Les jours des astronautes canadiens sont-ils comptés?
Photo : Agence Reuters
La navette Discovery a enfin pris hier le chemin des étoiles avec un équipage de sept astronautes à destination de la Station spatiale internationale (ISS) pour une mission à haut risque, deux ans et demi après la catastrophe de Columbia.
Après la tragédie de Columbia, il était impensable pour la NASA de reprendre les vols tant que la question de la sécurité n'avait pas été réglée. Sans le coup de pouce technique des confrères canadiens, l'attente aurait pu être encore plus longue. Mais ce partenariat — triomphal hier — prendra fin avec la mise à la retraite de la navette en 2010. Si Ottawa ne se décide pas à mettre cartes sur table avec les Américains, cela pourrait bien sonner le glas de la présence des astronautes canadiens dans l'espace.
N'empêche qu'hier le temps était davantage à l'allégresse qu'à l'inquiétude à l'Agence spatiale canadienne. Si la NASA a renoué si admirablement avec la route des étoiles hier, c'est un peu grâce au savoir-faire canadien, cela dit sans chauvinisme aucun, s'est félicité hier le président de l'Agence spatiale canadienne, Marc Garneau, qui a assisté au décollage depuis le Centre spatial John H. Chapman de Saint-Hubert.
Pour le moment, l'apport des Canadiens pèse peu dans la balance, si ce n'est dans la voix posée de l'astronaute québécoise Julie Payette, qui, à titre de «capcom» (pour Capsule Communicator), reliera l'équipage de Discovery à la Terre pendant les 12 jours que durera leur mission. Pour la suite des choses toutefois, les Canadiens pourraient bien faire la différence entre un retour triomphal de Discovery et une catastrophe de l'ampleur de celle de Columbia, qui s'était désintégrée au-dessus du Texas il y a deux ans et demi.
Au décollage de Columbia, un bloc de mousse d'isolation s'était détaché et avait endommagé une aile, détériorant les tuiles thermiques sur une petite surface. À son retour, le 1er février 2003, la navette avait explosé sous l'effet de la chaleur, tuant les sept astronautes à son bord.
Leçons
Les leçons auront été longues à tirer avant de déclouer les navettes du sol floridien. Ce vol d'essai (le STS-114) et le suivant serviront de modèles à toutes les missions subséquentes en établissant de nouvelles normes en matière de sécurité. Le principal défi des ingénieurs aura été de permettre aux astronautes de balayer en orbite toute la surface de la navette pour repérer les bris et les réparer en toute sécurité.
Si jamais les bris détectés étaient irréparables, les astronautes devront prolonger leur séjour jusqu'à la venue d'Atlantis qui les ramènera sur Terre. «La journée la plus importante sera la sixième, alors qu'on va annoncer que l'inspection est complétée et qu'il n'y a pas eu de dommages, une condition essentielle pour un retour en sécurité», a expliqué Marc Garneau en croisant les doigts.
Cette inspection minutieuse, pour ne pas dire maniaque, c'est une entreprise ontarienne, MDA, qui a trouvé le moyen de la faire en concevant une perche d'inspection nouveau genre. Longue de 15 mètres, la perche OBSS (pour Orbiter Boom Sensor System) viendra se greffer au bras de la navette spatiale (le Canadarm), donnant à ce dernier l'allure d'un immense miroir de dentiste dans le ciel interstellaire.
Munis de cet oeil ultra-performant, les astronautes pourront scruter toute la protection thermique de la navette, même sa partie inférieure, ainsi que le bord d'attaque de ses ailes. Chaque tuile fera alors l'objet d'une inspection minutieuse grâce à des capteurs lasers doublés de deux caméras laser. Imaginé par l'entreprise Neptec d'Ottawa, le système de caméras laser (LCS) comprend une caméra haute précision, ultra-rapide et à grand angle, misant sur une technique de balayage de pointe qui permet de produire des images en trois dimensions.
«L'avantage de cette caméra, c'est qu'elle est active, ce qui veut dire qu'elle capte sa propre lumière. Elle est donc insensible aux changements d'éclairage», explique Stéphane Ruel, ingénieur à Neptec. Voilà une faculté unique qui n'est pas à dédaigner quand on sait que la navette et ses occupants connaissent 16 levers et couchers de soleil par jour lorsqu'ils sont en orbite.
Hier, au Centre spatial John H. Chapman de Saint-Hubert, les ingénieurs de l'agence spatiale canadienne n'étaient pas peu fiers de l'apport canadien à la réussite de cette mission qu'ils ont suivie avec passion, en direct. Les yeux vissés aux écrans géants, ceux-ci ont retenu leur souffle avec une émotion mal dissimulée jusqu'à la huitième minute, moment où la navette est entrée en orbite.
C'est que ce succès, c'est un peu le leur. C'est aussi leur seul moyen de voir un des leurs aller dans l'espace. Au Canada, le rêve spatial se conjugue en effet essentiellement en partenariat avec les Européens, les Russes ou les Américains. Voilà pourquoi la retraite de la navette américaine prévue en 2010 commence déjà à occuper les esprits, en dépit des beaux succès du jour.
Les Américains ont déjà annoncé qu'ils allaient bâtir un nouveau véhicule, le Crew Exploration Vehicule, pour aller sur la Lune et sur Mars, cela dès la fin du présent programme. Mais le Canada, lui, n'a toujours pas manifesté son intérêt à prendre part à cette nouvelle phase d'exploration. «Les États-Unis voudraient qu'on soit partenaires, mais cela va exiger des fonds supplémentaires», explique Marc Garneau.
Pour le moment, l'agence canadienne n'a pas encore été autorisée à discuter d'un éventuel partenariat. «On aimerait s'asseoir avec la NASA et les Européens et, après les discussions, se tailler une responsabilité basée sur nos technologies, qui sont très fortes dans le domaine de la robotique notamment», raconte M. Garneau.
Le temps file
Si jamais le Canada décidait de passer son tour, ce serait la fin de la présence des astronautes canadiens dans l'espace. «Si on veut aller sur la Lune ou sur Mars, il faut participer d'une façon ou d'une autre financièrement [...] aux projets de nos collègues américains et russes, car ce sont les seuls qui ont les moyens d'envoyer des humains en orbite», précise celui qui a été le premier Canadien à aller dans l'espace, en 1984.
Et le temps commence à filer pour le Canada. «On n'est pas rendus au point critique en ce moment car tout le monde est en train de décider comment procéder. Je crois que, si on a un feu vert pour aller discuter avec nos partenaires d'ici la prochaine année, il n'y aura pas de problème», estime Marc Garneau.
En attendant l'échéance de 2010, deux Canadiens se préparent à aller dans l'espace. L'astronome Steve MacLean devrait prendre part à la mission STS-115 à bord d'Endeavour tandis que Dave Williams poursuit présentement son entraînement en vue de la mission STS-118.
Pour ce qui est d'une participation canadienne au-delà de 2010, le succès de la mission STS-114 pourrait bien venir donner un coup de main à l'agence, espère son président. «Ces succès ne garantissent pas un financement. Mais, quand le gouvernement du Canada voit que l'industrie canadienne est au premier rang et très compétitive comme elle l'est aujourd'hui, je crois que l'appui du gouvernement et du public augmente.» Pour autant que tout se déroule comme prévu pour l'équipage de Discovery, dont le retour est prévu pour le dimanche 7 août à Cap Canaveral.
N'empêche qu'hier le temps était davantage à l'allégresse qu'à l'inquiétude à l'Agence spatiale canadienne. Si la NASA a renoué si admirablement avec la route des étoiles hier, c'est un peu grâce au savoir-faire canadien, cela dit sans chauvinisme aucun, s'est félicité hier le président de l'Agence spatiale canadienne, Marc Garneau, qui a assisté au décollage depuis le Centre spatial John H. Chapman de Saint-Hubert.
Pour le moment, l'apport des Canadiens pèse peu dans la balance, si ce n'est dans la voix posée de l'astronaute québécoise Julie Payette, qui, à titre de «capcom» (pour Capsule Communicator), reliera l'équipage de Discovery à la Terre pendant les 12 jours que durera leur mission. Pour la suite des choses toutefois, les Canadiens pourraient bien faire la différence entre un retour triomphal de Discovery et une catastrophe de l'ampleur de celle de Columbia, qui s'était désintégrée au-dessus du Texas il y a deux ans et demi.
Au décollage de Columbia, un bloc de mousse d'isolation s'était détaché et avait endommagé une aile, détériorant les tuiles thermiques sur une petite surface. À son retour, le 1er février 2003, la navette avait explosé sous l'effet de la chaleur, tuant les sept astronautes à son bord.
Leçons
Les leçons auront été longues à tirer avant de déclouer les navettes du sol floridien. Ce vol d'essai (le STS-114) et le suivant serviront de modèles à toutes les missions subséquentes en établissant de nouvelles normes en matière de sécurité. Le principal défi des ingénieurs aura été de permettre aux astronautes de balayer en orbite toute la surface de la navette pour repérer les bris et les réparer en toute sécurité.
Si jamais les bris détectés étaient irréparables, les astronautes devront prolonger leur séjour jusqu'à la venue d'Atlantis qui les ramènera sur Terre. «La journée la plus importante sera la sixième, alors qu'on va annoncer que l'inspection est complétée et qu'il n'y a pas eu de dommages, une condition essentielle pour un retour en sécurité», a expliqué Marc Garneau en croisant les doigts.
Cette inspection minutieuse, pour ne pas dire maniaque, c'est une entreprise ontarienne, MDA, qui a trouvé le moyen de la faire en concevant une perche d'inspection nouveau genre. Longue de 15 mètres, la perche OBSS (pour Orbiter Boom Sensor System) viendra se greffer au bras de la navette spatiale (le Canadarm), donnant à ce dernier l'allure d'un immense miroir de dentiste dans le ciel interstellaire.
Munis de cet oeil ultra-performant, les astronautes pourront scruter toute la protection thermique de la navette, même sa partie inférieure, ainsi que le bord d'attaque de ses ailes. Chaque tuile fera alors l'objet d'une inspection minutieuse grâce à des capteurs lasers doublés de deux caméras laser. Imaginé par l'entreprise Neptec d'Ottawa, le système de caméras laser (LCS) comprend une caméra haute précision, ultra-rapide et à grand angle, misant sur une technique de balayage de pointe qui permet de produire des images en trois dimensions.
«L'avantage de cette caméra, c'est qu'elle est active, ce qui veut dire qu'elle capte sa propre lumière. Elle est donc insensible aux changements d'éclairage», explique Stéphane Ruel, ingénieur à Neptec. Voilà une faculté unique qui n'est pas à dédaigner quand on sait que la navette et ses occupants connaissent 16 levers et couchers de soleil par jour lorsqu'ils sont en orbite.
Hier, au Centre spatial John H. Chapman de Saint-Hubert, les ingénieurs de l'agence spatiale canadienne n'étaient pas peu fiers de l'apport canadien à la réussite de cette mission qu'ils ont suivie avec passion, en direct. Les yeux vissés aux écrans géants, ceux-ci ont retenu leur souffle avec une émotion mal dissimulée jusqu'à la huitième minute, moment où la navette est entrée en orbite.
C'est que ce succès, c'est un peu le leur. C'est aussi leur seul moyen de voir un des leurs aller dans l'espace. Au Canada, le rêve spatial se conjugue en effet essentiellement en partenariat avec les Européens, les Russes ou les Américains. Voilà pourquoi la retraite de la navette américaine prévue en 2010 commence déjà à occuper les esprits, en dépit des beaux succès du jour.
Les Américains ont déjà annoncé qu'ils allaient bâtir un nouveau véhicule, le Crew Exploration Vehicule, pour aller sur la Lune et sur Mars, cela dès la fin du présent programme. Mais le Canada, lui, n'a toujours pas manifesté son intérêt à prendre part à cette nouvelle phase d'exploration. «Les États-Unis voudraient qu'on soit partenaires, mais cela va exiger des fonds supplémentaires», explique Marc Garneau.
Pour le moment, l'agence canadienne n'a pas encore été autorisée à discuter d'un éventuel partenariat. «On aimerait s'asseoir avec la NASA et les Européens et, après les discussions, se tailler une responsabilité basée sur nos technologies, qui sont très fortes dans le domaine de la robotique notamment», raconte M. Garneau.
Le temps file
Si jamais le Canada décidait de passer son tour, ce serait la fin de la présence des astronautes canadiens dans l'espace. «Si on veut aller sur la Lune ou sur Mars, il faut participer d'une façon ou d'une autre financièrement [...] aux projets de nos collègues américains et russes, car ce sont les seuls qui ont les moyens d'envoyer des humains en orbite», précise celui qui a été le premier Canadien à aller dans l'espace, en 1984.
Et le temps commence à filer pour le Canada. «On n'est pas rendus au point critique en ce moment car tout le monde est en train de décider comment procéder. Je crois que, si on a un feu vert pour aller discuter avec nos partenaires d'ici la prochaine année, il n'y aura pas de problème», estime Marc Garneau.
En attendant l'échéance de 2010, deux Canadiens se préparent à aller dans l'espace. L'astronome Steve MacLean devrait prendre part à la mission STS-115 à bord d'Endeavour tandis que Dave Williams poursuit présentement son entraînement en vue de la mission STS-118.
Pour ce qui est d'une participation canadienne au-delà de 2010, le succès de la mission STS-114 pourrait bien venir donner un coup de main à l'agence, espère son président. «Ces succès ne garantissent pas un financement. Mais, quand le gouvernement du Canada voit que l'industrie canadienne est au premier rang et très compétitive comme elle l'est aujourd'hui, je crois que l'appui du gouvernement et du public augmente.» Pour autant que tout se déroule comme prévu pour l'équipage de Discovery, dont le retour est prévu pour le dimanche 7 août à Cap Canaveral.
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