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Irak - Des semaines déterminantes, prévient Cheney

9 septembre 2002 
Washington — Les États-Unis ont averti hier qu'ils étaient prêts à agir seuls contre le régime de Saddam Hussein si les Nations unies et la communauté internationale n'obtenaient pas rapidement un désarmement en Irak, accusé par Washington d'accélérer son programme d'arme nucléaire.

Le premier ministre britannique Tony Blair, qui est rentré à Londres à l'issue de son mini-sommet de samedi avec le président George W. Bush à camp David, a par ailleurs déclaré dans une entrevue à la BBC diffusée hier que son pays devait être préparé à payer «le prix du sang» pour préserver sa relation spéciale avec les États-Unis.

Le président Bush «se réserve le droit d'agir» contre l'Irak «au nom des États-Unis, si nécessaire», a affirmé sa conseillère pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, interrogée par la chaîne de télévision CNN.

Pour continuer de justifier la possibilité d'une intervention en solo des États-Unis en Irak, au lendemain de la rencontre Blair-Bush, tous les grands ténors de l'administration Bush qui se sont relayés hier sur les chaînes de télévision ont souligné les menaces que font peser sur la région mais aussi dans le monde les armes de destruction massive développées, selon eux, par Bagdad, et notamment l'arme atomique.

Le vice-président Dick Cheney, tout comme Mme Rice, a souligné que Saddam Hussein cherchait de longue date à se doter de l'arme nucléaire et que cela représentait un risque «mortel» qu'il faut conjurer rapidement.

Quelle que soit la réaction au discours de M. Bush cette semaine devant les Nations unies, «le président conservera toute son autorité et ses options pour agir d'une manière appropriée et unilatéralement, afin de nous défendre», a martelé, lors d'un entretien à la chaîne Fox News, le secrétaire d'État Colin Powell, pourtant considéré comme un modéré au sein de l'administration républicaine.

«Nous envisageons la possibilité d'une action militaire» et «personne ne doit mettre en doute le fait que le président est absolument déterminé à faire face à la menace» irakienne, a également déclaré sur NBC M. Cheney en ajoutant néanmoins que M. Bush n'a pris encore aucune décision.

Ces menaces d'intervention américaine unilatérale interviennent alors que le président Bush doit s'adresser jeudi devant l'Assemblée générale des Nations unies sur la menace irakienne, pour tenter de rallier à sa cause une communauté internationale jusqu'ici très réticente.

«Le fait qu'il n'y ait pas d'unanimité [pour agir contre l'Irak] n'est pas une surprise» car M. Bush n'a pas encore vraiment présenté ses arguments, a expliqué sur la chaîne CBS le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld.

Le président américain donnera dans son discours de jeudi devant l'ONU «ce qu'il considère comme une recommandation à la communauté internationale», a indiqué M. Rumsfeld alors que M. Cheney a qualifié cette prochaine intervention d'«événement très important».

«Les développement récents nous permettent de conclure qu'il [Saddam Hussein] a augmenté sa capacité à produire et lancer des armes biologiques, qu'il a reconstitué son programme nucléaire pour mettre au point l'arme nucléaire», a déclaré Dick Cheney.

«Nous ne pouvons pas ignorer plus longtemps cette menace» nucléaire, a ajouté M. Cheney en révélant que les États-Unis ont intercepté des équipements à destination de l'Irak qui auraient pu servir à la mise au point d'une arme nucléaire. Les prochaines semaines seront déterminantes, a déclaré M. Cheney.

Alors qu'on lui demandait si une intervention armée était inévitable, M. Cheney a répondu: «Je ne dis pas cela. Beaucoup de choses vont dépendre de ce qui va se passer dans les prochaines semaines.»

«Nous ne pouvons nous permettre le luxe de ne rien faire» car «l'histoire montre que l'on est toujours surpris de la rapidité avec laquelle quelqu'un acquiert une arme terrible» comme l'arme nucléaire, a expliqué Mme Rice en rappelant la «surprise» des États-Unis lorsqu'ils avaient découvert, avec retard, l'ampleur du programme nucléaire soviétique après la Deuxième Guerre mondiale.

«Le problème est que la rapidité avec laquelle l'Irak peut acquérir une arme nucléaire sera toujours incertaine. Mais ne nous ne voulons pas que la preuve accablante soit un nuage en forme de champignon» et que Bagdad puisse «faire du chantage avec une arme nucléaire», a ajouté Mme Rice.

Les responsables américains se sont montrés sceptiques sur la volonté de Saddam Hussein de collaborer avec les Nations unies si les inspecteurs en désarmement retournaient en Irak, en expliquant que le régime irakien a «violé» toutes les résolutions de l'ONU depuis la fin de la guerre du Golfe en 1991.

«La question n'est pas d'avoir des inspections. C'est le désarmement», a affirmé Donald Rumsfeld tandis que Colin Powell a réaffirmé avec force la volonté des États-Unis de faire tomber le régime de Saddam Hussein.

«Le meilleur moyen d'obtenir le désarmement [en Irak] est un changement de régime», a indiqué M. Powell en soulignant que le désarmement de l'Irak est «la vraie question» plus que l'éventuel retour dans ce pays des inspecteurs de l'ONU.

Deux sondages ont par ailleurs été publiés hier aux États-Unis. L'un, du Washington Post, souligne que l'approbation de l'action du président Bush s'est nettement érodée pour les Américains par rapport au lendemain des attentats du 11 septembre.

Selon l'enquête réalisée par la firme TNS Intersearch, 69 % des personnes interrogées approuvent la politique du président, contre 92 % au début d'octobre 2001, et 55 % à la veille des attentats.

L'administration prend seulement 40 % du temps les bonnes décisions, estiment par ailleurs les Américains, une proportion qui atteignait 60 % peu après le 11 septembre.

L'autre sondage, réalisé pour le journal New York Times et la chaîne de télévision CBS, indique une nette majorité des Américains est favorable à une action militaire des États-Unis contre l'Irak pour renverser le régime du président Saddam Hussein. Cette enquête indique que 68 % des personnes interrogées, contre 24 %, sont en faveur de l'usage de la force contre Bagdad.






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