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Libre opinion: Pas si simples, les relations avec les Innus...

Jean-Marie Bélisle - Président du Groupement agro-forestier et touristique de la Côte-Nord  10 août 2005 
Lettre à Josée Boileau

Mme Boileau, j'ai lu avec intérêt votre éditorial dans Le Devoir du jeudi 4 août: «Qui provoque?», et j'aimerais vous faire part de mes commentaires d'individu vivant en région et très impliqué dans les questions qui touchent le développement régional et la gestion des ressources naturelles.

Quand le chef des Betsiamites, M. Raphaël Picard, exprime sa volonté de négocier de «nation à nation», qu'il met de coté ses concitoyens nord-côtiers et part s'adresser aux politiciens et médias de la métropole et de la capitale, il n'est pas facile de rester calme en région. Quand il dit vouloir établir des partenariats et qu'il refuse de rencontrer ou d'écouter les instances locales directement concernées par ses projets, il n'est pas très facile de rester calme non plus.

Quand les gens des régions voient que la plus forte proportion des appuis à «la cause» de M. Picard viennent des zones urbaines, peu ou pas concernées par les enjeux en cause, encore une fois, nous trouvons la situation difficile.

Je suis président du Groupement agro-forestier et touristique de la Côte-Nord, qui regroupe environ 350 des 800 propriétaires de boisés privés de la Côte-Nord. L'hiver dernier, M. Picard nous a fait parvenir une mise en demeure (non justifiée puisque nous n'avons plus de CAAF [contrat d'aménagement et d'approvisionnement forestier] depuis que la MRC a obtenu la gestion des lots intramunicipaux) et dans ma réponse je lui demandais une rencontre pour échanger sur les impacts possibles sur nos membres de certains aspects de l'approche commune. Nous n'avons même pas eu droit à un accusé de réception...

Inquiétudes

À mon avis, et je suis d'accord avec vous sur ce point, nos politiciens ne font pas mieux. Je pense que ceux-ci commencent à comprendre la nécessité d'arriver à une entente, mais qu'il faudra aussi mettre une limite aux demandes et revendications autochtones. Ce n'est jamais facile de dire non, surtout à un groupe qui est défavorisé et qui jouit de l'appui de la majorité des citoyens.

Je suis pour ma part très inquiet du déroulement des événements et j'espère que tous comprendront qu'il ne faudrait pas un très grand dérapage pour perdre complètement le contrôle et en arriver à des affrontements, non plus devant les cours de justice, mais dans les rues.

Le jour où les gens des grands centres accorderont aux Innus le droit de venir chez moi faire la cueillette, chasser et camper, je ne suis pas non plus certain de rester calme et plusieurs des propriétaires que je tente de représenter sont beaucoup plus agressifs que moi à ce sujet.

Quand M. Picard réclame le respect et qu'il ne considère pas ses voisins, j'ai un peu de difficulté. Bien conseillé par M. Éric Cardinal (du personnel de M. Rémy Trudel lorsque celui-ci était ministre des Affaires autochtones), qui est basé sur une réserve mohawk de la région de Montréal, et une batterie d'avocats, M. Picard est en effet en train de gagner l'opinion publique. Mais en région, il risque fort d'y avoir d'autres batailles et je ne suis pas certain qu'il y aura des gagnants (sauf pour les vautours, qui savent bien sûr profiter de tels champs de bataille).

La région se sent bien dépourvue dans tout cela et nous n'avons pas l'impression d'avoir l'appui de beaucoup de monde. Après tout, peut-être que Michel Chartand a raison et que si les Innus sont chez eux sur la Côte-Nord, nous n'y sommes peut-être pas chez nous, et que si nous ne sommes pas contents, nous n'avons qu'à partir. [...]

Comment maintenir le dialogue?

L'engagement des Innus réclamé par M. Picard dans la gestion des ressources naturelles se traduira comment? En a-t-il une idée? Comment fera-t-il pour rétablir avec les gens de Kruger un semblant de confiance?

Saviez-vous que Kruger a réengagé un ingénieur forestier qui travaillait pour le conseil de bande afin de mener les consultations auprès des divers groupes d'intérêts concernant les interventions de la compagnie? Sans vouloir prendre partie pour Kruger, je crois sincèrement qu'elle a fait des efforts pour s'entendre avec les Innus de Betsiamites. Mais ce n'est pas ce que veut M. Picard.

Je crois que M. Picard aurait pu obtenir plus de Kruger en maintenant le dialogue et les échanges. Ce n'est pas vrai, quoiqu'en ait dit la juge Grenier dans son jugement de juin et ce que vous en avez compris, que les Innus ne sont pas plus considérés que le premier club de chasseurs venus. En région, les fonctionnaires, les organismes de développement, les compagnies et les élus essaient d'établir des ponts avec les Innus et d'obtenir leur engagement. Mais ce n'est vraiment pas facile d'obtenir des positions concrètes ou même une simple participation à l'élaboration de stratégie de développement ou d'exploitation.

À mon avis, les consultants en communications et les avocats font beaucoup trop d'argent avec les négociations pour suggérer aux Innus de régler et de s'engager dans les collectivités locales. Je crois qu'on craint de perdre des points de négociations.

Les Innus n'occupent presque plus le territoire et la vaste majorité d'entre eux vit bien misérablement sur la réserve et c'est dommage, mais ils n'ont pas nécessairement envie de retourner sur le territoire. Alors, d'autres occupent ce territoire à leur place et il faudra bien que les urbains et les Innus le considèrent aussi, un jour ou l'autre.

Je n'ai malheureusement pas de solution pour régler l'ensemble des problèmes sociaux chez les Innus mais je suis certain que ce n'est pas d'argent dont ils ont le plus besoin, alors que nous donnons déjà plus de 30 millions par année à Betsiamites afin de pourvoir aux besoins d'un peu moins de 4000 personnes...
 
 
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