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«Transformer l'Église de l'intérieur»

Sous un soleil radieux et défiant le pape, neuf femmes sont ordonnées prêtres et diacres au cours d'une cérémonie célébrée sur le Saint-Laurent

Louise-Maude Rioux Soucy   26 juillet 2005 
Devenue diacre, Kathy Sullivan Vanderberg affichait hier soir un grand sourire au terme de la cérémonie spéciale d’ordination de neuf femmes qui s’est déroulée sur un bateau, dans les eaux internationales du fleuve Saint-Laurent, à la hauteur d
Photo : Agence Reuters
Devenue diacre, Kathy Sullivan Vanderberg affichait hier soir un grand sourire au terme de la cérémonie spéciale d’ordination de neuf femmes qui s’est déroulée sur un bateau, dans les eaux internationales du fleuve Saint-Laurent, à la hauteur d
Pour la première fois en Amérique du Nord, une poignée de femmes ont ouvertement défié l'autorité du pape Benoît XVI hier à l'abri des eaux du fleuve Saint-Laurent. Passant des paroles aux actes, les évêques Gisela Forster et Marie-Christine Mayr-Lumetzberger ont ordonné quatre femmes prêtres et cinq femmes diacres à l'occasion d'une cérémonie calquée sur le modèle catholique romain dont elles se réclament.

Ce n'est là que la première vague en Amérique du Nord d'une série de lames déferlantes appelées à faire trembler les bases du Vatican, ont rappelé les deux évêques. En Europe, aux États-Unis et au Canada, 58 femmes seraient prêtes à emboîter le pas à celles qui ont parti le bal il y a trois ans, à Passau, donnant naissance au Mouvement du Danube qui, aujourd'hui, entend «transformer l'Église de l'intérieur».

Hier, ce sont sept Américaines, une Allemande et une Canadienne qui ont répondu à l'appel des deux évêques. Originaire de Vancouver, Michele Birch-Conery est ainsi devenue la première femme prêtre catholique romaine au Canada, un pas qu'elle estimait nécessaire pour faire bouger les choses. «Nous n'avons pas d'autre choix car Rome ne nous offre aucune option alternative», explique-t-elle.

À un jet de pierre de la ville ontarienne de Gananoque dans la région des Mille-Îles, les neufs femmes ont tranquillement pris place dans un bateau en compagnie de 200 de leurs proches. Sous un soleil radieux, les évêques Forster et Mayr-Lumetzberger ont procédé aux ordinations peu après 17h dans une atmosphère décontractée et bon enfant.

La décision de naviguer entre le Canada et les États-Unis n'est pas innocente. Non seulement elle illustre la précarité de la situation des femmes au sein de l'Église, mais elle leur permet de se soustraire à la juridiction de l'archidiocèse canadien de Kingston et à celle du diocèse américain d'Ogdensburg.

Ainsi, c'est carrément le Vatican qui est interpellé, explique Joy Barnes, directrice exécutive de la Women's Ordination Conference (WOC), l'organisme qui chapeaute la cérémonie. Il faut dire que le Vatican s'est fait plutôt discret depuis l'excommunication, en 2002, des sept premières femmes par le pape Benoît XVI alors qu'il n'était encore que le cardinal Ratzinger.

Depuis, aucune discussion n'a été engagée quant à la place des femmes dans l'Église catholique romaine. Mais l'évêque Patricia Fresen estime que Rome n'aura d'autre choix que de se mouiller. «Je crois que le Vatican commence à avoir peur. Il voit bien que le mouvement a pris de l'ampleur et il ne sait pas comment l'arrêter ni même comment le contrôler», a-t-elle commenté en marge de la cérémonie.

Si le Mouvement du Danube paraît si menaçant pour les plus conservateurs, c'est qu'il ne se contente pas de remettre en question la discrimination des femmes au sein de la hiérarchie ecclésiastique, mais il invite aussi l'Église à s'ouvrir à des pratiques qu'elle a toujours fermement refusées.

Jugeant leur institution vieillissante, pour ne pas dire sclérosée, les femmes du Mouvement du Danube espèrent lui inoculer un peu de sang neuf, notamment en militant en faveur de la fin du célibat des prêtres, en célébrant des mariages gais et en adoptant un discours plus responsable à l'égard de la contraception.

Il en va de la survie de cette institution, croit Mme Birch-Conery qui se dit profondément attachée à son Église. «Le défi des gens d'Église sera de devenir vraiment collégiaux et de laisser tomber le pouvoir pour être vraiment là pour ceux qu'ils représentent.»

Pour ces femmes, l'idée d'une ordination alternative faite sous le parapluie d'une organisation qui ne serait pas catholique romaine n'est d'ailleurs pas une option. Même si cela les expose à l'excommunication, précise Dana Reynolds, l'une des neuf femmes qui a osé défier le pape hier.

«Mon âme est catholique romaine et elle le sera toujours; ceci se passe entre moi et mon Dieu. Le Vatican peut bien brandir la menace de l'excommunication, cette punition fera en sorte que je n'aurai plus le droit de recevoir les sacrements au sein de l'Église. J'estime toutefois que les sacrements appartiennent à tous», a expliqué l'Américaine.

Cette vision tranche avec celle de l'Église qui, par la voix de l'archevêque de Kingston, a minimisé l'impact de ces ordinations en soulignant à gros traits leur invalidité. «Les personnes qui proposent de conférer ces "ordinations" n'ont pas l'autorité de le faire et les personnes voulant être "ordonnées" ne sont pas éligibles», a fait valoir Mgr Anthony Meagher dans un communiqué.

Ce n'est pas du tout l'avis des évêques Forster et Mayr-Lumetzberger qui affirment que leurs ordinations respectives ont fait l'objet de vérifications juridiques par un notaire autrichien et sont bel et bien valides.

Michele Birch-Conery estime que les deux femmes méritent toute sa confiance car ce sont les seules qui sont en mesure de l'aider à répondre à l'appel de Dieu qu'elle affirme avoir reçu. «Seul un prêtre, dans son rôle très sacré, peut sentir et vivre la présence du Christ dans sa vie et, fondamentalement, l'Église ne peut rien contre ou pour cela», croit-elle.

Quant à l'argument voulant que l'ordination sacerdotale soit «exclusivement réservée à des hommes» comme le précisait Jean-Paul II en 1994 dans sa lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, il ne tient pas la route, estime la Women's Ordination Conference (WOC).

Selon l'une des membres de la direction de la WOC, Janice Sevre-Duszynska, les preuves soutenant un leadership des femmes au sein de l'Église sont plus anciennes que la papauté. «Des femmes ont déjà été prêtres dans l'Église; il y a un précédent de cela dans le ministère de Jésus et dans la tradition de l'Église. Il est temps pour les évêques de revenir à cette tradition et de prendre la parole en faveur de l'inclusion des femmes dans l'Église par le biais de l'ordination des femmes», invite-t-elle.

Avec l'AFP et AP
 
 
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  • Claude Pacla - Inscrit
    26 juillet 2005 07 h 38
    L'Église catholique rétrograde
    Il y a des habitudes absurdes, que lorsqu'on les regarde après coup, on se demande pourquoi on les a toujours acceptées. Comme, il y a 30 ans, fumer des cigarettes, ou bien, avant ça, accepter au Québec la domination des curés. Peut-être que les Anglais des générations futures se poseront la même question au sujet des Lords et de la Reine.
    J'ai eu une réaction semblable quand on j'ai lu de l'ordonnance de femmes prêtres. C'est étrange, je me suis dit, pourquoi ai-je toujours trouvé normal que dans l'Église catholique les femmes ne puissent pas êtres prêtres? Malgré que la plupart des Églises protestantes les admettent? Probablement pour la même raison que les femmes musulmanes se couvrent la tête, en disant que "c'est notre tradition et que cela fait partie de notre identité". En somme, un peu par inertie, un peu pour se réfugier dans une catégorie. Comme les adolescents qui se font le piercing.

    Hier, je lisais dans La Presse un article réactionnaire de Mathieu Perrault qui parlait de "paranoïa" en relatant les femmes-prêtres. Et je me suis demandé pourquoi La Presse accepte de telles visions tordues parmi ses journalistes. Peut-être pour la même raison que plusieurs nationalistes québécois, pourtant enfants de la révolution tranquille qui a abattu l'hégémonie des curés, regardent avec indulgence sinon sympathie la Société Saint-Jean-Baptiste: après tout, il se diront, "c'est notre tradition et cela fait partie de notre identité". Oui, comme c'était jadis tradition pour les maris de battre les femmes et brutaliser les enfants!

    Pourquoi, si on veut se distinguer des anglophones protestants, au lieu de s'encrasser dans une religion dépassée, on n'essaie pas de les devancer, comme ont fait les Français, en se déclarant illuministes et laïques? Ou du moins, si vraiment on n'est pas capables, en louangeant l'ordonnance des femmes-prêtres?
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