La médecine Ménard
Le financement du système de santé est un problème majeur, à court comme à moyen et long termes. Les réactions aux propositions mises de l'avant dans le rapport Ménard rendu public hier montrent bien qu'il sera difficile de trouver une solution qui fasse consensus. Néanmoins, il demeure indispensable de poursuivre ce débat dans l'espoir qu'un gouvernement se décide un jour, pas trop lointain, à trancher.
L'essentiel de la réflexion de ce comité de travail sur la pérennité du système de santé dirigé par Jacques Ménard a consisté à essayer de voir venir et de trouver des solutions aux problèmes apparus dans sa boule de cristal. Les remèdes prescrits ne sont pas nouveaux, mais il aura poussé plus loin la réflexion amorcée par d'autres groupes de travail quant aux gestes à poser.
Des nombreuses recommandations de ce document, il faut d'abord retenir la proposition de créer un régime d'assurance contre la perte d'autonomie. On met ici le doigt sur un problème majeur. Les services aux personnes âgées en perte d'autonomie sont plus qu'insuffisants, comme l'illustre éloquemment le texte signé dans la page voisine par Mme Marguerite Blais et rédigé après la mort de son père. Ce problème ne fera que s'aggraver au cours des prochaines décennies. L'arrivée des baby-boomers à l'âge de la retraite créera une distorsion dans la courbe démographique. Il faudra offrir des services qui aujourd'hui ne sont pas disponibles, faute de moyens financiers, lesquels seront d'autre part consommés par un fraction de plus en plus importante de la population. Dans 20 ans, il n'y aura plus pour chaque personne âgée que deux travailleurs comparativement à cinq actuellement.
Si on ne peut questionner le fait qu'il faille réagir, il faut par contre se demander si cette proposition, qui avait été mise de l'avant par la commission Clair en 2001, est la bonne solution. L'intention est de s'assurer qu'il y aura de l'argent dans la caisse dans 10, 20 et 30 ans pour assurer des soins aux personnes âgées en perte d'autonomie. À cet égard, le passé nous enseigne qu'il faut se méfier.
Une première réserve vient de ce que rien ne peut garantir que le gouvernement en place dans 20 ans ne détourne à d'autres fins l'argent de cette caisse vieillesse. Le gouvernement fédéral n'a eu aucune hésitation à utiliser à diverses fins la caisse de l'assurance-emploi dont les surplus ont servi à combler les déficits budgétaires. Si on créait une caisse vieillesse, il faudrait s'assurer que cet argent serve ce à quoi il est destiné. Également, il faudrait ne prélever que ce qui est nécessaire. La tentation pourrait être forte de surévaluer les besoins futurs pour mieux garnir cette caisse.
On ne peut manquer de penser, par ailleurs, que cette assurance permettrait au gouvernement de faire indirectement ce qu'il ne veut pas faire directement, soit augmenter les impôts. Certes, une caisse vieillesse serait pour une utilisation future, ce qui est différent des impôts qui servent à des fins immédiates. Quant à demander un effort financier aux Québécois, ne vaudrait-il pas mieux commencer par s'attaquer au remboursement de la dette pour ainsi dégager une marge de manoeuvre à moyen et long termes? Avec raison, le comité présidé par M. Ménard a fait de cette idée sa première recommandation. Un fonds patrimonial de l'énergie alimenté par une contribution équivalente à 2 % des tarifs d'électricité permettrait d'éliminer une partie de la dette. Sachant que 13 % des dépenses du gouvernement québécois sont présentement consacrées aux intérêts sur la dette, on voit l'espace qui pourrait être dégagé. Le gouvernement ne doit pas écarter cette recommandation du revers de la main.
La réduction de la dette ne saurait être une panacée miracle, surtout à court terme. Dans cet esprit, le comité évoque la nécessité d'obtenir du gouvernement fédéral qu'il paie sa juste part des services de santé, mais se montre timide à ce sujet, comme s'il ne croyait pas qu'on puisse y arriver, alors que le déséquilibre fiscal est responsable pour un large part des problèmes de financement des soins de santé dans toutes les provinces. Aussi, il n'écarte pas qu'il faille éventuellement puiser davantage dans la poche des contribuables québécois, la meilleure façon étant, à son avis, par une augmentation de la taxe de vente.
Sur ce terrain, le comité s'est avancé avec beaucoup de prudence, sachant que pour le gouvernement Charest, il ne saurait être question d'augmenter le fardeau fiscal des Québécois. Néanmoins, il a abordé la question, sachant trop bien que le contrôle des dépenses, l'efficacité et l'efficience ou le recours au privé ne sauraient guérir tous les maux du système. La réalité demeure qu'il manque de l'argent et qu'il faudra bien en trouver quelque part. Le remède est amer, surtout pour un gouvernement qui cherche à être populaire, mais il n'y en a pas d'autre.
bdescoteaux@ledevoir.ca
L'essentiel de la réflexion de ce comité de travail sur la pérennité du système de santé dirigé par Jacques Ménard a consisté à essayer de voir venir et de trouver des solutions aux problèmes apparus dans sa boule de cristal. Les remèdes prescrits ne sont pas nouveaux, mais il aura poussé plus loin la réflexion amorcée par d'autres groupes de travail quant aux gestes à poser.
Des nombreuses recommandations de ce document, il faut d'abord retenir la proposition de créer un régime d'assurance contre la perte d'autonomie. On met ici le doigt sur un problème majeur. Les services aux personnes âgées en perte d'autonomie sont plus qu'insuffisants, comme l'illustre éloquemment le texte signé dans la page voisine par Mme Marguerite Blais et rédigé après la mort de son père. Ce problème ne fera que s'aggraver au cours des prochaines décennies. L'arrivée des baby-boomers à l'âge de la retraite créera une distorsion dans la courbe démographique. Il faudra offrir des services qui aujourd'hui ne sont pas disponibles, faute de moyens financiers, lesquels seront d'autre part consommés par un fraction de plus en plus importante de la population. Dans 20 ans, il n'y aura plus pour chaque personne âgée que deux travailleurs comparativement à cinq actuellement.
Si on ne peut questionner le fait qu'il faille réagir, il faut par contre se demander si cette proposition, qui avait été mise de l'avant par la commission Clair en 2001, est la bonne solution. L'intention est de s'assurer qu'il y aura de l'argent dans la caisse dans 10, 20 et 30 ans pour assurer des soins aux personnes âgées en perte d'autonomie. À cet égard, le passé nous enseigne qu'il faut se méfier.
Une première réserve vient de ce que rien ne peut garantir que le gouvernement en place dans 20 ans ne détourne à d'autres fins l'argent de cette caisse vieillesse. Le gouvernement fédéral n'a eu aucune hésitation à utiliser à diverses fins la caisse de l'assurance-emploi dont les surplus ont servi à combler les déficits budgétaires. Si on créait une caisse vieillesse, il faudrait s'assurer que cet argent serve ce à quoi il est destiné. Également, il faudrait ne prélever que ce qui est nécessaire. La tentation pourrait être forte de surévaluer les besoins futurs pour mieux garnir cette caisse.
On ne peut manquer de penser, par ailleurs, que cette assurance permettrait au gouvernement de faire indirectement ce qu'il ne veut pas faire directement, soit augmenter les impôts. Certes, une caisse vieillesse serait pour une utilisation future, ce qui est différent des impôts qui servent à des fins immédiates. Quant à demander un effort financier aux Québécois, ne vaudrait-il pas mieux commencer par s'attaquer au remboursement de la dette pour ainsi dégager une marge de manoeuvre à moyen et long termes? Avec raison, le comité présidé par M. Ménard a fait de cette idée sa première recommandation. Un fonds patrimonial de l'énergie alimenté par une contribution équivalente à 2 % des tarifs d'électricité permettrait d'éliminer une partie de la dette. Sachant que 13 % des dépenses du gouvernement québécois sont présentement consacrées aux intérêts sur la dette, on voit l'espace qui pourrait être dégagé. Le gouvernement ne doit pas écarter cette recommandation du revers de la main.
La réduction de la dette ne saurait être une panacée miracle, surtout à court terme. Dans cet esprit, le comité évoque la nécessité d'obtenir du gouvernement fédéral qu'il paie sa juste part des services de santé, mais se montre timide à ce sujet, comme s'il ne croyait pas qu'on puisse y arriver, alors que le déséquilibre fiscal est responsable pour un large part des problèmes de financement des soins de santé dans toutes les provinces. Aussi, il n'écarte pas qu'il faille éventuellement puiser davantage dans la poche des contribuables québécois, la meilleure façon étant, à son avis, par une augmentation de la taxe de vente.
Sur ce terrain, le comité s'est avancé avec beaucoup de prudence, sachant que pour le gouvernement Charest, il ne saurait être question d'augmenter le fardeau fiscal des Québécois. Néanmoins, il a abordé la question, sachant trop bien que le contrôle des dépenses, l'efficacité et l'efficience ou le recours au privé ne sauraient guérir tous les maux du système. La réalité demeure qu'il manque de l'argent et qu'il faudra bien en trouver quelque part. Le remède est amer, surtout pour un gouvernement qui cherche à être populaire, mais il n'y en a pas d'autre.
bdescoteaux@ledevoir.ca
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