Un an plus tard, la superpuissance s'emballe
Pierre Beaudet - Alternatives
9 septembre 2002
En Palestine, en Irak, en Afghanistan, au Congo, en Colombie et ailleurs, des millions d'êtres humains sont méprisés, agressés, éliminés. Que l'on soit dans la mire des «croisés contre le terrorisme» ou que l'on ait le malheur de vivre dans des zones contestées, on subit la loi de la jungle. Le cadre de la légalité internationale n'existe pratiquement plus.
Les États-Unis qui refusent le Tribunal international contre les crimes de guerre ridiculisent ce qui aurait pu sauver cette légalité. Ils le font pour d'évidentes raisons les forces armées américaines seraient à terme incriminées devant ce tribunal pour les atrocités commises en Afghanistan (comme le massacre de 4000 prisonniers présumés Talibans), en Irak, aux Philippines et en Amérique centrale, où ils ont entraîné pendant des décennies des escadrons de la mort. Le système de l'ONU est bafoué, alors que Washington s'apprête à attaquer l'Irak sans le consentement du Conseil de sécurité.
Au Moyen-Orient, l'administration Bush veut rétablir le contrôle militaire direct sur cette région qui constitue le plus grand réservoir de pétrole au monde. La guerre contre l'Irak sera en fait le prélude à une «réorganisation» de toute la région et l'élimination des régimes trop indépendants aux yeux des États-Unis, tels que l'Iran, le Yémen et la Syrie.
Mêmes les «alliés» des États-Unis seront mis au pas, comme la Jordanie et l'Arabie Saoudite. Les Palestiniens seront expulsés en masse et l'armée israélienne réduira les grandes villes palestiniennes en autant de camps de concentration (ce qui est déjà le cas aujourd'hui). L'ensemble de la région sera par la suite géré par les mercenaires israéliens et turcs sous commandement américain. Ce scénario de l'apocalypse est celui qui est actuellement promu par le président Bush et le vice-président Chenny. Il est tellement énorme qu'il fait peur, même à une partie de l'establishment américain qui estime que cette solution ne sera pas durable.
Au-delà du Moyen-Orient, les «intégristes» à la tête de la Maison-Blanche veulent verrouiller le grand ensemble euroasiatique, qui s'étend de l'Europe jusqu'à la Chine. Avec l'invasion de l'Afghanistan, les États-Unis se sont établis en plein coeur de l'Asie centrale. Les bases militaires et les alliances s'étendent du côté des républiques ex-soviétiques.
En plus d'être le site de ressources énergétiques, ces pays se situent à la charnière de l'Europe et de l'Asie et peuvent constituer pour Washington des relais stratégiques pour nuire à la Russie et à la Chine, les deux seuls pays qui disposent encore d'une force militaire considérable à la part les États-Unis. Certes, le budget militaire annuel américain, qui dépasse 400 milliards de dollars américains, est incomparablement plus important que tout ce dont dispose le reste du monde, y compris la Chine et la Russie: mais le but, pour Bush, est de casser toute velléité d'indépendance, voire d'autonomie, quitte à jeter l'Europe et l'Asie dans le chaos.
Pour le moment, la stratégie américaine est concentrée sur le Moyen-Orient et l'Asie centrale, ce qui ne veut pas dire que le reste du monde est oublié. Dans les Amériques, l'ambition de Bush est de réinventer la Doctrine Monroe. Ce qui impose de restructurer la «sécurité» des hémisphères: en clair, prendre le contrôle des frontières en commençant par le Canada et le Mexique. Également, la stratégie implique une série de processus unilatéraux par lesquels les États-Unis vont imposer leurs besoins et leurs vues aux «partenaires» de la ZLEA, ainsi transformés en clients et obligés dans des processus où le multilatéralisme sera mis au rancart.
Pour être sûrs d'assurer cette domination, les États-Unis devront éliminer les gêneurs, à commencer par Cuba, ainsi que le gouvernement d'Hugo Chavez au Venezuela. Ils consolideront la militarisation de toute la région, par l'entremise du «Plan Colombie».
En Afrique, les États-Unis resserrent leur contrôle sur cet «arc des crises» qui traverse le continent d'est en ouest à travers le Soudan, le Congo, l'Angola, le Nigeria, l'Algérie. C'est là où se trouvent par hasard les ressources énergétiques. C'est là où les régimes surarmés et surmilitarisés pratiquent des mini-génocides à toutes les semaines. Washington en lien avec un certain nombre d'alliés régionaux, veut consolider sa présence et éliminer la compétition, notamment européenne.
Cet extrémisme militariste des États-Unis est souvent expliqué comme une sorte de pathologie. Bush et ses proches auraient été recrutés par des intégristes chrétiens pour lesquels le monde est divisé en deux, les États-Unis (et Israël) d'un bord, et le reste de l'autre. Cette explication a du mérite, mais aussi ses limites. Car le fait demeure qu'au-delà des critiques qui lui sont adressées par une partie de la classe politique, Bush est loin d'être une incarnation du docteur Folamour! Il y a en effet une terrible «rationalité» dans le projet de reconquête du monde.
Sur le plan économique, le colosse américain a des pieds d'argile: la financiarisation de son économie sous l'égide des spéculateurs, des banquiers et des autres voyous dont les péripéties sont de plus en plus révélées a placé l'économie américaine sur la brèche. Les mégapoles américaines sont menacées, de même que la domination sur certains secteurs de haute technologie où les Européens en s'unifiant deviennent plus puissants.
À long terme estime-t-on à Washington, la supériorité américaine assurée par le dollar ne pourra durer. Comment empêcher cela sinon qu'en créant une situation où le monde post-guerre froide sera régi par le militaire plutôt que par le politique et l'économique ? Sur ce terrain au moins, la domination américaine est sans partage.
Les historiens raconteront dans 100 ans comment une machine impérialiste aura utilisé des bandes fanatisées comme les talibans. Il ne s'agit pas d'une théorie de la conspiration. Personne ne prétend, à part quelques farfelus, que la CIA a commandité l'attaque contre le World Trade Center. Mais sur le fond que se passe-t-il ? Les États-Unis sont en train de redessiner la carte du monde en décidant unilatéralement qui en fera partie, qui sont les «bons terroristes» (Israël, la Turquie, divers régimes répressifs alliés) et qui sont les méchants à commencer par Saddam Hussein. Finalement, tout cela ressemble étrangement à ce qui s'est passé avant la Deuxième Guerre mondiale. Sauf que la compétition est faible, pour le moment en tout cas.
Les États-Unis qui refusent le Tribunal international contre les crimes de guerre ridiculisent ce qui aurait pu sauver cette légalité. Ils le font pour d'évidentes raisons les forces armées américaines seraient à terme incriminées devant ce tribunal pour les atrocités commises en Afghanistan (comme le massacre de 4000 prisonniers présumés Talibans), en Irak, aux Philippines et en Amérique centrale, où ils ont entraîné pendant des décennies des escadrons de la mort. Le système de l'ONU est bafoué, alors que Washington s'apprête à attaquer l'Irak sans le consentement du Conseil de sécurité.
Au Moyen-Orient, l'administration Bush veut rétablir le contrôle militaire direct sur cette région qui constitue le plus grand réservoir de pétrole au monde. La guerre contre l'Irak sera en fait le prélude à une «réorganisation» de toute la région et l'élimination des régimes trop indépendants aux yeux des États-Unis, tels que l'Iran, le Yémen et la Syrie.
Mêmes les «alliés» des États-Unis seront mis au pas, comme la Jordanie et l'Arabie Saoudite. Les Palestiniens seront expulsés en masse et l'armée israélienne réduira les grandes villes palestiniennes en autant de camps de concentration (ce qui est déjà le cas aujourd'hui). L'ensemble de la région sera par la suite géré par les mercenaires israéliens et turcs sous commandement américain. Ce scénario de l'apocalypse est celui qui est actuellement promu par le président Bush et le vice-président Chenny. Il est tellement énorme qu'il fait peur, même à une partie de l'establishment américain qui estime que cette solution ne sera pas durable.
Au-delà du Moyen-Orient, les «intégristes» à la tête de la Maison-Blanche veulent verrouiller le grand ensemble euroasiatique, qui s'étend de l'Europe jusqu'à la Chine. Avec l'invasion de l'Afghanistan, les États-Unis se sont établis en plein coeur de l'Asie centrale. Les bases militaires et les alliances s'étendent du côté des républiques ex-soviétiques.
En plus d'être le site de ressources énergétiques, ces pays se situent à la charnière de l'Europe et de l'Asie et peuvent constituer pour Washington des relais stratégiques pour nuire à la Russie et à la Chine, les deux seuls pays qui disposent encore d'une force militaire considérable à la part les États-Unis. Certes, le budget militaire annuel américain, qui dépasse 400 milliards de dollars américains, est incomparablement plus important que tout ce dont dispose le reste du monde, y compris la Chine et la Russie: mais le but, pour Bush, est de casser toute velléité d'indépendance, voire d'autonomie, quitte à jeter l'Europe et l'Asie dans le chaos.
Pour le moment, la stratégie américaine est concentrée sur le Moyen-Orient et l'Asie centrale, ce qui ne veut pas dire que le reste du monde est oublié. Dans les Amériques, l'ambition de Bush est de réinventer la Doctrine Monroe. Ce qui impose de restructurer la «sécurité» des hémisphères: en clair, prendre le contrôle des frontières en commençant par le Canada et le Mexique. Également, la stratégie implique une série de processus unilatéraux par lesquels les États-Unis vont imposer leurs besoins et leurs vues aux «partenaires» de la ZLEA, ainsi transformés en clients et obligés dans des processus où le multilatéralisme sera mis au rancart.
Pour être sûrs d'assurer cette domination, les États-Unis devront éliminer les gêneurs, à commencer par Cuba, ainsi que le gouvernement d'Hugo Chavez au Venezuela. Ils consolideront la militarisation de toute la région, par l'entremise du «Plan Colombie».
En Afrique, les États-Unis resserrent leur contrôle sur cet «arc des crises» qui traverse le continent d'est en ouest à travers le Soudan, le Congo, l'Angola, le Nigeria, l'Algérie. C'est là où se trouvent par hasard les ressources énergétiques. C'est là où les régimes surarmés et surmilitarisés pratiquent des mini-génocides à toutes les semaines. Washington en lien avec un certain nombre d'alliés régionaux, veut consolider sa présence et éliminer la compétition, notamment européenne.
Cet extrémisme militariste des États-Unis est souvent expliqué comme une sorte de pathologie. Bush et ses proches auraient été recrutés par des intégristes chrétiens pour lesquels le monde est divisé en deux, les États-Unis (et Israël) d'un bord, et le reste de l'autre. Cette explication a du mérite, mais aussi ses limites. Car le fait demeure qu'au-delà des critiques qui lui sont adressées par une partie de la classe politique, Bush est loin d'être une incarnation du docteur Folamour! Il y a en effet une terrible «rationalité» dans le projet de reconquête du monde.
Sur le plan économique, le colosse américain a des pieds d'argile: la financiarisation de son économie sous l'égide des spéculateurs, des banquiers et des autres voyous dont les péripéties sont de plus en plus révélées a placé l'économie américaine sur la brèche. Les mégapoles américaines sont menacées, de même que la domination sur certains secteurs de haute technologie où les Européens en s'unifiant deviennent plus puissants.
À long terme estime-t-on à Washington, la supériorité américaine assurée par le dollar ne pourra durer. Comment empêcher cela sinon qu'en créant une situation où le monde post-guerre froide sera régi par le militaire plutôt que par le politique et l'économique ? Sur ce terrain au moins, la domination américaine est sans partage.
Les historiens raconteront dans 100 ans comment une machine impérialiste aura utilisé des bandes fanatisées comme les talibans. Il ne s'agit pas d'une théorie de la conspiration. Personne ne prétend, à part quelques farfelus, que la CIA a commandité l'attaque contre le World Trade Center. Mais sur le fond que se passe-t-il ? Les États-Unis sont en train de redessiner la carte du monde en décidant unilatéralement qui en fera partie, qui sont les «bons terroristes» (Israël, la Turquie, divers régimes répressifs alliés) et qui sont les méchants à commencer par Saddam Hussein. Finalement, tout cela ressemble étrangement à ce qui s'est passé avant la Deuxième Guerre mondiale. Sauf que la compétition est faible, pour le moment en tout cas.
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