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Libre opinion: Un Lavallois inquiet

Pierre-Paul Roy - Laval  28 juillet 2005 
Je suis un citoyen inquiet. En novembre prochain, le maire de ma ville — Laval — sera très probablement élu pour un cinquième mandat. C'est trop. Au cours de celui qui se termine, il n'y a pas eu d'opposition: 0 siège sur 21. Et il est probable que la situation se répète. Pour une ville dont la population approche les 400 000, la troisième en importance au Québec, on peut conclure qu'il y a là un sérieux manque de démocratie. Aussi, j'aimerais suggérer quelques améliorations.

Le maire de ma ville, M. Gilles Vaillancourt, est un homme charmant. Il m'a même téléphoné par deux fois, en réponse à des lettres que je lui avais adressées. Néanmoins, j'aimerais souligner que lors d'une réunion, en réponse à une critique sur l'environnement, il déclare à l'auditoire présent: «Ville de Laval compte plus d'arbres que lors de sa fondation, en 1964.» Ce qu'il ne dit pas, c'est que lors de la «naissance» de sa ville, celle-ci comptait une immense superficie agricole. Je n'ai jamais vu beaucoup d'arbres dans un champ de maïs...

L'environnement négligé

Sans doute le dossier économique de ma ville est-il réjouissant dans le secteur de l'investissement immobilier. Ça construit partout... ou presque. Toutefois, dans le domaine de l'environnement justement, c'est moins beau. L'excellent journaliste Louis-Gilles Francoeur, dans Le Devoir des 18 et 19 juin 2005 écrit: «Laval: le dossier noir de l'environnement. Malgré les règles en vigueur et les avis d'infractions, les milieux humides disparaissent à un rythme alarmant à Laval parce qu'on les remblaye [...]. Comme dans le Far West, les plus rapides imposent leur loi et placent les autorités, timides ou mal équipées, devant le fait accompli, souvent en toute impunité.»

Toujours selon l'auteur, Laval n'a aucune règle pour protéger ses milieux humides. Cette ville aurait perdu jusqu'à 40 % de ses milieux humides d'origine.

Près de chez moi, on a grugé une partie du magnifique parc des Prairies pour permettre à un entrepreneur de bâtir une grande résidence pour retraités. Aussi, mes petits-enfants et moi ne pouvons plus compter sur la baignade dans l'une ou l'autre des deux rivières qui enserrent la ville. Baignade que j'ai connue chez ma grand-mère, à Plage Laval, il y a de ça de nombreuses années.

Réformer le scrutin municipal

On parle beaucoup de réforme du mode de scrutin au niveau du Québec, peut-être devrions-nous commencer par une réforme du scrutin municipal. Par exemple, pour une grande municipalité comme Laval, dans le cas où il n'y a plus d'opposition, on devrait retenir à titre d'unique opposant le chef du parti adversaire qui avait le plus d'élus avant la défaite. Cet opposant non élu devrait alors disposer d'un important budget de recherche.

Dans certains dossiers litigieux, il pourrait inviter spécialistes et journalistes aux réunions du conseil municipal où, sans censure, comme cela a déjà été le cas, ces derniers pourraient poser des questions aux élus. Cette façon de faire durerait jusqu'au prochain suffrage.

Une des premières actions de la prochaine administration municipale devrait être de faire comme Montréal et doter Laval d'une première charte des droits et devoirs, afin de promouvoir une plus grande participation à la chose publique. Ainsi, si la situation présente se répète, soit l'absence d'une opposition, les citoyens insatisfaits des réponses et/ou actions de l'administration pourraient s'adresser à un ombudsman afin de tenter d'obtenir justice.

Enfin, il faudrait améliorer l'aspect financier, apporter aide et support à ceux et celles — surtout jeunes femmes et jeunes hommes — intéressés à la politique municipale.

En ce qui a trait à ce que j'estime être le problème des «maires à vie», comme cela semble être le cas à Laval, je suis entièrement d'accord avec le lecteur du Devoir, Jacques Léger qui, le 18 juillet dernier, souhaitait «qu'un projet de loi soit élaboré pour que tout dirigeant politique tire sa révérence après deux mandats». Assurément, pour le bien de la démocratie.

Oui, je suis un citoyen inquiet qui a besoin d'être rassuré.
 
 
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