Libre opinion: Considérations sur l'extrémisme laïque
Olivier Ménard - Enseignant laïque au collège Montmorency
15 juillet 2005
Depuis le Refus global de Paul Émile Borduas et la Révolution tranquille, le Québec est devenu incontestablement laïque dans tous les domaines de la société, y compris le domaine spirituel. Aujourd'hui, ce qui reste de l'Église catholique se trouve principalement à l'oratoire Saint-Joseph. Les autres églises sont en ruine et il n'y a plus qu'un prêtre pour plusieurs paroisses. Lorsque deux personnes se marient à l'église, on les perçoit comme des hérétiques ayant vendu leur âme au diable car ils se sont soumis au dogme catholique.
De ce fait, il y a matière à réflexion lorsqu'on se braque contre la volonté de vouloir instruire les enfants du primaire et du secondaire sur l'éthique et la culture religieuses. Devant ce projet ministériel, Daniel Baril brandit l'argument selon lequel on assujettira les enfants aux dogmes raéliens ou aux avantages de la scientologie, voire, pire encore, aux valeurs catholiques. L'Église aura de nouveau la mainmise sur l'éducation au Québec, tonne-t-il. Pourtant, il est évident que, vu le milieu scolaire fortement laïcisé, aucun élève ne sera directement sollicité à s'enrôler dans une religion ou dans une secte. Également, les prêtres catholiques ne seront pas plus présents qu'avant dans les classes, et il n'a jamais été question de multiplier le nombre de cours de religion.
L'école, écrit M. Baril, n'est pas le lieu où l'enfant doit apprendre ce que sont les religions du monde. Mais où donc l'apprendra-t-il? Sûrement pas à la télévision... Si la connaissance de base des autres croyances n'empêche pas les guerres de religion, l'ignorance ne peut qu'aggraver les choses. Il n'est vraiment pas sérieux de croire qu'un élève sera tenté par l'enrôlement dans une secte lorsque son enseignant de culture religieuse lui parlera de réincarnation. Cet argument fait preuve d'une mauvaise foi qui témoigne paradoxalement d'une intolérance rappelant celle de l'Église d'autrefois. Par exemple, on ne parle pas de faire accepter le port du kirpan à l'école mais de faire comprendre aux élèves ce que cela symbolise.
Si la religion n'est pas le seul véhicule identitaire, il en reste tout de même un, et cela fait partie de l'histoire du Québec d'abord, puis de celle de l'humanité. En effet, aucune civilisation n'a vécu sans la religion. Et la religion est justement une forme de philosophie qui contribue à véhiculer des valeurs, parfois meilleures que les valeurs laïques. Faire connaître les différentes religions ne peut qu'aider l'élève à se forger une pensée critique face à celles-ci, bien plus qu'en le contraignant à l'ignorance. Dans un contexte multiculturel, un tel apport à la connaissance des futurs citoyens peut difficilement nuire à la démocratie et à la science, trop bien ancrées dans les moeurs pour être délogées par un simple cours de culture religieuse. Cela constitue une bonne solution médiane entre le retour en force de la religion à l'école et l'éradication totale de celle-ci de la surface du Québec. La religion est toujours bien présente dans la vie de nombreux Québécois et partout ailleurs dans le monde. Il est tout de même étrange que M. Baril utilise le mythe de la boîte de Pandore, une histoire bien religieuse, en guise d'argument pour faire disparaître toute connaissance religieuse dans notre province qui se prétend ouverte d'esprit et respectueuse des différences.
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Lettre en réponse au texte de Daniel Baril publié dans Le Devoir du 5 juillet 2005
De ce fait, il y a matière à réflexion lorsqu'on se braque contre la volonté de vouloir instruire les enfants du primaire et du secondaire sur l'éthique et la culture religieuses. Devant ce projet ministériel, Daniel Baril brandit l'argument selon lequel on assujettira les enfants aux dogmes raéliens ou aux avantages de la scientologie, voire, pire encore, aux valeurs catholiques. L'Église aura de nouveau la mainmise sur l'éducation au Québec, tonne-t-il. Pourtant, il est évident que, vu le milieu scolaire fortement laïcisé, aucun élève ne sera directement sollicité à s'enrôler dans une religion ou dans une secte. Également, les prêtres catholiques ne seront pas plus présents qu'avant dans les classes, et il n'a jamais été question de multiplier le nombre de cours de religion.
L'école, écrit M. Baril, n'est pas le lieu où l'enfant doit apprendre ce que sont les religions du monde. Mais où donc l'apprendra-t-il? Sûrement pas à la télévision... Si la connaissance de base des autres croyances n'empêche pas les guerres de religion, l'ignorance ne peut qu'aggraver les choses. Il n'est vraiment pas sérieux de croire qu'un élève sera tenté par l'enrôlement dans une secte lorsque son enseignant de culture religieuse lui parlera de réincarnation. Cet argument fait preuve d'une mauvaise foi qui témoigne paradoxalement d'une intolérance rappelant celle de l'Église d'autrefois. Par exemple, on ne parle pas de faire accepter le port du kirpan à l'école mais de faire comprendre aux élèves ce que cela symbolise.
Si la religion n'est pas le seul véhicule identitaire, il en reste tout de même un, et cela fait partie de l'histoire du Québec d'abord, puis de celle de l'humanité. En effet, aucune civilisation n'a vécu sans la religion. Et la religion est justement une forme de philosophie qui contribue à véhiculer des valeurs, parfois meilleures que les valeurs laïques. Faire connaître les différentes religions ne peut qu'aider l'élève à se forger une pensée critique face à celles-ci, bien plus qu'en le contraignant à l'ignorance. Dans un contexte multiculturel, un tel apport à la connaissance des futurs citoyens peut difficilement nuire à la démocratie et à la science, trop bien ancrées dans les moeurs pour être délogées par un simple cours de culture religieuse. Cela constitue une bonne solution médiane entre le retour en force de la religion à l'école et l'éradication totale de celle-ci de la surface du Québec. La religion est toujours bien présente dans la vie de nombreux Québécois et partout ailleurs dans le monde. Il est tout de même étrange que M. Baril utilise le mythe de la boîte de Pandore, une histoire bien religieuse, en guise d'argument pour faire disparaître toute connaissance religieuse dans notre province qui se prétend ouverte d'esprit et respectueuse des différences.
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Lettre en réponse au texte de Daniel Baril publié dans Le Devoir du 5 juillet 2005
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