social-démocratie. En 2002, on ne peut ignorer l'influence de phénomènes comme la mondialisation ni le poids qu'exerce sur nos politiques l'environnement nord-américain.

Le chef du Parti québécois a spontanément dit non le printemps dernier à ceux qui voulaient tenter de redéfinir ce qu'est la social-démocratie. Peut-être craignait-il que l'on veuille par électoralisme remettre en cause les valeurs fondamentales de son parti. Mais est-ce remettre en cause les valeurs de partage à la base de la social-démocratie que d'interdire les garderies privées? Est-ce que laisser davantage de place à l'initiative privée en parallèle à l'intervention de l'État serait crime de lèse-majesté?

Les militants ont souvent, dans les débats que soulèvent ce genre de questions, le réflexe de se réfugier derrière des arguments dogmatiques qui ne servent qu'à occulter des réalités qu'on ne veut voir. Pourtant, nombreux sont ceux qui agissent parfois, dans leur vie personnelle, en contradiction avec les valeurs prônées par le parti. L'exemple que nous ont donné les ministres François Legault et Sylvain Simard en choisissant l'école privée pour leurs enfants devrait inspirer quelques questionnements.

M. Landry est maintenant davantage ouvert à de tels débats qui sont essentiels même s'ils sont moins faciles à mener au gouvernement plutôt que dans l'opposition. À ceux qui ont des réticences, il faut rappeler que ce «sacro-saint modèle québécois» dont on parle tant a bien évolué depuis le début des années 80. Penserait-on aujourd'hui à nationaliser l'industrie du cuivre pour sauver Murdochville de la fermeture comme on l'a fait avec l'industrie de l'amiante au début des années 80? La réponse va de soi. Comme il l'a déjà fait par le passé, le PQ doit prendre acte de certaines réalités. Par contre, s'il ne le fait pas ces prochains mois, les électeurs seront tentés de lui proposer une longue période de réflexion dans l'opposition.






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