Bunker fait grincer des dents
Kathleen Lévesque
7 septembre 2002
Quand la politique devient divertissement, elle fait grincer des dents. Les politiciens n'en contrôlent pas les règles du jeu ni l'impact chez le téléspectateur-électeur. Bunker/le cirque, une satire politique corrosive qui débute lundi soir sur les ondes de Radio-Canada, ne laisse pas indifférent. Le Devoir a lancé un coup de sonde dans le monde politique.
Même le bureau du premier ministre Bernard Landry, le vrai bunker, est sur les dents. En coulisse, on s'interroge. Et si Bunker nourrissait encore plus le cynisme des citoyens ou, pire, servait l'ascension de Mario Dumont qui plane déjà dans les sondages? Officiellement, l'attaché de presse du premier ministre, Hubert Bolduc, tente de minimiser l'effet d'une telle série sur le public. «Pour qu'une fiction soit bonne, elle doit s'éloigner de la réalité. Et Bunker, c'est une bonne fiction», a-t-il commenté sur un ton désinvolte.
Après visionnement des deux premiers épisodes, l'accueil de la nouvelle série balance donc entre prudence et enthousiasme. Mais Bunker a aussi suscité un haut-le-coeur chez la ministre des Finances, Pauline Marois, qui s'est déjà prononcée publiquement.
«Je pense qu'elle a besoin de prendre des vacances. Il faut rire un peu dans la vie», lance le chef de cabinet de Jean Charest, Ronald Poupart. En politique depuis les années 1960, M. Poupart assure que les politiciens n'ont rien des marionnettes décrites dans Bunker. Il ne cache d'ailleurs pas sa crainte que les téléspectateurs prennent cette caricature au premier degré.
«La politique, ça appartient au monde, plaide M. Poupart. Je sais qu'on est cynique face aux politiciens, mais quand on a des problèmes dans la société, on se tourne vers les politiciens. Le monde politique, c'est un mal nécessaire parce qu'on n'a pas trouvé d'autres solutions.»
Pour Michèle Bazin, qui a travaillé en communications entre autres auprès de Joe Clark, Robert Bourassa et Claude Ryan, l'auteur de Bunker jette un regard réducteur et trop sombre sur la politique. «Personne ne pense "se payer le party de sa vie" comme le dit le personnage qui va devenir premier ministre. J'en ai rencontré, des politiciens, et ce sont des gens de convictions. Tout le monde n'est pas obséquieux. [...] Les gens ne croiront pas ça parce que ça ne transporte pas assez d'émotions», ajoute Mme Bazin. Cette dernière a écrit avec Solange Chaput-Rolland le téléroman Monsieur le ministre, diffusé il y a vingt ans et qui présentait un regard plus candide de la politique.
Le ministre des Affaires intergouvernementales, Jean-Pierre Charbonneau, regrette également que Bunker oublie «le dévouement et l'abnégation des politiciens, les drames humains qu'ils vivent parfois ainsi que l'aide réelle qu'ils apportent aux citoyens». Mais M. Charbonneau, qui espère que l'auteur atteindra son «objectif louable de faire réfléchir», a aussi vu des aspects très réalistes dans la série signée par le duo Luc Dionne et Pierre Houle. Il affirme avoir reconnu des paroles et des comportements réels chez les personnages fictifs.
«Les humains sont des humains. Il y a des occasions qui amènent les intrigues, la mesquinerie et l'hypocrisie, reconnaît le ministre. La politique, c'est la quête du pouvoir. C'est une lutte. La population voudrait que ce soit la recherche du bien commun, mais c'est aussi un combat pour le pouvoir. C'est un monde avec ses règles propres. La démocratie a obligé les politiciens à se livrer une guerre pacifique. Mais dans un combat, il n'y a rien d'élégant», explique M. Charbonneau, qui rappelle que cette guerre est parfois fratricide.
Si l'émission grossit à l'excès certains travers du monde politique, Ronald Poupart reconnaît que, comme dans Bunker, «le Parlement vit de rumeurs et d'intrigues». «Ça, c'est la vraie vie parce qu'il y a toujours quelqu'un qui a un intérêt quelque part, dit-il Le politicien, son intérêt, c'est de se faire réélire et, pour ça, il a besoin de présenter des projets. Il a également besoin de gens autour de lui. Il est donc possible que s'infiltre quelqu'un de malhonnête.»
Journaliste pour The Globe and Mail depuis 1984 sur la colline parlementaire de Québec, Rhéal Séguin a raffolé de Bunker, une émission intelligente aux multiples messages et proche de la réalité, juge-t-il. M. Séguin voit dans les personnages de Bunker un amalgame de politiciens qu'il a croisés en cours de carrière et décode dans certaines scènes, qui semblent exagérées de prime abord, des symboles importants.
Ainsi, lorsque le journaliste incarné par le comédien Michel Dumont avoue candidement profiter du condo d'un député, Rhéal Séguin n'y voit aucun fait réel. Il y comprend la remise en question de la promiscuité entre journalistes et politiciens.
De même, la scène, qui peut paraître complètement tirée par les cheveux, où le vieux premier ministre démissionne après avoir perdu une partie d'échecs avec un homme d'affaires puissant rappelle à M. Séguin le départ en 1998 de l'ancien chef du PLQ, Daniel Johnson, «lâché par le monde des affaires».
«L'auteur est gentil pour ce qui est des liens entre les politiciens et le monde des affaires. La réalité est plus dure que ça. [...] Même si le milieu des affaires se dit non partisan, il joue un rôle très important dans le monde politique, surtout en arrière-scène. Souvent, c'est eux qui décident qui vont être les chefs de parti avec leur influence, leur pouvoir, leur argent», affirme Rhéal Séguin.
Du côté de l'Action démocratique du Québec, où l'on cherche à se montrer plus vertueux que les péquistes et les libéraux, Bunker fait sourire. Radio-Canada a invité le chef Mario Dumont à présenter la série lors de son émission de la rentrée.
Ainsi, le tout nouveau député de l'ADQ, François Gaudreau, avoue d'emblée, en riant, ne pas avoir le même regard sur Bunker que ceux qui sont en politique depuis longtemps. «Ça ne me concerne pas du tout. D'ailleurs, c'est pour combattre ça que je fais de la politique», laisse-t-il tomber.
Les politiciens étaient déjà habitués à voir leur moindre geste ou parole disséqué, critiqué et contesté. Voilà qu'ils devront s'accommoder que même la fiction s'en mêle et les varlope, eux et tous ceux qui gravitent autour d'eux: organisateurs, communicateurs, journalistes, hommes d'affaires.
Même le bureau du premier ministre Bernard Landry, le vrai bunker, est sur les dents. En coulisse, on s'interroge. Et si Bunker nourrissait encore plus le cynisme des citoyens ou, pire, servait l'ascension de Mario Dumont qui plane déjà dans les sondages? Officiellement, l'attaché de presse du premier ministre, Hubert Bolduc, tente de minimiser l'effet d'une telle série sur le public. «Pour qu'une fiction soit bonne, elle doit s'éloigner de la réalité. Et Bunker, c'est une bonne fiction», a-t-il commenté sur un ton désinvolte.
Après visionnement des deux premiers épisodes, l'accueil de la nouvelle série balance donc entre prudence et enthousiasme. Mais Bunker a aussi suscité un haut-le-coeur chez la ministre des Finances, Pauline Marois, qui s'est déjà prononcée publiquement.
«Je pense qu'elle a besoin de prendre des vacances. Il faut rire un peu dans la vie», lance le chef de cabinet de Jean Charest, Ronald Poupart. En politique depuis les années 1960, M. Poupart assure que les politiciens n'ont rien des marionnettes décrites dans Bunker. Il ne cache d'ailleurs pas sa crainte que les téléspectateurs prennent cette caricature au premier degré.
«La politique, ça appartient au monde, plaide M. Poupart. Je sais qu'on est cynique face aux politiciens, mais quand on a des problèmes dans la société, on se tourne vers les politiciens. Le monde politique, c'est un mal nécessaire parce qu'on n'a pas trouvé d'autres solutions.»
Pour Michèle Bazin, qui a travaillé en communications entre autres auprès de Joe Clark, Robert Bourassa et Claude Ryan, l'auteur de Bunker jette un regard réducteur et trop sombre sur la politique. «Personne ne pense "se payer le party de sa vie" comme le dit le personnage qui va devenir premier ministre. J'en ai rencontré, des politiciens, et ce sont des gens de convictions. Tout le monde n'est pas obséquieux. [...] Les gens ne croiront pas ça parce que ça ne transporte pas assez d'émotions», ajoute Mme Bazin. Cette dernière a écrit avec Solange Chaput-Rolland le téléroman Monsieur le ministre, diffusé il y a vingt ans et qui présentait un regard plus candide de la politique.
Le ministre des Affaires intergouvernementales, Jean-Pierre Charbonneau, regrette également que Bunker oublie «le dévouement et l'abnégation des politiciens, les drames humains qu'ils vivent parfois ainsi que l'aide réelle qu'ils apportent aux citoyens». Mais M. Charbonneau, qui espère que l'auteur atteindra son «objectif louable de faire réfléchir», a aussi vu des aspects très réalistes dans la série signée par le duo Luc Dionne et Pierre Houle. Il affirme avoir reconnu des paroles et des comportements réels chez les personnages fictifs.
«Les humains sont des humains. Il y a des occasions qui amènent les intrigues, la mesquinerie et l'hypocrisie, reconnaît le ministre. La politique, c'est la quête du pouvoir. C'est une lutte. La population voudrait que ce soit la recherche du bien commun, mais c'est aussi un combat pour le pouvoir. C'est un monde avec ses règles propres. La démocratie a obligé les politiciens à se livrer une guerre pacifique. Mais dans un combat, il n'y a rien d'élégant», explique M. Charbonneau, qui rappelle que cette guerre est parfois fratricide.
Si l'émission grossit à l'excès certains travers du monde politique, Ronald Poupart reconnaît que, comme dans Bunker, «le Parlement vit de rumeurs et d'intrigues». «Ça, c'est la vraie vie parce qu'il y a toujours quelqu'un qui a un intérêt quelque part, dit-il Le politicien, son intérêt, c'est de se faire réélire et, pour ça, il a besoin de présenter des projets. Il a également besoin de gens autour de lui. Il est donc possible que s'infiltre quelqu'un de malhonnête.»
Journaliste pour The Globe and Mail depuis 1984 sur la colline parlementaire de Québec, Rhéal Séguin a raffolé de Bunker, une émission intelligente aux multiples messages et proche de la réalité, juge-t-il. M. Séguin voit dans les personnages de Bunker un amalgame de politiciens qu'il a croisés en cours de carrière et décode dans certaines scènes, qui semblent exagérées de prime abord, des symboles importants.
Ainsi, lorsque le journaliste incarné par le comédien Michel Dumont avoue candidement profiter du condo d'un député, Rhéal Séguin n'y voit aucun fait réel. Il y comprend la remise en question de la promiscuité entre journalistes et politiciens.
De même, la scène, qui peut paraître complètement tirée par les cheveux, où le vieux premier ministre démissionne après avoir perdu une partie d'échecs avec un homme d'affaires puissant rappelle à M. Séguin le départ en 1998 de l'ancien chef du PLQ, Daniel Johnson, «lâché par le monde des affaires».
«L'auteur est gentil pour ce qui est des liens entre les politiciens et le monde des affaires. La réalité est plus dure que ça. [...] Même si le milieu des affaires se dit non partisan, il joue un rôle très important dans le monde politique, surtout en arrière-scène. Souvent, c'est eux qui décident qui vont être les chefs de parti avec leur influence, leur pouvoir, leur argent», affirme Rhéal Séguin.
Du côté de l'Action démocratique du Québec, où l'on cherche à se montrer plus vertueux que les péquistes et les libéraux, Bunker fait sourire. Radio-Canada a invité le chef Mario Dumont à présenter la série lors de son émission de la rentrée.
Ainsi, le tout nouveau député de l'ADQ, François Gaudreau, avoue d'emblée, en riant, ne pas avoir le même regard sur Bunker que ceux qui sont en politique depuis longtemps. «Ça ne me concerne pas du tout. D'ailleurs, c'est pour combattre ça que je fais de la politique», laisse-t-il tomber.
Les politiciens étaient déjà habitués à voir leur moindre geste ou parole disséqué, critiqué et contesté. Voilà qu'ils devront s'accommoder que même la fiction s'en mêle et les varlope, eux et tous ceux qui gravitent autour d'eux: organisateurs, communicateurs, journalistes, hommes d'affaires.
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